Partager cet article

Culture de mort : Euthanasie

Euthanasie : le pire n’est jamais sûr

Euthanasie : le pire n’est jamais sûr

Dans un communiqué, le lobby de l’euthanasie, l’ADMD, commence à s’inquiéter “quant au déroulement des discussions parlementaires sur les propositions de loi relatives à la fin de vie“. Sur le texte relatif à l’euthanasie, plus de 2 000 amendements ont été déposés, ce qui permettrait d’empêcher l’aboutissement du processus législatif. L’Assemblée pense déjà décaler le vote solennel sur l’ensemble de la loi au 25 février.

A la suite d’une réunion qui s’est tenue lundi 16 février au Sénat, en présence de Sébastien Lecornu, de Gérard Larcher et de présidents de groupe, il aurait été envisagé le retour, en avril, de la seule proposition de loi relative aux soins palliatifs.

Il faut souligner que les partisans de l’euthanasie brûlent les étapes qu’ils s’étaient eux-même fixés : mettre le pied dans la porte avec une loi minimum autorisant l’euthanasie, ponctuée de moult garde-fous pour rallier les indécis et autres timorés. Au fil du temps, comme avec l’avortement, il suffira de faire sauter un à un ces pseudos garde-fous, comme les pays ayant légalisé l’euthanasie l’ont tous fait, et puis d’étendre le périmètre des personnes à éliminer.

Mais, emportés par leur folie, ils font déjà sauter ces fameux garde-fous. La liste des amendements rejetés en dit long sur l’esprit de la loi : tous ceux visant à s’assurer des capacités de discernement ou de consentement ou de l’absence de pressions ont été rejetés. Tous sans exception. Les députés ont validé un droit d’accès à l’euthanasie à égalité avec le suicide assisté alors que l’euthanasie était censée rester “exceptionnelle” … tout cela en maintenant leur refus d’utiliser les mots appropriés.

Désormais, certains se posent la question de voter cette loi. Le député Stéphane Peu, président du groupe GDR (communiste), avoue ne pas être prêt à l’approuver.

L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), à l’origine du débat sur l’euthanasie et le suicide assisté en France, adhère à une idéologie radicale. Si l’ADMD se limite aujourd’hui à réclamer la légalisation de l’euthanasie volontaire des adultes malades, elle est néanmoins favorable à l’euthanasie des mineurs, des personnes handicapées ou âgées.

Interrogé durant l’Assemblée Générale de l’ADMD de 2022 sur l’opportunité « d’aller plus loin » que le texte de loi discuté alors et de réclamer l’extension de l’euthanasie aux mineurs, aux personnes âgées et aux personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, Jean-Luc Romero – président de l’ADMD jusqu’en 2021 – répondit qu’il y a un débat interne sur cette question mais que l’association « n’avait pas souhaité aller plus loin, en disant, stratégiquement, ce n’est pas le moment ». L’important serait déjà de faire adopter « le socle » de la loi autorisant le principe de l’euthanasie. Plus tard, dans un second temps, « comme les Belges ont amélioré leur texte, on l’améliorera » ; la Belgique a, en effet, largement étendu l’accès à l’euthanasie aux mineurs et aux personnes dépressives depuis la loi initiale.

Le député franc-maçon Jean-Louis Touraine, auteur d’une proposition de loi pour légaliser l’euthanasie en 2017 et régulièrement invité par l’ADMD, partage exactement et explicitement cette stratégie lors d’une une réunion avec l’association pro-euthanasie Le Choix le 30 novembre 2024 [1] :

« une fois qu’on aura mis le pieds dans la porte, il faudra revenir tous les ans et dire « on veut étendre ça. » […] [d]ans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, il n’y aura pas des maladies psychiatriques, dans la première loi, il n’y aura même pas les maladies d’Alzheimer. Donc tout ça ne viendra pas tout de suite. Mais dès qu’on aura au moins obtenu une loi […] on pourra étendre les choses, […] il faudra introduire cette égalité, mais je pense que ce sera un combat important et que nous devrons continuer aussi au moment de l’application de la loi. »

L’actuel président de l’ADMD, Jonathan Denis, ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit en 2022 :

« Comme la loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse, telle que votée en 1975, était très incomplète, nous devons craindre que la loi qui sera proposée au vote des parlementaires, en 2023 nous dit-on, ne réponde pas à l’ensemble de nos revendications […]. Nous devrons accepter des concessions qui ne seront que temporaires, transitoires. Car dès lors que le principe même de l’aide active aura été voté, le front des anti-choix aura été brisé et nous pourrons enfin avancer rapidement et faire évoluer la loi vers ce que nous souhaitons tous : une loi du libre choix qui ne comporte aucune obligation pour quiconque. [2] »

En 1985, Paul Chauvet, président de l’ADMD, écrivait déjà :

« Il conviendra donc toujours d’avancer sur deux plans : celui de la demande acceptable aujourd’hui, et celui affirmé, confirmé, de l’idéal recherché, pour faire progresser notre objet [3] ».

Une recherche dans les Bulletins de l’ADMD révèle le radicalisme de cette organisation. Sa position à l’égard de l’euthanasie forcée fut encore débattue en 1988, lorsque le bureau de l’association proposa de modifier ses statuts pour déclarer explicitement qu’elle « s’oppose à l’euthanasie qui ne serait pas l’expression d’une volonté libre et réfléchie de la personne ». Il s’agissait alors de mettre un terme à toute ambiguïté sur la question. Pudiquement, le bulletin suivant de l’association indique que cette proposition suscita de grandes difficultés et fut finalement rejetée [4].

Certes, plus tard, l’ADMD a déclaré s’opposer « à toute euthanasie pratiquée sans demande de la personne concernée », mais tout en soutenant des personnes poursuivies en justice pour avoir euthanasié des patients sans leur consentement. Ce fut le cas dès les années 1980, lorsque l’ADMD se réjouissait de l’acquittement de Pierre Thébault, un infirmier ayant tué une femme de 86 ans ayant une fracture du col du fémur [5], ou encore en 2013 lorsque l’ADMD soutenait le Dr Bonnemaison poursuivi en justice pour avoir empoisonné sept patients hors d’état d’exprimer leur volonté [6].

L’idéal supérieur de l’ADMD n’est pas l’euthanasie des personnes mourantes ou inconscientes, mais le suicide volontaire des personnes qui craignent de se voir dépérir. Pour Odette Thibault, théoricienne et cofondatrice de l’ADMD, le suicide « est le seul moyen de mourir… vivant », c’est « la suprême autonomie, celle qui définit l’être humain… avant qu’on ne la perde tout à fait. » Quant au sénateur Henri Caillavet, ancien président de l’ADMD, « le suicide conscient est l’acte unique authentique de la liberté de l’homme ». Cette apologie du suicide comme acte de liberté s’exprime en contrepoint d’une peur tout aussi extrême de la déchéance physique et de la dépendance. Pour Caillavet:

« Lorsque nous sommes – morts en nous-mêmes – pourquoi maintenir une flamme vacillante ne permettant plus qu’une existence végétative, sinon proche de la sénilité ? Est-ce vivre que de ne plus être autonomes, de dépendre d’autrui, de ne plus être capable d’intégrer le monde extérieur et d’être parfois soumis à un acharnement thérapeutique illusoire ? Certainement pas. »

De ce point de vue, un être privé d’autonomie et de capacités relationnelles ne serait pas ou plus vraiment humain ; ils auraient perdu toute dignité. Comme l’écrit Odette Thibault,

« Tout individu ne possédant plus ces facultés peut être considéré dans un état sous-humain ou infra-humain, poussé à l’extrême dans le cas du débile profond ».

Dès lors, ajoute-t-elle, « beaucoup d’individus sont des morts-vivants, déjà morts à l’humain bien avant la fin de leur vie organique ».

Les tuer ne serait donc pas un meurtre, puisqu’ils seraient déjà morts à l’humanité ; et cela ne violerait pas leur autonomie individuelle puisqu’ils en sont démunis. Odette Thibault va jusqu’à écrire :

« Prolonger cette déchéance est, à mon avis, une des plus graves atteintes qu’on puisse porter à la dignité humaine ».

À ces arguments sur l’indignité et l’inhumanité de la fin de vie s’ajoutent des considérations économiques, sur la charge sociale des personnes handicapées et séniles. Odette Thibault écrit encore à propos des personnes âgées :

« Dès qu’ils sont inutiles, ou qu’ils représentent une charge supplémentaire, comme c’est le cas dans les périodes de pénurie, on est content de les voir disparaitre ».

Un autre administrateur historique de l’ADMD, Albert Cuniberti, ajoute, dans le bulletin de l’association :

« l’acharnement que l’on met à conserver une dérisoire caricature de vie à un nombre croissant de vieillards qui ne le souhaitent pas, coûte de plus en plus cher et devient pour la société une charge de moins en moins supportable. »

Partager cet article

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services