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Tribune libre

Du bricolage paisible et liturgique à Solesmes ?

Du bricolage paisible et liturgique à Solesmes ?

Du bricolage paisible et liturgique à Solesmes ?

Le 20 mars 2026, un article du Salon Beige diffuse une lettre au pape de Dom Geoffroy Kemlin, père abbé de Solesmes, datée du 25 novembre 2025, en la qualifiant de « bricolage liturgique ». Ne sachant si cette lettre est authentique et le cas échéant si on a le droit de la diffuser, j’aborderai uniquement les idées évoquées. Cette lettre de Dom Kemlin informerait donc le pape de travaux d’une commission de leur congrégation (de France) sur des solutions pour la paix liturgique, entre novus et vetus ordo. Cette commission intégrerait désormais des augustiniens. Cette lettre fait part de tensions qu’il y aurait eu à une époque sur ce sujet entre les divers monastères de la congrégation, maintenant bien apaisées par compréhension mutuelle ; elle constate qu’il n’est pas possible d’éradiquer le vetus ordo, les fidèles y étant très attachés pour des motifs profonds et non identitaires, et propose donc d’inclure dans le missel romain le vetus ordo pour permettre à chaque prêtre de choisir librement sa célébration, quitte à concélébrer en français la messe de St Pie V (cas extrême ! ). Néanmoins, le nouveau lectionnaire serait obligatoire, ce qui peut interpeller.

Si la solution n’est pas forcément parfaite, elle est intéressante et tout bon bricoleur sait que parfois seul un bon bricolage peut sauver une situation qui semble sans solution raisonnable à moyen terme.

L’article précité du Salon Beige semble dénigrer cette proposition (« irréaliste, mauvaise action ») pour deux raisons :
– tout d’abord, le nouveau lectionnaire (devenant obligatoire) étant bien plus riche que l’ancien, il  tendrait à « confondre liturgie et lectio divina ». Pour mémoire, le nouveau lectionnaire comprend 3 lectures pour les dimanches et fêtes sur un cycle « années A-B-C », 2 lectures pour un temporal absolument complet (mardi de la Xème semaine ordinaire par exemple…) sur un cycle « années paire-impaire », et sanctoral (St Padre Pio le 23 septembre) plus complet que l’ancien.

Il me semble qu’il est difficile d’arguer que la richesse du lectionnaire va nuire à la méditation biblique, sachant qu’il n’y a sans doute qu’un très très faible pourcentage des laïcs adeptes de la lectio divina. La seule source de connaissance de la bible de la grand majorité reste l’écoute (en français) des lectures à la messe. L’argument serait aussi étrange que de dire que le silence à la messe tendrait à confondre liturgie et oraison.

Pour ma part, je suis fatigué d’entendre 10 fois par été lors des mariages l’épître de St Paul (éphésiens ch 5) mal tronçonné qui commence par « que les femmes soient soumises à leurs maris » alors que le verset précédent ordonne « Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ ». Un peu de nouveau lectionnaire peut faire du bien.

– ensuite l’auteur évoque « l’affaiblissement des oraisons modernes ». C’est méconnaître les progrès en la matière, puisque le missel Laudate de la communauté Saint Martin, rajoute les anciennes antiennes déjà autorisées, pour chanter si l’on veut tout le grégorien, et donc bénéficier de prières qui seraient meilleures que les oraisons nouvelles [l’auteur de cette tribune semble confondre le propre de la messe (introït…) et les oraisons (collecte, secrète, post-communion. NDMJ]. L’auteur rappelle aussi l’absence d’offertoire, sans savoir que le pape François (tout en corrigeant les deux hérésies du Pater et du Credo) a ajouté les deux oraisons « Orate fratres » et « Suscipiat » à la prière « In spiritu humilitatis » (présente aussi bien à la messe de St Pie V que dans le nouvel ordo de 69. La notion de sacrifice y est donc maintenant bien explicitée dans l’offertoire, qui reste, je le concède, un peu court. [Le pape n’a rien ajouté, c’est la traduction défaillante qui a été revue et corrigée. NDMJ]

Pour s’opposer à cette idée de missel romain unique dans lequel on piocherait un peu ce qu’on veut, il faut donc trouver d’autres arguments. Le seul vrai problème pratique que j’entrevois serait le remplacement de nos missels, et leurs tailles ! En effet, ceux qui se sont intéressés au problème en compulsant le missel Laudate voient mal un nouveau « 800 » avec les partitions et le nouveau lectionnaire en latin et en français. Certains pourraient penser à un complot bénédictin, avec la congrégation de France inspirant un nouveau missel, et l’abbaye du Barroux devenue experte en la matière, publiant ce nouveau missel avec des dividendes juteux. Il me semble qu’il y a des complots plus crédibles.

On peut rétorquer que cela accentuera le bazar. Sans doute un peu, mais c’est peut être le prix à payer d’une paix liturgique, et avouons que certains de nos prêtres bricolent aussi en particulier dans des triduum d’avant la réforme de Pie XII, mais amputés par ci par là car trop longs… Le bricolage, ça marche, très longtemps parfois, c’est l’art de rechercher des solutions, mais comme disaient les shadoks, « chaque problème a une solution, et s’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème ».

Général (2S) Antoine PINOTEAU
bricolage et réparation de tracteurs à domicile

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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9 commentaires

  1. Pour les relations complexes entre la FSSPX et l’Eglise de Rome, permettez-moi une allégorie.
    Prenons un pays – disons un royaume comme dans les contes – en guerre contre un ennemi décidé à l’anéantir.
    Jusqu’ici le royaume tient, avec la masse des combatants-lambda munis de leurs simples fusils, et d’autres unités dotées d’armements plus puissants.
    Bien sûr tout le monde prend des coups – c’est une guerre. Et comme l’ennemi n’est pas manchot, il est parvenu à infiltrer certaines structures du royaume (on se rappelle le scandale de la 1ère guerre mondiale où le ministre français de la défense avait été pris avec une masse de deutsche-marks dans la poche de son manteau). En somme rien d’inattendu même si ça agace de prendre des coups de la part de ceux qu’on a le devoir de protéger.
    Mais une des unités parmi les plus puissantes a décidé que, puisque c’est ainsi, elle reviendra… quand elle ne prendra plus de coups; en tout cas de la part des ennemis infiltrés. Donc qu’elle s’en va continuer la guerre dans son coin, en laissant les combattants-lambda se débrouiller comme ils peuvent. Avec leurs pétoires parfois hors d’âge.
    Bon, y’a eu un précédent mais ça s’est mal passé (dérives de “l’esprit Vatican 2”) mais c’est pas leurs oignons, ils veulent bien combattre mais pas prendre des coups.
    C’est l’ennemi qui jubile! Désertion sur le champ de bataille: bravo! On appelle ça plutôt “trahison” en bon français.
    Non, la FSSPX ne se sauvera pas toute seule, elle deviendrait juste une secte comme une autre, appelée à devenir marginale puis végétative, refuge de nostalgiques.
    Elle a sa place DANS l’Eglise, toute sa place, y compris pour affronter les coups de l’ennemi (de l’intérieur aussi: qui pour rembarrer la dérive allemande par exemple?) et le repousser justement.
    Vous n’entendez l’ennemi pas susurrer doucement “désarmement… baisser les armes…”?
    Qui n’est rien d’autre que la capitulation devant la loi du plus fort. Le retour de l’esclavage et l’arbitraire, quoi.
    Donc oui, je soutiens une FSSPX combattante, qui aide l’Eglise à garder ses frontières, sa foi. Mais je mépriserais une FSSPX qui déserterait en jouant son ‘Caliméro’.

    • Comme déjà répondu sur un autre article, je ne suis pas d’accord avec vous. Sur la forme, ce n’est pas la FSSPX qui a décidé de partir, ce sont les autorités de l’Eglise qui ont décidé de la sanctionner dès les années 70. Et la FSSPX continue à combattre sur le terrain de la doctrine et de la liturgie. Elle a demandé à Rome une solution pour obtenir les évêques dont ses fidèles ont besoin pour les sacrements, mais, les mêmes causes produisant les mêmes effets, Rome a refusé. La FSSPX prendra donc ses responsabilités avec les sacres, ce qui ne changera rien à la situation de fond (soit les sacres de 1988 étaient illégitimes et la fraternité est dans l’illégitimité, soit ils étaient légitimes et ceux de 2026 le seront tout autant ; et personnellement je suis convaincu de leur légitimité).

      • Merci pour votre courtoise réponse et vos remarques.
        J’attire votre attention sur un point qui semble toujours vous échapper: dans les années 70, DES autorités de l’Église ont sanctionné la Fraternité, précisément celles acquises à “l’ennemi” et qu’il fallait combattre, ne serait-ce qu’en les mettant en pleine lumière. Permettez-moi de pointer que, sauf erreur de ma part, son responsable d’alors n’était peut-être pas connu principalement pour son caractère diplomatique.
        Et aujourd’hui “Rome” ne désigne rien de précis: le chef de l’Église – pardon, son vicaire – ou un groupe d’influence puissant qu’il faut débusquer? Et n’est-ce pas le moment de demander au Chef de l’Église – le vrai cette fois – de se manifester pour la Vérité?

        • Je vous remercie pour votre courtoise réponse, que je vois tardivement. J’utilise le terme générique “Rome” car au sein de la hiérarchie, il est difficile de distinguer les responsabilités et les intentions des uns et des autres.

          D’une manière générale, il me semble clair que majoritairement, les autorités de l’Eglise ne luttent pas efficacement (voire pas du tout) contre les erreurs touchant à la Foi et la Liturgie (et parfois même la Morale). Et ce pour diverses raisons. C’est pourquoi, si on reprend votre analogie, la FSSPX se retrouve, non pas en-dehors du combat, mais en mise en-dehors de et par cette chaîne hiérarchique qui ne peut pas, ne sait pas ou ne veut pas lui donner une place et des armes pour combattre.

          Nous sommes dans une crise de l’Eglise (voire sa Passion) et nous prions pour que le Seigneur daigne y mettre fin.

  2. Petite remarque hors du sujet principal du présent article : si l’hérésie du Notre-Père (ne nous soumets pas à la tentation) a bien été supprimée, il reste pas moins que la version actuelle (ne nous laisse pas entrer en tentation) est inappropriée, voire blasphématoire.
    En effet, Dieu dans son infinie bonté ne peut créer ou provoquer une situation pouvant nous mener au péché, non Il n’est pour rien dans la tentation que nous connaissons. La demande de ne pas nous laisser entrer en tentation signifie le contraire donc peut paraître blasphématoire. « Dieu ne saurait être tenté de mal et lui-même ne tente personne » (Jac l, 13).
    D’autre part, la tentation est nécessaire à notre sanctification. Le danger n’est pas d’y être exposé mais d’y succomber.
    Vraiment, il eût été plus utile de ne pas bricoler le Notre-Père …

    • – L’Orate Fratres qui dans la forme moderne a été amélioré mais est quand même affaibli sur la fin :
      “…Pour notre bien et celui de toute l’Eglise”, alors que dans la forme traditionnelle c’est : “…et celui de toute Sa Sainte Eglise”.
      Donc il y a omission de la sainteté de l’Eglise et du fait que c’est l’Eglise du Christ.
      – Pour la communion, c’est carrément un raccourci dans la forme moderne : “le Corps du Christ”, alors que la formule est magnifique dans la forme traditionnelle : “Que le corps de NSJC garde mon âme pour la vie éternelle, ainsi soit-il”.
      Evidemment je ne parle pas de la simplification dans le déroulé de la liturgie, prières en bas de l’autel et offertoire en particulier.

  3. Alors que ce serait TELLEMENT SIMPLE ! que chaque diocèse laisse célébrer la messe tridentine pour ceux qui le souhaitent, a l’instar de ce qu’il se fait déjà avec succès dans certaines églises. Ces polémiques depuis 60 ans sont stériles !

  4. Ce genre de solution aurait une utilité si de part et d’autre on était en demande de s’accorder sur la liturgie. Et peut-être que dans le futur, en sortie de la crise de l’Eglise, il y aura une réforme de la la réforme liturgique.
    Mais en attendant, cela ne résoudra pas le problème, vu que les autorités sont défavorables au rite tridentin, et que les communautés traditionnelles s’en tiennent par sécurité à ce qui a été clairement défini.

  5. Dieu soit loué pour avoir mis fin au règne du Pape François au profit d’un Léon XIV qui semble avoir mis psychorigidité et intransigeance à la poubelle. Au fait que devient le Cardinal Roche dans cette affaire ?

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