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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Les déclarations intenables de Mgr Schneider concernant la FSSPX

Les déclarations intenables de Mgr Schneider concernant la FSSPX

Le père Alfredo Morselli, né à Bologne en 1958, ordonné prêtre en 1986, avait été nommé par le cardinal Carlo Caffarra pour célébrer la messe traditionnelle à Bologne. Il est connu pour avoir critiqué certains textes récents du pontificat passé. Dans un message, il répond aux dernières déclarations, qu’il qualifie d’intenables, de Mgr Schneider :

Ces derniers jours, Son Excellence Mgr Athanasius Schneider a publié un texte intitulé « La question fondamentale concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X », diffusé intégralement par Mme Diane Montagna [Traduction ici]. Il s’agit d’une tentative sincère de montrer que les prochaines consécrations épiscopales de la FSSPX sont licites et non schismatiques. S’il est difficile de ne pas admirer le cœur paternel de Mgr Schneider, je crois néanmoins que certaines de ses affirmations ne sont pas entièrement soutenables. J’en rapporte ci-dessous une traduction (en italique), suivie de mes observations.

Mgr Schneider : Aujourd’hui, cependant, pour être en pleine communion avec le Saint-Siège, il est nécessaire d’accepter ces affirmations et enseignements du Concile Vatican II qui sont de nature pastorale et certainement non définitifs quant à leur caractère magistériel. Cela soulève une question importante : pourquoi l’acceptation inconditionnelle des textes du Concile Vatican II est-elle présentée comme une conditio sine qua non pour la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu’il n’existe aucune exigence analogue concernant les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?

Non tenable : dans le protocole d’accord signé par Mgr Lefebvre en 1988, puis abandonné, l’acceptation inconditionnelle des textes du Concile Vatican II n’a jamais été exigée : en effet, le § 3) du protocole stipule :

  1. En ce qui concerne certains points enseignés par le Concile Vatican II ou relatifs aux réformes ultérieures de la liturgie et du droit, qui nous paraissent difficiles à concilier avec la Tradition, nous nous engageons à adopter une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique.

Mgr Schneider : le Saint-Siège demande à la FSSPX d’accepter non seulement la validité, mais aussi la légitimité et la bonté de la réforme liturgique dans le Novus Ordo Missae.

Non tenable : dans le protocole d’accord, le § 4 exige :

  1. Nous déclarons en outre que nous reconnaissons la validité du Sacrifice de la Messe et des sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel romain et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II.

La limite requise par la foi en l’indéfectibilité de l’Église n’exige pas que le Novus Ordo ne soit pas critiqué ni que ses déficiences ne soient pas dénoncées, mais qu’il ne soit pas considéré comme un mal moral absolu, qu’il ne soit pas tenu pour non catholique, et qu’il soit possible de le célébrer et d’y assister sans commettre de péché.

Mgr Schneider : le canon 1387 du Code de droit canonique de 1983, qui interdit la consécration d’un évêque sans mandat pontifical, est classé parmi les « délits contre les sacrements », plutôt que parmi les « délits contre la foi et l’unité de l’Église », où est puni le schisme (can. 1364). Si la consécration épiscopale sans mandat pontifical était intrinsèquement schismatique, elle serait placée parmi les délits « contre l’unité de l’Église ».

Le fait que la consécration d’un évêque sans mandat pontifical soit classée parmi les « délits contre les sacrements » n’exclut pas qu’elle soit aussi une atteinte à l’unité de l’Église, de même que, par exemple, le fait que l’adultère soit un péché contre le mariage n’exclut pas qu’il soit aussi une fornication.

Le sacrement de l’Ordre confère nécessairement, comme grâce sacramentelle propre, une participation maximale au munus regendi propre au collège apostolique, qui ne peut être que cum Petro et sub Petro : détenir cette participation (à bien distinguer de la juridiction) contra Petrum constitue en soi un acte schismatique, car cela revient à établir un sujet d’autorité alternatif et opposé à l’unique véritable autorité.

Mgr Schneider : il est absolument évident que ceux qui ont exercé le pouvoir administratif au Saint-Siège au cours des dernières décennies, et qui l’exercent encore aujourd’hui, exigent de la FSSPX, comme conditio sine qua non de la pleine communion, l’acceptation du climat de fait d’ambiguïté doctrinale et liturgique et de relativisme, qui a atteint son apogée avec l’actuel processus synodal extrêmement confus dans toute l’Église.

Le problème auquel la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X doit faire face n’est pas difficile à comprendre. Le Saint-Siège exige que la FSSPX accepte, sans objections substantielles, certains enseignements objectivement ambigus et indéterminés du Concile Vatican II, des affirmations ambiguës du magistère papal postconciliaire, ainsi que des défauts doctrinaux et rituels objectifs dans le Novus Ordo. Pourtant, Dieu n’a jamais exigé l’acceptation de doctrines obscures ou formulées de manière ambiguë, et l’Église, tout au long de son histoire, a toujours agi en conséquence.

La tragédie de la situation actuelle est que le Saint-Siège exige de la FSSPX l’acceptation de l’état actuel d’ambiguïté doctrinale et liturgique comme condition indispensable à la pleine communion et à la régularisation canonique.

Non tenable : l’Église a montré qu’elle ne demande que ce qui était requis dans le protocole d’accord de 1988, et les nombreuses familles religieuses établies à l’époque de la Commission Ecclesia Dei en sont une preuve objective : des familles qui célèbrent selon le rite ancien et qui n’ont pas compromis avec le néo-modernisme (même si elles sont méprisées par certains fidèles de la FSSPX sous des appellations dépréciatives telles que « conservateurs », opposés aux supposés « vrais traditionalistes »).

Mgr Schneider : l’affirmation de Lumen gentium 16 selon laquelle les musulmans, avec les catholiques, « adorent le Dieu unique et miséricordieux ».

Non tenable : le texte latin est « nobiscum Deum adorant unicum », c’est-à-dire : comme nous, ils sont monothéistes ; unicum ne signifie pas « le même », ce n’est pas eundem, mais unicum.

Mgr Schneider : le Saint-Siège exige en outre de la FSSPX qu’elle reconnaisse formellement les affirmations et enseignements des papes postconciliaires qui relèvent du magistère authentique et ordinaire.

Non tenable : donner son assentiment au Magistère ne signifie pas adhérer à chaque affirmation particulière ni considérer que toutes ont la même valeur et exigent le même degré d’assentiment.

Il s’agit d’affirmer que le premier lieu théologique dans l’ordre de l’exercice est le Magistère de l’Église enseignante, ce qui n’empêche pas que chaque énoncé magistériel possède sa note théologique propre. Il est donc possible, selon les formes appropriées, de formuler des objections au Magistère.

Mgr Schneider : la FSSPX considère comme l’une de ses raisons essentielles d’exister celle d’appeler, avec parrhèsia, à un retour à la clarté et à la pureté absolues de la doctrine que l’Église a toujours cherché à préserver au cours des siècles.

Trompeur : ce que souhaite la FSSPX peut très bien se faire même sans ordonner des évêques, et les exemples de résistance légitime à des actes contestables récemment promulgués ne manquent pas.

Mgr Schneider : le fait même que certains enseignements du Concile Vatican II, ainsi que la réforme liturgique, aient donné lieu — et continuent de donner lieu, tant en théorie qu’en pratique — à un affaiblissement de la clarté doctrinale oblige le pape, à l’exemple de nombreux prédécesseurs héroïques, à clarifier et, si nécessaire, à corriger ces enseignements. Cela devrait se faire avec une précision doctrinale renouvelée et une clarté telle qu’elle ne laisse aucune place à des interprétations ambiguës ou erronées.

Très vrai : mais tout cela n’implique pas la nécessité d’une consécration contra Petrum.

Mgr Schneider : le Saint-Siège devrait prendre en considération la Déclaration de foi catholique et le Message aux fidèles publiés par le Supérieur général de la FSSPX, et reconnaître ces documents et ces actes comme suffisants et conformes aux conditions minimales de la communion ecclésiale.

Non tenable : dans cette profession de foi, l’assentiment au magistère ordinaire fait défaut ; les mots « je crois ce que l’Église nous propose de croire » n’y figurent pas.

Le véritable nœud doctrinal a été exposé par Benoît XVI :

« …les problèmes à traiter sont essentiellement de nature doctrinale et concernent avant tout l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère postconciliaire des papes […] L’autorité magistérielle de l’Église ne peut être figée à l’année 1962 ».

C’est là que se situe tout le cœur du problème : soit ce point est résolu, soit le temps est perdu et les fidèles sont scandalisés.

La FSSPX entend-elle figer l’autorité magistérielle à 1962 ?

Trois réponses sont possibles : oui, non, iuxta modum.

Si la FSSPX répondait iuxta modum, c’est-à-dire en acceptant les énoncés selon leur note théologique propre et avec la possibilité de présenter, même avec insistance, certains dubia (selon ce que permet par exemple l’instruction Donum Veritatis), la question serait réglée, au grand bénéfice de toute l’Église.

Mgr Schneider : malheureusement, malgré ce qu’elle considère comme un dilemme objectif de conscience, la FSSPX est, pour l’essentiel, caractérisée comme schismatique et orgueilleuse.

Pas toujours vrai : la majorité des bons chrétiens (je pense aux dizaines de milliers de pèlerins de Chartres, aux fidèles éprouvés par de nombreux évêques, aux victimes d’un « todos, todos, todos » hypocrite — « tous, tous, tous, sauf vous »…) aspirent surtout à l’unité du mouvement traditionaliste… Je suis de ceux-là (et je paie cher cette position), et je m’abstiens de tout jugement subjectif personnel (je ne dirais jamais que la FSSPX est « orgueilleuse », et si certains le sont, ce n’est certainement pas à moi d’en juger) ; quant à qualifier la FSSPX de schismatique, je me limite à évaluer le finis operis d’une consécration épiscopale, de fait contra Petrum.

Je conclus en renouvelant toute mon estime et mon affection filiale envers Mgr Schneider, avec qui je me sens, depuis de nombreuses années, cor unum et anima una, sauf sur ces dernières déclarations concernant les consécrations de la FSSPX.

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