En raison de propos tenus lors d’une émission du 26 janvier 2026 :
[…]
- Il ressort du compte rendu d’écoute de l’émission « [X] et vous » diffusée le 26 janvier 2026 qu’une séquence a été consacrée à une affaire de viol d’une femme âgée à Nice, dont le principal suspect était un ressortissant tunisien qui avait fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Au cours de cette séquence, les intervenants ont également fait référence à plusieurs autres crimes ou délits commis ou supposément commis par des personnes étrangères en situation irrégulière et se sont exprimés sur la réponse apportée par l’Etat à ces faits et sur la politique migratoire. La présentatrice a alors déclaré : « Et rappelons, comme le disait [le ministre de la Justice] hier soir, il disait qu’il y a entre 600 000 et 800 000 immigrés en situation irrégulière en France. C’est énorme, a-t-il déclaré. Il a proposé, vouloir instaurer des quotas migratoires et suspendre l’immigration pendant deux ou trois ans. On ne dit pas que tous les migrants sont des violeurs, mais beaucoup le sont, comme les chiffres le révèlent », sans aucune réaction des autres personnes présentes à l’antenne.
Sur l’obligation de ne pas inciter à la haine ni d’encourager des comportements discriminatoires :
- Les propos selon lesquels « beaucoup » de « migrants sont des violeurs », qui assimilent la présence en France de ce groupe de personnes à un facteur majeur de risque pour la sécurité publique, sont de nature à inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires à leur égard en raison de leur origine ou de leur nationalité. Par ailleurs, aucune personne présente à l’antenne n’a nuancé ou contredit ces propos. La circonstance que la présentatrice qui les a tenus a indiqué ne pas viser l’intégralité des migrants est insuffisante pour atténuer la généralisation à laquelle ils procèdent et le caractère particulièrement stigmatisant qui en découle au détriment de ce groupe visé en raison de son origine ou de sa nationalité. Cette séquence caractérise ainsi un manquement, d’une part, aux dispositions du septième alinéa de l’article 15 de la loi du 30 septembre 1986 et, d’autre part, aux stipulations du quatrième alinéa de l’article 2-4 de la convention du 25 octobre 2023.
Sur l’obligation de maîtrise de l’antenne :
- Il ressort du compte rendu d’écoute de cette émission que les propos litigieux, qui ont été tenus par la présentatrice elle-même, n’ont donné lieu à aucune contradiction ou modération de la part des autres personnes présentes à l’antenne. Dans ces conditions, un manquement aux stipulations de l’article 2-10 de la convention du 25 octobre 2023 est également caractérisé.
- Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de mettre en demeure la société Europe 1 Télécompagnie de se conformer, à l’avenir, d’une part, aux dispositions du septième alinéa de l’article 15 de la loi du 30 septembre 1986 ainsi qu’aux stipulations du quatrième alinéa de l’article 2-4 de la convention du 25 octobre 2023 et, d’autre part, aux stipulations de l’article 2-10 de cette même convention.
Chacun jugera de cette décision…
Dans un communiqué, la radio conteste cette décision :
Europe 1 prend acte de la décision de l’Arcom du 21 octobre 2026 la mettant en demeure pour des propos diffusés le 26 janvier dernier dans l’émission « Christine Kelly et vous ».
La station conteste avec la plus grande fermeté le bien-fondé de cette mesure et les griefs retenus.
La séquence incriminée s’inscrit directement dans un débat d’intérêt public portant sur l’actualité judiciaire et les déclarations ministérielles relatives aux flux migratoires.
Qualifier cet échange d’incitation à la haine relève d’une dénaturation manifeste : la journaliste a explicitement écarté toute généralisation pour renvoyer à des constats statistiques documentés, issus notamment des bilans officiels du ministère de l’Intérieur et du SSMSI, qui établissent que si les étrangers représentent 9% de la population résidant en France, ils sont impliqués dans 13% des violences sexuelles soit environ 44% de plus que leur part démographique.
Par ailleurs, plus de 60% des mis en cause pour violences sexuelles dans les transports en commun franciliens sont de nationalité étrangère.
Rappeler ou débattre de réalités chiffrées ne constitue en aucun cas une infraction.
La Direction d’Europe 1 s’étonne de cette ingérence éditoriale majeure en cette année électorale et reste persuadée que c’est la négation d’un certain nombre de réalités tout au long de ces années qui conduisent à la polarisation actuelle de notre société.
La station réaffirme pour l’occasion sa solidarité envers ses journalistes et pour la qualité et le professionnalisme des informations qu’ils offrent quotidiennement à leurs auditeurs.
Attachée à la liberté de communication garantie par la loi de 1986, la direction d’Europe 1 annonce former un recours gracieux auprès de l’Arcom afin d’obtenir le retrait de cette décision, et se réserve la saisine du Conseil d’État pour protéger son indépendance éditoriale.
