Dans Le Figaro :
En cette Journée internationale des droits des femmes, nous ne voulons pas seulement parler de nous. Nous souhaitons parler de nos enfants. Nous, mères d’enfants porteurs de trisomie 21, savons ce que signifie un diagnostic qui bouleverse une vie. Nous connaissons les nuits d’inquiétude, les silences, les regards maladroits. Nous connaissons aussi la joie immense, la tendresse inattendue, la force que ces enfants révèlent en nous. Aujourd’hui, nous voulons rendre hommage à Jérôme Lejeune.
En 1958, avec Marthe Gautier et Raymond Turpin, il découvre la cause génétique de la trisomie 21 : la présence d’un chromosome supplémentaire sur la paire 21. Chacun joua un rôle essentiel dans cette avancée majeure. Mais Jérôme Lejeune ne fut pas seulement comme ses collègues un découvreur. Il resta auprès des enfants. Il resta auprès des familles.
Il resta auprès de ceux que la médecine appelait encore, avec une brutalité que nous mesurons encore aujourd’hui, les « mongoliens ».
Très jeune médecin, il avait été confronté à la détresse des enfants porteurs de déficience intellectuelle et à celle de leurs parents. À l’époque, la médecine était impuissante et les familles souvent isolées, parfois accusées. Car longtemps, les mères furent soupçonnées d’être responsables du handicap de leur enfant. On évoquait des fautes, des maladies honteuses, une prétendue dégénérescence. La culpabilité s’ajoutait à la douleur.
La découverte de la trisomie 21 changea tout. Elle établit que le handicap avait une cause chromosomique. Elle libéra des milliers de familles d’un poids injuste. Elle rendit leur dignité à des parents qui vivaient dans la honte. Pendant plus de trente ans à l’hôpital Necker-Enfants-Malades, Jérôme Lejeune accueillit, soigna, écouta. Il regardait nos enfants comme des personnes à part entière. Beaucoup en témoignent encore : « Il a regardé ma fille comme une princesse. Il a regardé mon fils avec un respect infini, comme jamais personne ne l’avait regardé auparavant. » Ce regard a transformé des vies.
Au-delà de la science, il défendit inlassablement la dignité de chaque être humain, en particulier lorsque la vie est fragile. Il choisit d’être médecin jusqu’au bout, fidèle au serment d’Hippocrate et à ses patients. Son héritage demeure vivant. Il vit à travers les médecins qui placent le bien du patient au centre de leur pratique. Il vit à travers les chercheurs qui poursuivent la quête de traitements pour améliorer la vie des personnes porteuses de déficience intellectuelle. Il vit surtout à travers nos enfants, qui continuent chaque jour à témoigner de la valeur infinie de toute vie humaine. Lors de ses obsèques, Bruno, premier patient du professeur, s’écria : « Merci de ce que tu as fait pour mon père et ma mère. » Nous pourrions dire la même chose.
En ce 8 mars 2026, nous affirmons que la dignité de nos enfants est inséparable de la nôtre. Merci, Professeur Lejeune, d’avoir rendu à tant de mères la fierté d’aimer sans honte. Merci d’avoir regardé nos enfants comme des trésors. Et merci pour ce que, par votre héritage, vous continuez de faire pour eux.
