L’homme image de Dieu. Homme et femme il les créa
Le 4 octobre 2015 – XXVIIe Dimanche du Temps ordinaire, Année B
Lectures : Genèse 2, 18 – 24 ; Psaume 127 (128) ; Hébreux 2, 9 – 11 ; Marc 10, 2 – 16
Chers amis,
En ce jour même où s’ouvre le Synode, la liturgie nous propose cet Évangile dans lequel le Seigneur clarifie la volonté du Créateur pour l’homme, une volonté qui doit à nouveau garder toute sa valeur dans le monde de la Rédemption. Mais je ne voudrais pas parler maintenant des problèmes aujourd’hui tant discutés, mais plutôt du fondement de tout cela, qui apparaît dans la première lecture ainsi que dans l’Évangile : à savoir, de ce qu’est l’homme.
Cette image de la Création, si simple et si profonde, qui apparaît au début du deuxième chapitre de la Genèse, me paraît très belle : le texte y dit que Dieu modela l’homme de la poussière du sol et qu’il lui donna vie par le souffle de son haleine, de sorte qu’il devint un être vivant (cf. Gn 2, 7). Le fait de modeler ainsi à partir de la poussière du sol un corps appelé à devenir homme englobe tout le processus de l’évolution ; il nous fait comprendre comment Dieu, petit à petit – au cours du processus de la vie naissante –, façonne l’homme, forme l’homme, va vers l’homme, pour ensuite, au moment voulu, insuffler un souffle de vie dans ses narines. C’est aussi une image merveilleuse. Au moment voulu, Dieu donne un nouveau souffle de vie, non pas seulement la vie biologique en tant que telle, mais sa propre vie, dans laquelle Lui-même se rend présent, de sorte que cet être nouveau – cet être vivant – porte en lui le souffle de Dieu.
C’est pourquoi l’homme est l’être capable de connaître Dieu. L’avènement de l’homme, la naissance de la créature humaine, est présentée au moment où cet être devient capable de comprendre et de connaître Dieu. Dieu ne propose pas seulement des tâches utiles à accomplir ; avant tout, il donne la vie à sa source, il se donne lui-même. C’est ainsi que la mission de l’homme apparaît dans toute sa splendeur, en tant que la synthèse de la Création, qui récapitule en lui toute l’évolution matérielle, depuis la matière brute jusqu’au sommet de la vie où Dieu rencontre enfin l’homme. L’homme porte en lui ce souffle : il est précisément la synthèse de la Création, et sa mission consiste à porter le monde en lui vers Dieu, vers la résurrection ; à donner, pour ainsi dire, à la matière la réalité de la présence du Créateur, et à l’Esprit toute la réalité de la Création.
Deuxième considération. Dans l’autre texte sur la Création, celui du premier chapitre de la Genèse, Dieu dit : « Faisons l’homme ! » (Gn 1, 26). C’est là un autre détail d’une action qui semble simple. Dieu ne dit pas seulement : « Que l’homme soit », mais il entre en soliloque avec lui-même ; Dieu se parle à lui-même, il veut cette créature comme une créature voulue d’une manière toute particulière, proche de Lui de manière toute particulière, et il la créa – est-il dit – « à son image, à sa ressemblance ». Que signifie « image de Dieu, ressemblance de Dieu » ? C’est une grande question, qui n’a jamais été tirée au clair de manière définitive parce qu’elle est trop riche, trop profonde. Je voudrais seulement souligner ici deux éléments.
Le premier est que l’essence d’une image est de renvoyer vers un autre. L’image n’est pas une réalité autonome ; elle représente déjà une personne, elle tend vers elle et porte en elle la relation à cette personne. Telle est la nature première de l’image : être relation, aller au-delà de soi vers un autre et porter en soi cette dimension relationnelle. Ainsi, pour l’homme, ce qui est essentiel, c’est précisément qu’il ne subsiste pas en lui-même, qu’il n’est pas fermé sur lui-même, mais qu’il est en chemin vers l’autre, relié à l’autre, appelé à chercher l’autre.
Vient ensuite un second élément, qui renforce le premier. Le texte dit : « Il les créa homme et femme ». L’être humain n’existe jamais à l’état d’abstraction ; il est homme et femme, et n’existe donc que dans cette relation mutuelle. Ici encore, il apparaît clairement que l’être humain est créé comme un être de relation, fait l’un pour l’autre, et jamais comme un être isolé.
Les Pères de l’Église, lorsqu’ils parlaient de l’homme comme image de Dieu, avaient en tête ce passage de la Lettre aux Colossiens où le Christ est appelé « l’icône de Dieu » (Col 1, 15) : ainsi, en formant et en modelant l’homme, le Créateur a déjà les yeux posés sur le Christ Jésus. C’est pourquoi l’homme est façonné sur le modèle du futur Jésus-Christ. Or, ce qui constitue l’essence de Jésus-Christ, c’est qu’il est Fils, qu’il ne subsiste pas en lui-même, mais qu’il est en relation permanente avec le Père ; dans le Christ Jésus, l’essentiel est cet élan hors de soi, tout entier tourné vers l’Autre, vers Dieu.
Dès lors, si l’homme est créé selon l’image du Christ, il est créé comme fils et fille, comme un être qui ne vit qu’en sortant de soi vers le Père, dans la condition permanente d’enfant, de fils. C’est pourquoi nous disons que l’homme est créé, à divers égards, comme un être relationnel — à l’image de Dieu lui-même, qui n’est pas une substance figée en soi, mais qui est relation : la réalité suprême elle-même n’existe que comme relation. L’homme, être de relation, est image de Dieu.
Le nom fondamental de l’être est Amour ; l’homme, être de relation, est créé avant tout par amour, créé pour sortir de lui-même. Et l’essence de la sexualité réside précisément dans ce don suprême : sortir l’homme de lui-même, susciter l’attraction vers l’autre, l’ouverture à l’autre, de sorte que l’homme devienne réellement co-créateur avec Dieu. En d’autres termes, l’amour intègre l’homme en lui-même, et la sexualité ne devient pleinement humaine que lorsqu’elle est personnalisée, lorsqu’elle se met au service de l’amour.
Si nous considérons à présent la situation actuelle, nous voyons que cette vision même de l’homme est fondamentalement niée. Observons un fait sociologique : dans une grande ville comme Munich, on estime à environ 40 % le nombre de personnes vivant seules — des « célibataires » —, c’est-à-dire des personnes qui ne se marient pas, qui ont tendance à demeurer centrées sur elles-mêmes et qui finissent ainsi par nier cette vision. Et les théories du « genre » fournissent un fondement à cette négation : l’homme n’est plus homme et femme ; il est ce qu’il décide d’être, l’homme créateur se façonne lui-même ; l’homme n’est plus la créature de Dieu, il est son propre produit, et c’est à lui de décider qui il veut être. L’homme n’est plus ouvert à la relation, il vit pour lui-même, il ne reconnaît ni n’accepte plus aucun lien permanent. Tout engagement irait à l’encontre de sa liberté, et l’amour même finit par être rejeté, parce qu’il constituerait en réalité un lien contraire à sa liberté ; toute décision définitive serait incompatible avec la liberté de l’homme, censée demeurer libre de tout engagement. Dès lors, la sexualité ne sert plus à s’ouvrir à l’autre, mais, dès l’éducation des enfants, elle est conçue comme un moyen de se procurer du plaisir à soi-même ; c’est-à-dire qu’elle n’est plus ouverture, mais repli sur soi, où l’homme ne vit plus que pour lui-même. Mais ce faisant, l’homme nie sa splendeur divine, il nie précisément l’essence de sa condition de créature en s’appuyant sur un concept de liberté faussé : une liberté qui consisterait à pouvoir toujours faire ce que l’on veut, à ne jamais être lié à quiconque ni à quoi que ce soit. Cela donne l’illusion d’être le cri de la véritable divinisation de l’homme, où l’homme se fait lui-même, absolument libre, dans une autonomie permanente.
Sans vouloir entrer dans ce débat pour le moment, il reste une question à laquelle il nous faut répondre. L’Église, avec le célibat, n’a‑t-elle pas créé le « single » ? Or, le célibat, ce n’est précisément pas cela ; il ne signifie pas que l’homme refuse de se donner à ce lien de l’amour. Non ! C’est tout le contraire.
Avant tout, le célibat n’est pas le refus d’un engagement définitif au nom d’une liberté que l’homme voudrait se garder intacte. Le célibat suppose au contraire l’audace, le courage de l’engagement définitif : une fois pour toutes, je prends une décision, je me donne pour toujours au Seigneur et je reste à sa disposition. Je reconnais ma liberté, mais je sais que c’est dans la seule volonté de Dieu que je me réalise pleinement et pour toujours, et que c’est uniquement dans ce lien éternel que je peux vraiment grandir et mûrir.
Deuxièmement, le célibat n’est pas un renoncement à l’amour, il n’est pas un refus des liens ou des relations, bien au contraire : il consiste en la disponibilité pour le Seigneur d’être pour tous et en l’entrée dans cet « être-pour » pour le Seigneur, dans ce fait d’exister non plus pour soi mais pour les autres, pour toujours, dans une disponibilité absolue. C’est ainsi que sont nés ces véritables dons pour le monde : des personnalités telles que Mère Teresa de Calcutta, et bien d’autres au cours des siècles à la suite de saint Paul, qui vivent en se donnant vraiment aux autres. C’est précisément là que trouve son origine tout le travail auprès des pauvres, des personnes marginalisées et délaissées, tout cet engagement dans l’évangélisation, dans le don et l’abandon de soi ; et c’est de là qu’a jailli cet amour véritable, ce don universel, qui donne corps à cette parole du Seigneur : “En vous donnant, vous recevez, non seulement au ciel, mais déjà sur la terre, le centuple” (cf. Mt 19, 27 – 29).
Chers amis, il est très important de prendre conscience que le célibat n’est pas un repli sur soi, mais exactement le contraire : c’est précisément l’engagement définitif par lequel on se remet entre les mains du Seigneur pour devenir vraiment libres, afin qu’Il dispose de nous selon Sa volonté. Regardons l’histoire de l’amour chrétien, l’histoire des missionnaires chrétiens : comment ils ont tout quitté en se donnant aux autres en Afrique, en Amérique, en Australie, en Asie ! C’est ainsi, et ainsi seulement, qu’a pu se tisser cette union d’amour, de foi et de vérité qui, à travers toutes les obscurités du monde, demeure comme une lumière qui nous incite à aller de l’avant.
En cet instant, nous ne pouvons que prier le Seigneur afin qu’Il ouvre les hommes à cette mission de l’amour des uns envers les autres ; qu’Il nous aide à demeurer fermes dans l’abandon à Sa volonté ; qu’Il nous aide à être véritablement amour, à servir, et à recevoir ainsi la vraie vie en nous donnant. « Aide-nous, Seigneur, à vivre en cette heure de l’histoire ! » Amen !
