Suite à l’invasion de plus de soixante mille migrants dans la petite enclave espagnole de Ceuta, notre ministre de l’intérieur déclarait la semaine dernière dans la Presse de propagande :
« Tous les états membres européens, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l’Espagne. Ils ont convenu que l’espace Schengen n’était pas le problème, mais plutôt la solution. Ils ont aussi déploré que la circulation de certaines images sur la crise de Ceuta dans les réseaux sociaux révélaient des ingérences de la part de pays étrangers pour diviser l’Union Européenne. »
Malheureusement pour lui, les faits ne cessent pas de le contredire depuis le week-end dernier !
Tout a commencé avec une intervention musclée de Georgia Meloni soutenue par le Danemark, la Hongrie et d’autres pays européens. Elle a décidé de suspendre la libre circulation des personnes en provenance d’Espagne. En réponse à ces mesures de restrictions, le premier ministre espagnol a imposé à son tour des contrôles à l’entrée des ports et des aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie. Autant l’un que l’autre prouve par là le niveau de solidarité régnant en Europe. Contrairement aux affirmation de Laurent Nunez, l’entente à l’intérieur de l’Union Européenne est loin d’être une évidence. Mais comme d’habitude, la Presse de propagande se garde bien d’évoquer ces querelles internes et de mettre notre ministre de l’intérieur en face de ses propres contradictions. De nos jours, la Presse semble plutôt faite pour conditionner la population et non pour poser à nos dirigeants les questions qui fâchent.
Lors des récents incendies dans le Sud-Ouest de la France, les médias ont ainsi focalisé notre attention sur le manque de canadairs, négligeant de la sorte les problèmes essentiels de manque d’entretien des pares-feux ou de la monoculture du Pin dans des zones à risque dont j’ai eu l’occasion de parler dans un récent article. **
Aujourd’hui, cette même Presse nous présente l’invasion de l’enclave de Ceuta par des milliers d’individus comme un problème d’immigration. Pour son public de tendance nationaliste, elle se sert de la peur provoquée par ces hordes de jeunes gens prenant d’assaut la petite enclave espagnole, et pour son public plutôt mondialiste, elle utilise la pitié en soulignant la détresse de ces pauvres jeunes fuyant la misère. Toujours les mêmes recettes : la Presse utilise la colère, la peur ou la pitié pour manipuler les foules, et nous tenir à l’écart des vrais problèmes.
Quand on voit plus de soixante mille jeunes adultes monter simultanément à l’assaut de la petite ville de Ceuta, on suspecte un minimum d’organisation. Pire, on a le sentiment que cette multitude de migrants est utilisée comme une arme !
En mai 2021, le gouvernement marocain avait déjà utilisé cette arme. A cette époque, le Maroc se disputait la région du Sahara occidental avec les indépendantistes du Front Polisario soutenu par l’Espagne. Pour rompre ce soutien, le Maroc avait laissé entrer plus de dix mille migrants dans l’enclave de Ceuta. Face à une telle crise, l’Espagne s’était plié aux désirs du gouvernement marocain, abandonnant toutes relations officielles avec le Front Polisario.
De leur côté, les États-Unis et Israël avait reconnu dès 2020 la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental faisant ainsi du Maroc un précieux allié. Aujourd’hui, alors que le gouvernement espagnol soutient les palestiniens de Gaza, alors que le gouvernement espagnol empêche l’armée américaine d’utiliser ses bases militaires pour attaquer l’Iran, on peut comprendre l’irritation d’un Donald Trump ou d’un Benjamin Netanyahou à l’encontre de Pedro Sanchez. Dans ce billard politique à trois bandes, on peut facilement imaginer Donald Trump, Benjamin Netanyahou et le roi du Maroc envoyer un message d’avertissement à Pedro Sanchez pour le rendre plus coopérant : la prochaine vague de migrants pourrait être pire !
Autrement dit, il ne serait pas étonnant que de tels personnages utilisent la misère humaine en guise d’arme politique.
Ce terrible constat fait penser à ce passage de l’Évangile de Matthieu où Jésus est ému de compassion devant une foule espérant en un avenir meilleur :
« Quand Jésus sortit de la barque, il vit une grande foule et fut ému de compassion pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. Comme l’heure était avancée, ses disciples s’approchèrent de lui et dirent : ce lieu est désert et l’heure est avancée, renvoie les afin qu’ils aillent dans les campagnes des environs pour acheter de quoi manger.
Jésus leur répondit : donnez leur vous-mêmes à manger.
Mais ils lui dirent : nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons.
Et il dit : apportez les moi. Il fit asseoir la foule et prit les cinq pains et les deux poissons et levant les yeux au ciel, il rendit grâce. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples qui les distribuèrent à la foule. »
Jésus s’est intéressé à cette foule de miséreux, il a pris soin d’eux en leur procurant de la nourriture mais surtout, il leur a offert une espérance dans le Royaume de Dieu. Nos dirigeants au contraire utilisent les foules de malheureux pour régler leurs propres conflits, les manipulant sans l’ombre d’un remord : quel contraste !
* * – Parole de forestier
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