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FSSPX : « le pape reste le pape. J’espère de sa part, comme pasteur, un signe de compréhension de ce que veut dire l’attachement à la tradition »

FSSPX : « le pape reste le pape. J’espère de sa part, comme pasteur, un signe de compréhension de ce que veut dire l’attachement à la tradition »

A l’occasion de la venue du pape, Le Pèlerin s’est intéressé aux fidèles de la Fraternité Saint Pie X :

« Que le pape vienne en France, ça me réchauffe le cœur ». Ian fait partie des convertis dont le retour à la foi est passé par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Celle-ci se trouve aujourd’hui au cœur d’une nouvelle crise avec le Saint-Siège, après la consécration, le 1er juillet 2026, de quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical qui a entraîné leur excommunication. Pourtant, avec son épouse, il ira au passage de Léon XIV « pour recevoir une bénédiction ».

Comme lui, d’autres fidèles de la Fraternité se réjouissent de sa venue malgré la blessure laissée par la rupture avec Rome. Mais d’autres, comme Benoît, s’interrogent : « En tant que paroissien habituel de la FSSPX, suis-je invité à la visite du pape ? » Il confie : « J’ai un sentiment partagé : à la fois très heureux que le Saint-Père vienne, sûr qu’il y aura des grâces pour notre pays, et en même temps, je ressens cette blessure qui fait que j’ai presque l’impression d’être au balcon quand il passera au milieu de la foule, dans la rue. »

La première apparition de Léon XIV, le 8 mai 2025, reste un souvenir marquant pour plusieurs membres de la FSSPX. Jean se souvient : « À la première vue du pape avec les attributs papaux traditionnels, j’avais le sentiment qu’on avait un pape qui prenait toute la tradition. » Benoît s’en rappelle aussi comme d’un « moment d’apaisement et d’espérance ».

Car les dernières années du pontificat du pape François avaient ébranlé l’impression d’une normalisation amorcée par Benoît XVI en 2009. Le 21 janvier de cette année-là, en pleine semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il avait en effet levé l’excommunication qui pesait sur les évêques de la FSSPX depuis 1988.

« Les années 2000 ont vu des barrières s’abaisser », se souvient Jean. Au-delà de la levée des excommunications, Jean et Jacques-Régis se souviennent d’avoir participé à différentes mobilisations de catholiques : les manifestations contre le mariage pour tous, les marches pour la vie lors des débats sur l’inscription de l’avortement dans la Constitution puis lors du débat sur la fin de vie, des protestations contre des œuvres d’art jugées offensantes, telles que Piss Christ ou Golgotha Picnic en 2011… Cette expérience militante leur a fait rencontrer des catholiques en dehors de leur réseau et découvrir une convergence de lutte avec des fidèles de la messe « moderne ».

Malgré de profondes divergences avec le pape François, ils gardent de lui le souvenir d’un homme « accessible », comme le résume Benoît. Sa décision en 2021 (motu proprio Traditionis Custodes) de durcir les conditions d’usage de l’ancienne liturgie a ébranlé les fidèles de la FSSPX. « Cela a réactivé les divisions », note Jean. Jacques-Régis en a gardé une incompréhension : « On a senti que l’ancien missel devait disparaître parce qu’il attaquerait l’unité de l’Église, et que, nous-mêmes, nous étions voués à la disparition. »

En voyant le pape Léon apparaître au balcon de Saint-Pierre, ces fidèles ont pu penser que la situation reviendrait à ce qu’ils avaient connu entre 2009 et 2021. « Dans la communauté traditionaliste, ce pape qui avait l’air plus classique a suscité des espoirs », conclut Jean.

Le 2 février 2026, la décision de la FSSPX d’ordonner quatre nouveaux évêques a ouvert plusieurs mois de discussion avec le Vatican qui se sont conclus par un échec. L’ordination le 1er juillet, contre l’avis du pape, a entraîné dès le lendemain la déclaration d’excommunication des évêques concernés. Le décret précise également les conséquences canoniques pour les clercs et les fidèles qui adhèrent formellement au schisme de la Fraternité. Une rupture donc plus lourde que l’excommunication de 1988, qui ne concernait que les évêques.

Les fidèles de la FSSPX s’attendaient-ils à un tel durcissement ? Pour ceux qui ont répondu au Pèlerin, ce fut un choc. Ils se retrouvaient de facto hors de la communion de l’Église catholique par décision d’un pape dont ils attendaient un apaisement.

« Le 2 juillet a laissé un trouble certain, commente Benoît, mais la radicalité de la décision nous a fait finalement revenir au calme. On s’est dit que la situation ne pouvait pas rester telle quelle. »

Chez ces fidèles, le lien à la figure du pape reste fort. Jacques-Régis l’explique : « On a l’impression d’une injustice et cela crée de la tristesse avec plus ou moins d’amertume, mais pas de résignation. Car le pape reste le pape. J’espère de sa part, comme pasteur, un signe de compréhension de ce que veut dire l’attachement à la tradition. Mais ce voyage en France sera-t-il le bon moment pour poser un tel signe ? » Ian évoque, lui, « le sentiment de vivre une épreuve surnaturelle dont nous ne comprenons pas tout ».

Que le pape fasse ou non un geste à leur égard, ils voient dans sa visite un soutien pour le catholicisme français. « On a l’impression d’avoir perdu tous les combats juridiques, on se sent un peu étouffés. Sa visite va redonner de l’oxygène aux catholiques », commente Benoît. « La solution à nos problèmes n’est pas plus de laïcité mais plus de foi en Dieu », résume Ian.

Ils sont particulièrement sensibles à sa venue à Notre-Dame de Paris. Jean y voit un symbole : « J’avais vécu l’incendie comme un signe de dévastation, de presque disparition de la « fille aînée de l’Église ». Que Notre-Dame ne soit pas tombée, qu’elle ait été reconstruite, je le vis comme un message d’espoir pour notre temps. Parmi mes connaissances, mes collègues, de nombreuses personnes sont sur un chemin de foi, reviennent au catholicisme. Le voyage du pape vient confirmer cela. »

La rupture avec l’Église catholique a beau être désormais actée et l’horizon incertain, ces fidèles accueillent la venue du pape comme une éclaircie. Ils partagent la joie du regain de vigueur du catholicisme ces dernières années. Mais quelle place auront-ils demain dans ce catholicisme français ? Le fossé avec l’Église catholique se creusera-t-il davantage ?

Message du district de France de la FSSPX à l’occasion de la Visite apostolique du pape Léon XIV :

La venue du Saint-Père représente un honneur particulier pour tous les catholiques de notre pays. Il est vrai que ce voyage du pape intervient dans un contexte particulier pour les fidèles de la FSSPX : après les sacres du 1er juillet à Ecône, suivis dès le lendemain des sanctions canoniques prononcées par le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, la FSSPX a déposé un recours assorti d’un effet suspensif. Elle estime que ces sanctions ne sauraient être valides en raison de l’intention droite qui a motivé les sacres épiscopaux dans cette terrible crise que traverse l’Eglise. La FSSPX a écrit au Saint-Père pour l’assurer qu’elle ne recevait pas ces sanctions dans l’amertume ou la révolte.

C’est dans cet esprit de piété filiale envers le Vicaire du Christ, et envers l’Église catholique et romaine, que celle-ci envisage la venue du Saint-Père. C’est pourquoi le district de France a demandé à l’ensemble des prêtres de la FSSPX d’organiser, dans leurs chapelles, un temps de prière spécifique pour offrir aux fidèles l’opportunité de prier à toutes les intentions du Souverain Pontife à l’occasion de cette visite apostolique.

Puisse la France, à cette occasion, mériter la grâce de suivre généreusement l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ, unique Sauveur des âmes.

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