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Médias : Nouveaux médias

Fermeture de Riposte catholique

Fermeture de Riposte catholique

J’ai pris la décision de fermer le site Riposte catholique que je dirigeais depuis près de vingt ans.

Cette décision n’a pas été facile à prendre. D’autant que les raisons qui nous avaient poussés, le cher et regretté Daniel Hamiche et moi, à lancer le site sont toujours là. Notre objectif était d’en finir avec la « langue de buis » et, tout spécialement, d’en finir avec l’unité de façade de la conférence des évêques de France. Il y a de légitimes divergences entre fidèles. Il y a de légitimes divergences entre prêtres. Pourquoi n’y aurait-il donc aucune divergence légitime entre évêques ?

Vous pourriez me rétorquer que ce ne sont pas nos oignons et que, si les successeurs des apôtres veulent faire semblant d’être d’accord sur tout contre toute vraisemblance, cela les regarde. Cependant, cela nous regarde aussi. Car cette unité de façade tue dans l’œuf toute initiative pastorale. On l’a bien vu voici quelques mois avec l’éviction de Mgr Rey du diocèse de Toulon. Il y avait sûrement bien des choses à critiquer dans son action. Mais la raison profonde et première de son éviction, c’est qu’il agissait différemment de ses confrères. Silence dans les rangs, je ne veux voir qu’une tête ! C’est déjà catastrophique quand tout va bien. Mais, en temps de crise comme aujourd’hui, c’est suicidaire : étouffer toute innovation sous l’ecclésiastiquement correct est le plus sûr moyen d’enterrer l’Eglise de France à moyen terme.

En un mot, je considère toujours que les raisons du lancement de Riposte catholique subsistent. Alors pourquoi fermer ?

Tout simplement parce que je n’ai pas su tenir la ligne de crête qui s’imposait dans le traitement des abus. Je dis bien « je », même si cela fait des années que je n’interviens plus dans la rédaction de Riposte catholique, me « contentant » d’assumer la responsabilité éditoriale et juridique et laissant les rédacteurs libres d’écrire ce qu’ils veulent – y compris quand je suis en désaccord frontal (mais je ne vois pas comment s’opposer à la langue de buis sans accepter le désaccord) –, car c’est bien moi le responsable. Et disons-le tout net : j’ai échoué.

Dans le traitement de la terrible crise des abus que traverse notre Eglise, il existait deux écueils : soit mettre les problèmes sous le tapis au risque de blesser une deuxième fois les victimes par notre inaction et de voir la plaie puruler ; soit dénoncer les abus et les prédateurs. Je ne pouvais pas accepter la première option. Mais, insensiblement, la deuxième option a révélé ses propres dangers : laisser croire que l’Eglise se résume à cette crise ; faire planer sur tous les prêtres un opprobre général ; et, de façon générale, amalgamer bien des choses qui n’ont rien à voir (un signalement n’est pas une preuve de culpabilité, une gouvernance « musclée » n’est pas un viol, etc.). Ainsi tel prêtre, pourtant blanchi par la justice pénale française, se voit-il systématiquement affublé d’une accusation infamante. Ainsi tel autre, objet d’un signalement au TPCN (dont nous ignorons tout à ce stade), se voit-il immédiatement soupçonné d’être un violeur d’enfants. Il est facile de « signaler » que tel curé n’écoute pas assez tel membre de son conseil pastoral mais ce « signalement » (pour un comportement qui, notons-le, peut être parfaitement justifié), jeté en pâture aux médias, deviendra rapidement une présomption de culpabilité pour des turpitudes innommables.

Et cela ne s’arrête pas aux personnes (ce qui suffirait largement à justifier ma décision d’arrêter tout) mais cela a aussi des conséquences sur la structure même de l’Eglise. Si c’est un abus d’interdire à un jeune religieux de communiquer avec sa famille pendant certaines périodes, faudra-t-il interdire tous les monastères bénédictins ? Bien sûr qu’il est très facile d’utiliser de façon perverse les pouvoirs d’un supérieur religieux ; bien sûr que les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance, lorsqu’ils ne sont pas librement consentis, sont inhumains – et seraient sectaires s’ils étaient imposés. Mais la vie religieuse est le cœur de l’Eglise militante : si nous jetons la suspicion sur toute obéissance, toute chasteté, toute pauvreté, nous détruisons ce cœur.

Je réfléchis en ce moment à ce que nous pourrions faire dans l’avenir pour maintenir ce refus de la langue de buis et de l’ecclésiastiquement correct, sans pour autant tomber dans l’ornière d’une sorte de « Médiapart de droite », traquant toutes les déviances réelles ou supposées au nom d’une impossible transparence – et finalement au service d’un pharisaïsme dont le Christ nous a averti des méfaits.

Ceux que cela intéresse peuvent laisser leur courriel ci-dessous pour être tenus au courant de cette éventuelle relance sur des bases assainies.

Guillaume de Thieulloy





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