Il y a longtemps que des « théologiens » nient le péché originel. Mais c’est la première fois semble-t-il qu’un théologien le fait dans l’Osservatore Romano (édition du 4 juillet).
Le titre d’un article est : « Dans la Genèse, il n’y a pas de “non”, à l’origine d’un malentendu », puis, juste en dessous, on lit avec insistance : « Le serpent, la femme et le fruit. Et Satan ? » Marinella Perroni signe l’article dans Donne Chiesa Mondo – Il Diavolo in noi – Monthly magazine of the Osservatore Romano , n° 157, juillet 2026 (ici). Elle ne formule jamais clairement la réponse.
L’article comporte des passages très clairs :
- a) « Les protagonistes de l’histoire sont (…) un serpent (…), une femme (…) et un fruit », donc dans le récit du péché originel, « il n’y a pas de diable » ;
- b) à partir du VIe siècle et des spéculations sur les esprits surnaturels, « le diable apparaîtra comme une entité à part entière : “par l’envie du diable, la mort est entrée dans le monde, et ceux qui sont de son parti en font l’expérience” (Sg 2, 24) » ;
- c) par conséquent, « les trois protagonistes du récit de la Genèse — le serpent, la femme et le fruit — deviendront le diable, la femme et le péché ».
La question se pose : que signifie « deviendront » ? S’agit-il d’un progrès dans la révélation, ou bien d’une assimilation du serpent au diable ?
La note sur Genèse 3,1 de la Bible de Jérusalem précise que « la tradition sapientielle, puis le Nouveau Testament et toute la tradition chrétienne [ont reconnu le serpent comme l’adversaire (ou le tentateur), le diable ». Dans l’Écriture, il faut certes partir du sens littéral, mais « dans la tradition vivante de toute l’Église » (CEC 113), il faut demeurer attentif à « l’analogie de la foi », c’est-à-dire à la « cohérence des vérités de foi entre elles et dans la totalité du plan de la Révélation » (CEC 114). Autrement dit, toute interprétation littérale est possible, mais un texte doit aussi rendre compte des phases historiques successives de la Révélation et de son rapport à tout le mystère chrétien : ces éléments sont essentiels à sa compréhension, et l’on ne peut élaborer une théologie ni une pastorale sans les prendre en considération, comme semble le suggérer l’article en question.
Marinella Perroni a été pendant dix ans présidente de la Coordination des théologiennes italiennes, spécialiste des « études de genre », versions féministes, dans ce qu’on appelait autrefois la Sainte Ecriture. Elle affirme tranquillement :
« Dans l’ancien mythe biblique communément appelé la Chute, il n’y a ni diable, ni puissance divine à laquelle les êtres humains soient soumis. » Le récit ne parle que de la « contradiction » selon laquelle « être de Dieu, être choisi par Dieu, ne signifie pas être comme Dieu. Et c’est là que réside la tension inépuisable entre l’humanité et le divin – il n’y a pas de péché. »
Et il ne peut pas y avoir de péché puisque le récit biblique est le premier discours théologique féministe, sur le désir d’être comme Dieu :
« Il est tout à fait beau de voir que, dans l’Éden, la femme endosse le rôle de celle qui a le courage de s’engager dans ce désir, d’en revendiquer le droit et d’en discuter les limites, afin de contribuer à définir cette frontière infranchissable qui sépare les humains de Dieu, sans aucune possibilité de négociation. »
Le problème est que s’il n’y a pas de péché il n’y a pas non plus d’incarnation rédemptrice.
Et c’est écrit dans le journal officiel du Vatican.
