Nous regardons l’océan depuis le rivage en concluant qu’il est peu profond, alors que l’abîme se creuse déjà sous nos pieds. Tandis que la majorité des actifs s’amuse avec des versions gratuites et obsolètes de l’IA , l’automatisation silencieuse démantèle méthodiquement les fondations de notre modèle de société.
Ce n’est plus une question de “si” les machines remplaceront l’humain, mais de savoir comment survivra un système qui détruit mécaniquement ses propres consommateurs.
I. Une accélération que personne ne regarde en face
Aujourd’hui, bien trop peu de gens se rendent compte des avancées exponentielles en matière d’intelligence artificielle. Il est vrai que la moitié de la population active utilise désormais l’IA dans son travail, mais cette utilisation se limite le plus souvent à des tâches basiques — rédaction d’emails, reformulation de textes, requêtes simples.
Trop de gens restent sur une expérience datant de quelques mois avec une IA gratuite, sans percevoir l’abîme colossal entre modèles payants et gratuits. Pourtant, 62,7 % des personnes utilisant l’IA au travail n’ont accès qu’à un modèle gratuit. Ces modèles légers, optimisés pour la rapidité et l’économie de ressources, donnent une image radicalement tronquée de l’état réel de la technologie. Obtenir un code fonctionnel de plus de cent lignes y relève déjà du défi.
Avec un plan payant, les derniers modèles de pointe peuvent travailler plusieurs heures de façon autonome et livrer une application complète de plus de dix mille lignes. En trois mois, un modèle gagne entre 15 et 20 % sur les benchmarks de référence — et la fréquence de ces améliorations est elle-même croissante.
En 2023, GPT-4 échouait au test élémentaire « Qui est le père du fils de Paul ? ». Aujourd’hui, les meilleurs modèles créent des sites web complets, écrivent des workflows automatisés, naviguent sur des interfaces graphiques, composent et corrigent du code complexe, tout en gérant des chaînes de raisonnement approfondies — un ensemble de tâches professionnelles de bout en bout qui pouvaient mobiliser des équipes entières pendant des semaines. Le dernier modèle d’Anthropic a été en partie conçu grâce à son prédécesseur. À chaque génération, la part humaine dans la conception du suivant diminue.
Baser son jugement sur une IA gratuite ou sur une expérience datant de plus de six mois n’est pas une évaluation objective. C’est regarder l’océan depuis le rivage et conclure qu’il est peu profond.
II. Une intelligence fondée sur les mêmes bases que la nôtre
Beaucoup affirment que l’IA ne pourra jamais les remplacer dans leur travail, car elle manquerait de souplesse, de créativité, de bon sens. Cet argument repose sur une incompréhension fondamentale de ce qu’est l’intelligence — humaine ou artificielle.
L’IA, comme notre cerveau, apprend à partir de données, en déduit des patterns, des règles abstraites. Son savoir n’est pas codé en dur ; il est acquis par déduction et inférence. Ce n’est pas du tout différent du fonctionnement neuronal : le cerveau humain est lui aussi un système de reconnaissance de patterns appris, opérant sur une base probabiliste. Il s’en distingue par certaines subtilités — des raccourcis heuristiques, un apprentissage en peu d’exemples, une intégration sensorielle incarnée — mais le socle computationnel est identique.
Or ces subtilités s’effacent à mesure que les modèles grandissent. La souplesse contextuelle, jadis inaccessible aux machines, est aujourd’hui leur terrain naturel. Cela conduit à une conclusion inévitable : tout ce que l’humain peut accomplir à partir de données, de patterns, de langage et de raisonnement — c’est-à-dire la quasi-totalité des travaux intellectuels — l’IA pourra le faire. Et mieux. Si un plafond existe, nous ne l’avons pas encore approché, et il serait scientifiquement irresponsable de parier qu’il se trouve à portée de main.
III. Les deux phases de l’automatisation
L’automatisation du travail ne se produira pas en une vague uniforme. Elle s’articulera en deux phases majeures, distinctes par leur nature, leur rythme et leurs impacts sociaux.
Phase 1 — L’automatisation du travail intellectuel : rapide, brutale, imminente
Les secteurs en première ligne
La première phase est déjà engagée. Elle concerne l’ensemble des travaux de traitement de l’information : le droit (rédaction de contrats, analyse juridique, recherche de jurisprudence), la finance (audit, comptabilité, analyse de marchés), le journalisme et la production de contenu, la programmation informatique, la traduction, la médecine diagnostique, le marketing et le service client. Ces domaines partagent une caractéristique structurelle décisive : ils opèrent déjà sur des infrastructures numériques. Aucun investissement matériel n’est à déployer, aucune chaîne de production à reconvertir. L’intégration de l’IA s’y fait par simple abonnement logiciel. C’est précisément ce qui rend cette phase à la fois la plus rapide et la plus dangereuse.
Une disruption sans précédent historique
Les révolutions industrielles précédentes ont détruit des métiers en quelques décennies, laissant le temps aux générations de s’adapter et aux institutions de se réorganiser. La première révolution industrielle a mis quatre-vingts ans à transformer structurellement le marché du travail. La révolution informatique des années 1980-2000 a étalé ses effets sur deux décennies.
L’automatisation par l’IA générative opère sur une échelle temporelle radicalement différente. Un cabinet juridique peut réduire de 60 % ses besoins en jeunes associés en l’espace d’un seul cycle budgétaire. Un département de traduction peut être dissous en quelques mois. Ces mutations ne prennent pas une génération — elles prennent une décision de direction.
Là où l’industrialisation a donné aux sociétés le temps de souffrir et de s’adapter, l’IA leur donnera le temps de souffrir, sans celui de s’adapter.
Le double facteur de brutalité
Cette première phase sera particulièrement violente pour deux raisons qui se renforcent mutuellement. D’abord, personne ne s’y attend réellement. La réaction dominante reste le déni ou la minimisation, fondée sur une expérience des outils gratuits et obsolètes. Cette sous-estimation collective retarde la préparation individuelle et institutionnelle. Ensuite, aucun système politique n’anticipe ce changement. Les gouvernements actuels consacrent leurs débats à la réforme des retraites, à la transition énergétique, aux tensions géopolitiques. On prépare minutieusement la guerre ; on ignore superbement le changement de civilisation.
Phase 2 — L’automatisation du travail physique : profonde, étalée, inéluctable
Un déploiement contraint mais inévitable
La seconde phase concerne l’automatisation des tâches manuelles et physiques : agriculture, logistique, construction, transport, restauration, soins à la personne. Elle est déjà amorcée dans certains secteurs, mais son déploiement massif est contraint par trois verrous majeurs.
Le premier est le coût d’investissement initial : remplacer un ouvrier par un robot implique de repenser les espaces de production, adapter les processus, former les techniciens de maintenance. Pour les PME, ce saut reste considérable. Le second est la robustesse en environnement non structuré : un robot performant dans un entrepôt calibré devient nettement moins fiable sur un chantier de construction ou dans la chambre d’un patient. Le troisième est réglementaire et culturel — certains secteurs bénéficieront temporairement d’une protection non pas technique mais politique.
Ces freins signifient que la transformation sera plus progressive — pas qu’elle sera évitée. Sur un horizon de vingt à trente ans, la conjugaison des progrès de la robotique, de la réduction des coûts et de l’accumulation d’expérience en conditions réelles rendra le déploiement massif économiquement rationnel dans la quasi-totalité des secteurs physiques. Cette seconde phase offrira davantage de temps pour des transitions négociées — si et seulement si la première phase a permis de construire les infrastructures politiques et sociales nécessaires. Dans le cas contraire, elle arrivera sur un terrain déjà dévasté.
IV. L’effondrement économique structurel — logique et inévitable
L’automatisation progressive de l’ensemble du travail humain entraîne une contradiction fondamentale au cœur du modèle économique contemporain. Cette contradiction n’est pas un risque théorique ; c’est une conséquence logique déductible des principes premiers du système.
La boucle production-consommation brisée
Le système économique actuel repose sur une boucle simple et robuste : les individus vendent leur travail contre un salaire ; ce salaire leur permet d’acheter des biens et services produits par d’autres individus rémunérés pour leur travail. La production nourrit la consommation, et la consommation finance la production.
L’automatisation rompt cette boucle à son point d’origine. Lorsque le travail humain est remplacé par des machines, les revenus distribués aux travailleurs disparaissent, mais les biens continuent d’être produits — voire en plus grande quantité. On se retrouve alors dans une situation structurelle de surproduction relative : les usines tournent, les serveurs traitent, les algorithmes génèrent, mais de moins en moins de personnes disposent des revenus nécessaires pour acheter ce qui est produit.
Le paradoxe de l’automatisation totale
La logique peut être formulée simplement : plus une économie automatise, moins elle peut vendre ce qu’elle produit. Une économie à 100 % automatisée — dans laquelle aucun être humain ne travaille — est une économie dans laquelle personne ne dispose de revenus issus du travail. Sauf redistribution extérieure des profits de l’automatisation, cette économie ne trouve plus d’acheteurs solvables.
Les propriétaires des systèmes automatisés concentrent des richesses sans précédent, mais leur consommation individuelle, aussi extravagante soit-elle, ne peut absorber la totalité de la production d’une économie de masse. Le marché de masse — fondement du modèle industriel depuis Ford — disparaît avec les revenus de la masse.
Une économie qui automatise sans redistribuer creuse sa propre tombe : elle détruit les consommateurs dont elle a besoin pour exister.
V. Le Revenu Universel de Base — non pas une solution, mais l’équilibre vers lequel le système tend
Le Revenu Universel de Base (RUB) est presque toujours présenté comme une proposition idéologique : généreuse pour certains, irresponsable pour d’autres. Ce cadrage est un contresens complet. Le RUB n’est pas une solution qu’une société choisirait d’adopter par idéal de justice. C’est l’état d’équilibre vers lequel toute économie suffisamment automatisée sera mécaniquement contrainte de converger — parce que c’est la seule configuration dans laquelle elle peut continuer à fonctionner. C’est une loi économique, pas un programme électoral.
La boucle achat-vente et son point de rupture
Toute économie de marché repose sur une boucle d’une simplicité absolue : des entités produisent des biens et des services ; d’autres entités les achètent ; les revenus tirés de ces ventes permettent de produire de nouveau. Ce cycle ne peut tourner qu’à une condition sine qua non : que les acheteurs existent, c’est-à-dire qu’une masse suffisante de la population dispose du pouvoir d’achat nécessaire pour écouler la production.
Or le salaire est, dans le modèle actuel, le mécanisme central par lequel ce pouvoir d’achat est distribué à la population. C’est en travaillant que les individus obtiennent les revenus qui leur permettent de consommer. L’entreprise verse des salaires ; ses salariés dépensent ; d’autres entreprises encaissent ; et le cycle se perpétue. Retirer le travail de cette équation, c’est retirer le mécanisme de distribution lui-même.
C’est exactement ce que fait l’automatisation. À mesure que les machines remplacent les travailleurs, la masse salariale distribuée par les entreprises à leur personnel se contracte. La production, elle, ne se contracte pas — elle augmente, car les machines produisent plus vite, sans arrêt, à coût marginal décroissant. On arrive à une contradiction structurelle irréductible : une économie dont la capacité de production croît, mais dont la capacité d’absorption — le pouvoir d’achat de la population — décroît simultanément.
La spirale de régression
La mécanique qui s’ensuit est arithmétique, non politique. Les stocks s’accumulent faute d’acheteurs solvables. Pour écouler les invendus, les entreprises baissent leurs prix. Les marges s’effondrent. Pour restaurer la rentabilité, elles réduisent leurs coûts — ce qui signifie réduire leur production ou accélérer encore l’automatisation, aggravant le chômage. La demande se contracte davantage. De nouveaux secteurs perdent leurs débouchés. L’État, privé d’assiette fiscale par la disparition des salaires, voit ses recettes s’effondrer et ne peut plus amortir le choc. La spirale est auto-entretenue.
Ce n’est pas une projection catastrophiste : c’est la description du mécanisme classique d’une crise de surproduction, amplifié à une échelle et à une vitesse sans précédent par l’automatisation généralisée. John Maynard Keynes en avait posé les bases théoriques dans les années 1930 en montrant qu’une économie peut se stabiliser à un niveau d’équilibre bas, bien en dessous de son potentiel de production, si la demande effective est insuffisante. L’automatisation totale pousse cette logique à son terme absolu.
Une économie qui automatise sans redistribuer ne détruit pas seulement des emplois — elle détruit ses propres acheteurs. Et une économie sans acheteurs ne produit plus. Elle régresse.
Le RUB comme point d’équilibre forcé
C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre le RUB — non pas comme une intervention bienveillante de l’État, mais comme le mécanisme de correction que le système lui-même appelle pour ne pas s’auto-détruire. Si le salaire ne peut plus assumer la fonction de distribution du pouvoir d’achat, quelque chose d’autre doit la remplir. Dans une économie automatisée, ce quelque chose ne peut provenir que d’une redistribution des gains de la production automatisée elle-même vers ceux qui en sont exclus — mais qui demeurent les acheteurs sans lesquels la production n’a aucune raison d’être.
L’économie tend vers cet équilibre par deux chemins. Soit de manière organisée et anticipée : un RUB financé par les gains de l’automatisation reconstitue le pouvoir d’achat de la population, permettant aux machines de continuer à produire pour des acheteurs qui peuvent consommer. Soit de manière désordonnée : l’effondrement successif des débouchés entraîne des crises économiques majeures, des tensions sociales extrêmes, et finalement des réponses politiques d’urgence imposées sous contrainte dans des conditions infiniment moins favorables.
Dans les deux cas, l’équilibre final est identique : une forme de redistribution du produit de l’automatisation vers la population, pour que la production trouve preneur et que le cycle économique puisse se perpétuer. La seule variable est le niveau de destruction sociale subi avant d’y parvenir.
Vers une société du loisir — une transition anthropologique
Si l’automatisation libère l’humain de la contrainte du travail productif, elle pose une question que l’économie seule ne peut résoudre : à quoi une société consacre-t-elle son temps lorsque ce temps n’est plus contraint par la nécessité de subsistance ? Keynes lui-même anticipait, dès 1930, que les gains de productivité conduiraient ses petits-enfants à ne travailler que quinze heures par semaine, libérant le reste au profit de la culture, du lien social et de l’épanouissement personnel. L’automatisation par l’IA rend cette perspective non plus graduelle mais abrupte.
Une société organisée autour du loisir n’est pas une société oisive. Elle est une société dans laquelle la valeur n’est plus exclusivement définie par la productivité marchande, mais par la création, le soin, la transmission et la vie commune — des activités que les machines peuvent assister mais jamais remplacer dans leur dimension humaine. Le revenu universel n’est alors pas seulement un mécanisme économique de stabilisation : il est aussi la condition matérielle d’une recomposition du sens collectif, dans un monde où le labeur n’est plus le centre de gravité de l’existence.
Cette transition anthropologique est à la fois la plus nécessaire et la moins préparée. Aucun système éducatif, aucun discours politique, aucune institution culturelle ne prépare aujourd’hui les sociétés à habiter un monde post-travail. C’est pourtant vers ce monde que nous nous dirigeons — lentement ou brutalement, selon les choix que nous ferons dans les années qui viennent.
Le financement : l’État gestionnaire de la production
La question du financement du RUB est souvent présentée comme l’obstacle dirimant. Elle est en réalité la moins complexe des questions, car la richesse produite par l’automatisation existe et croît — le problème est uniquement sa distribution.
Le modèle le plus cohérent avec la logique décrite ci-dessus est celui de l’État gestionnaire de la production automatisée. À mesure que les machines remplacent les travailleurs, la question de la propriété des systèmes productifs devient centrale : si une usine entièrement robotisée n’emploie plus personne, qui perçoit ses bénéfices ? Dans le modèle actuel, exclusivement ses actionnaires. Mais ce modèle devient économiquement insoutenable dès lors que la masse des exclus du travail représente une fraction significative de la population — car cette même masse constitue le marché dont dépend la survie de l’entreprise.
L’évolution logique est celle d’une copropriété collective, partielle, des infrastructures de production automatisées. L’État — agissant comme gestionnaire au nom de l’ensemble des citoyens — prend position dans le capital des systèmes productifs déployés sur son territoire : fonds souverains d’IA, participations publiques dans les entreprises hautement automatisées, licences d’exploitation conditionnées à une redistribution de revenus. Les dividendes de cette copropriété sont redistribués à la population sous forme de revenu universel, reconstituant ainsi le pouvoir d’achat nécessaire à l’écoulement de la production.
Ce modèle n’est pas une nationalisation idéologique. C’est une actualisation du contrat économique : de même que les ressources naturelles d’un territoire appartiennent à ses habitants, les gains de productivité générés par des infrastructures automatisées sur ce territoire doivent revenir, en partie, à l’ensemble de la société qui en constitue le marché. La Norvège en offre un précédent crédible avec son fonds souverain pétrolier — l’extension de ce principe à l’économie automatisée est une projection logique, non fantaisiste.
Lorsque la machine remplace le travailleur, la richesse ne disparaît pas — elle augmente. La question est uniquement de savoir si elle circule ou si elle s’accumule. Sans circulation, la production elle-même s’arrête faute de débouchés.
Ce que les expérimentations confirment — et ce qu’elles ne prouvent pas
Plusieurs expérimentations ont produit des données préliminaires utiles. En Finlande, l’expérience de 2017-2018 a réfuté l’hypothèse de passivité induite par un revenu garanti. Le programme SEED à Stockton (2019-2021) a montré que les bénéficiaires augmentaient leur taux d’emploi à temps plein plus vite que le groupe de contrôle. GiveDirectly au Kenya observe une hausse de l’entrepreneuriat sans réduction du travail productif. Ces résultats sont des signaux d’orientation, non des preuves de faisabilité à grande échelle. Ils ne peuvent être extrapolés directement au contexte d’une automatisation massive et nationale.
L’argument central du RUB ne repose pas sur ces expériences. Il repose sur la logique économique exposée ci-dessus : sans redistribution du pouvoir d’achat, la production automatisée ne trouve plus de débouchés et le système s’effondre. Les expérimentations confirment simplement que la redistribution ne détruit pas l’incitation à travailler — ce qui lève un obstacle comportemental souvent avancé, sans être l’argument de fond.
La fenêtre temporelle : pourquoi l’anticipation est décisive
Si le RUB est l’équilibre vers lequel le système tend inévitablement, la seule vraie variable est le moment et les conditions dans lesquels cet équilibre est atteint. Anticipé et organisé, il préserve la cohésion sociale, maintient la capacité fiscale de l’État, et permet une transition progressive. Subi, il arrive dans un contexte de crise économique majeure, de tensions sociales extrêmes, et de capacités institutionnelles dégradées.
Pour être viable, le RUB doit être préparé avant que la crise de chômage technologique n’atteigne une masse critique. Une fois que 40 ou 50 % de la population active est privée d’emploi structurel, la base fiscale s’est effondrée, les entreprises ont perdu leurs marchés, et la cohésion nécessaire à toute réforme est irrémédiablement brisée. À ce stade, le RUB reste la seule issue — mais ses conditions de mise en œuvre sont catastrophiques.
Le RUB doit précéder la crise, pas la suivre. Ce n’est pas une question d’idéologie — c’est une question de calendrier économique.
VI. Le vrai danger : le déni organisé
Le danger existentiel ne réside pas dans l’intelligence artificielle elle-même. Une technologie n’est ni bonne ni mauvaise en soi — elle est ce que les sociétés décident d’en faire. Le danger réside dans le déni collectif qui empêche de prendre les décisions nécessaires pendant qu’elles sont encore possibles.
Ce déni opère à trois niveaux. Au niveau individuel, il se manifeste par la conviction persistante que « mon métier est trop complexe pour être automatisé » — souvent formulée par des personnes dont la connaissance de l’IA repose sur des outils gratuits obsolètes. Au niveau institutionnel, il se manifeste par l’absence totale de législation anticipatoire, de plans de reconversion structurels, de fiscalité adaptée aux nouvelles formes de création de valeur. Au niveau culturel, enfin, il se nourrit du récit dominant selon lequel le progrès technologique crée toujours plus d’emplois qu’il n’en détruit — un récit valide pour les révolutions passées, mais peut-être faux pour la première fois dans l’histoire.
L’analogie avec le changement climatique est ici pertinente. La communauté scientifique a alerté pendant des décennies sur une transformation systémique lente mais irréversible. Les premières réponses politiques ont été retardées par le déni et les intérêts à court terme. Nous en payons aujourd’hui le prix croissant. La transformation technologique suit exactement le même schéma — avec une différence : l’échelle de temps est incomparablement plus courte. Nous n’avons pas des décennies. Nous avons peut-être des années.
Conclusion — Anticiper ou subir
L’automatisation est en cours. Elle ne peut pas être arrêtée, et il serait vain de le souhaiter — les gains de productivité, de qualité de vie et de connaissance qu’elle promet sont réels et précieux. La question n’est pas si la transformation aura lieu, mais comment elle aura lieu.
Elle peut avoir lieu dans le chaos, sans préparation, avec une concentration croissante des richesses, une paupérisation de masse et une désintégration de la cohésion sociale. Ou elle peut avoir lieu dans le cadre d’une transition organisée, équitable, qui redistribue les gains de l’automatisation à l’ensemble de la société et réinvente le rapport humain au travail, à la contribution et au sens.
Ce choix — et c’est bien un choix — ne sera pas fait par les marchés. Il ne sera pas fait par les entreprises technologiques. Il devra être fait par les citoyens, les démocraties, les institutions capables de décision collective. Mais ce choix ne peut être fait que s’il est d’abord reconnu comme nécessaire.
La stratégie de l’autruche n’a jamais protégé personne. Elle n’a fait que transformer les risques prévisibles en catastrophes subies.
Il est encore temps d’anticiper. Il ne sera bientôt plus temps de choisir.
Références
— Le Monde Emploi — « 53 % des actifs utilisent l’IA dans leur vie professionnelle » (avril 2025)
— Ipsos — AI at Work Survey Report 2025
— Digital Applied — GPT benchmark comparisons 2024-2025
— KELA Finland — Basic Income Experiment Results (2019)
— Stockton SEED Program — Longitudinal Study (2021)
— GiveDirectly — Kenya Basic Income Research
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

CyberEthique
Merci pour cet article plein de lucidité.
Je réfléchis depuis quelques mois sur une façon de proposer une vision de la société qui protège la dignité humaine (et donc le travail humain) face à l’automatisation de l’IA. Dans l’idéal, j’aimerais publier un rapport d’ici à 1 an qui propose une vision concrète d’une chrétienté pour faire face aux technologies, dérivé de Chesterton notamment.
C’est une réflexion qui se situe dans la continuité des réflexions que je propose sur mon blog cyberethique.fr
Si vous souhaitez y participer n’hésitez pas à me contacter : [email protected]
Lamy
Très intéressante perspective.
Toutefois : cette analyse ne mentionne pas les limites physiques de l’IA, or ces limites existent (raréfaction des matériaux, comme les métaux mais pas uniquement, enchérissement de l’énergie, difficulté de refroidissement des datacenters.)
Il n’est pas certain que l’IA croisse de façon si déplafonnée que ça, au contraire : il n’est pas absurde de penser que son usage futur, rationné, soit réservé à des cas jugés plus pertinents que d’autres.
CyberEthique
C’est très vrai mais ça ne tient pas compte de l’optimisation des modèles. Aujourd’hui, des modèles équivalents à ChatGPT lors de sa sortie (GPT-3.5) peuvent tourner sur des smartphones et non des datacenters. Par ailleurs, on commence tout juste à optimiser les puces spécialement pour le calcul d’IA (avant, les puces étaient spécialisées dans le calcul graphique).
Et dernier élément : les IA sont entraînées massivement pour réaliser de la recherche et du développement (on crée des laboratoires de recherche automatique) pour justement traiter en priorité les problèmes de ressources.
Finalement, les limites visibles sont largement contre-balancées par les avancées scientifiques accélérées par l’IA.
VaclavHavel
Ce que vous pointez est très vrai ; pour autant, les progrès en optimisation sont eux aussi impressionnants.
Prenez l’ordinateur de la NASA en 1959, l’IBM 7090 : plusieurs mètres cubes de volume. Il effectuait les calculs orbitaux pour le programme Mercury, notamment pour le vol de John Glenn en 1962. Nos pauvres cartes d’anniversaire qui jouent une affreuse mélodie avec un buzzer sont plus puissantes et plus économes en énergie.
Vous pointez du doigt la question énergétique et des ressources : la puce Apple M3 est plus de 500 millions de fois plus efficace en calcul par watt que l’IBM 7090, qui date d’il y a seulement 70 ans. On parle de 500 millions de fois plus, pas de deux ou trois fois.
Faites les calculs si vous voulez :
Efficacité énergétique IBM : 0,0018 KIPS/Watt
Efficacité énergétique Apple M3 : 1 000 000 KIPS/Watt
Ratio : 1 000 000 / 0,0018 = 555 555 555
Cependant, il est vrai que lorsqu’on optimise, on n’a pas tendance à réduire pour autant la consommation, mais à étendre les champs d’applications de celle-ci. La question des ressources se posera donc toujours, mais il me semble peu probable que l’usage de l’IA soit rationné.
Ydelo
Excellent article. Comme j’ai l’habitude de dire à mon entourage : l’IA sera l’équivalent de la révolution industrielle, mais pour le tertiaire.
Cela étant, il y a actuellement quelques limites : limites physiques (consommation d’énergie, refroidissement), comme évoqué très justement ci-dessus ; limites économiques (pour l’instant l’IA payante est vendue 4 à 5 fois moins chère que son coût réel) ; limites en termes de fiabilité : même les meilleurs modèles se trompent de temps en temps. Un équilibre se fera en fonction du coût d’utilisation et de la supervision nécessaire.
D’autre part, Dieu ayant dit “tu gagneras ton pain à la sueur de ton front”, il n’est pas exclu que le règne de l’IA prenne fin assez rapidement (guerres ou autres cataclysmes).
jorlld
Les conséquences d’une généralisation de l’utilisation de l’IA decrites dans l’article sont probables mais a très court terme car l’analyse reste très statique dans son approche.
La question énergétique n’est pas abordée alors qu’elle est centrale. Pour information, le département de l’énergie US a déjà estimé a 40 le nombre de réacteurs nucléaires nécessaires au déploiement de l’IA a grande échelle sur le seul sol des USA. Et on parle au temps T et les besoins sont exponentiels.
D. Trump a déjà prévenu les GAFAM qu’ils n’auraient pas accès a l’énergie nécessaire car cela ferait exploser le prix du KW pour tout le reste de l’économie et des ménages.
Cette question énergétique est d’ailleurs d’autant plus centrale que l’occident perd, chaque jour qui passe, l’accès a une énergie peu chère (guerre en Ukraine, sous investissement dans l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière, guerre en Iran…) et suffisante.
Le plafond de l’IA est à mon sens déjà atteint et je ne parle meme pas de la fragilité des réseaux qui sont indispensables au fonctionnement de ces technologies (nos neurones sont bien plus a l’abri!).
Quant a la question du RUB et de l’implication de l’état dans la répartition de la valeur c’est une bêtise soviétique de plus.
Si l’IA doit s’imposer elle ne le fera pas aussi rapidement qu’on le croit.
Enfin, je pense que nous avons toujours le choix (tant que l’état n’y met pas son nez) de refuser une société sans travail (ce que je souhaite) en cantonnant l’IA a certains secteurs spécialisés.
CyberEthique
Ce que vous dites là est juste, mais comme dit dans d’autres commentaires plus tôt, le problème de l’énergie se compense en bonne partie par les optimisations, aussi bien logicielles (modèles qui font moins de calculs) que matérielles (puces mieux optimisées pour le calcul tensoriel).
J’entends par ailleurs dire que l’IA a atteint un plafond depuis 8-9 mois… Les études montrent le contraire : les progrès sont toujours plus rapides. Je vous invite à regarder les graphiques sur ce site : https://metr.org/ (la courbe est plus qu’exponentielle).
Par ailleurs, d’un point de vue économique, étant donné que nous sommes dans un système capitaliste, j’ai du mal à voir comment quelqu’un arriverait à garder son travail lorsqu’une armée d’agents (ou de robots à plus long terme) fera aussi bien (voire mieux) pour moins cher. On constate d’ailleurs un taux de chômage (ou plutôt de non-recrutement) qui explose dans les métiers de l’informatique… Je le constate d’ailleurs dans mon métier.
Certes, ça ne va pas se faire du jour au lendemain, mais à l’échelle de la société, le bouleversement va être terrible et beaucoup plus rapide qu’on ne croit si on ne régule pas cette technologie ou qu’on ne met par à jour le fonctionnement de la société du point de vue de l’économie.
Raphaël Marie Blanc
Merci pour cet article d’actualité très intéressant et particulièrement bien sourcé.
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Je crois aussi que l’expansion de l’IA générative dans l’économie mondialisée est bien plus préoccupante que la terrible situation dans le détroit d’Ormuz.
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Historiquement, lorsqu’une économie découvre un nouveau gisement de richesse, elle a toujours su consacrer les ressources nécessaires à son plein développement — comme au début des années 2000 avec l’essor exponentiel d’Internet.
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En revanche, je ne crois pas au RUB (Revenu Universel de Base).
Quel MAGA, quelle nation souhaitera sincèrement partager ses richesses et son avantage concurrentiel ?
Je pense que l’IA profitera avant tout aux nations et aux entreprises les plus avancées : d’une part elle exacerbera les rivalités entre empires (américain, chinois, européen, russe, japonais, indien…), d’autre part elle réduira encore davantage les nations peu développées au rang de simples clientes et vassales, bien plus qu’elles ne le sont déjà aujourd’hui.
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Bref, les richesses produites par l’IA générative ne seront redistribuées ni aux individus ni aux nations. Cela conduira à un blocage social du système, avec des conflits sociaux redoutables et des guerres inter-nations asymétriques.
VaclavHavel
Certes, mais si l’IA produit de la richesse et qu’elle n’est pas redistribuée, à quoi bon qu’elle en produise ?
Au-delà de l’arithmétique, il faut considérer la psychologie du pouvoir. Un empire ou une nation n’existe que par ses sujets. Pour que l’ego des dominants soit flatté, il faut une structure sociale qui fonctionne et des individus sur lesquels exercer une influence. Être le “maître” d’un monde en ruine ou d’un champ de mines n’offre aucun prestige.
Le RUB ne sera probablement pas une mesure de charité, mais le prix de la stabilité et de la reconnaissance sociale. Pour les élites, il est bien plus simple et gratifiant de régner sur une masse oisive, dépendante et “heureuse” de son confort, que de gérer des révoltes permanentes. La redistribution pourrait bien être l’ultime outil de contrôle pour maintenir une pyramide sociale dont ils occupent, plus que jamais, le sommet.
Raphaël Marie Blanc
Merci pour cet article d’actualité très intéressant et particulièrement bien sourcé.
Je ne crois pas à la perspective d’un Revenu Universel de Base (RUB) comme réponse « forcée » et inévitable à la disruption causée par l’IA générative.
Aucune grande nation — qu’elle soit MAGA aux États-Unis, orientée vers la suprématie technologique en Chine, protectionniste en Europe, ou autre — ne semble prête à partager massivement les richesses et l’avantage concurrentiel générés par l’IA. Les discours de figures comme Sam Altman ou Elon Musk sur un futur « abondance » avec redistribution restent pour l’instant des idées théoriques ou des propositions marginales ; en 2026, aucun pays majeur n’a mis en place de RUB large financé par les gains d’IA, et les priorités restent la domination stratégique et les investissements nationaux.
L’IA profitera donc principalement aux nations et aux entreprises déjà les plus avancées. D’une part, elle exacerbera les rivalités entre blocs (États-Unis, Chine, Europe, Inde, etc.), avec une course aux puces, aux données et aux modèles qui renforce les tensions géopolitiques. D’autre part, elle accentuera la dépendance des pays peu développés : ils risquent de devenir encore plus des clients passifs et des fournisseurs subordonnés (données brutes, minerais, main-d’œuvre low-cost pour l’annotation), sans capter la valeur ajoutée réelle. Les rapports récents de l’ONU (PNUD) et d’autres institutions confirment ce risque d’une « grande divergence » accrue entre Nord et Sud.
En résumé, sans redistribution volontaire et massive — qui semble politiquement et nationalement improbable —, les richesses produites par l’IA générative ne profiteront ni largement aux individus ni aux nations les plus fragiles. Cela risque de provoquer un blocage social profond dans de nombreux pays : inégalités explosives, perte de pouvoir d’achat pour les classes moyennes et populaires, montée des frustrations. Les conséquences pourraient inclure des conflits sociaux intenses, des instabilités politiques et, à terme, des formes de guerres asymétriques ou de tensions internationales exacerbées par ces fractures.
Cette vision n’est pas inéluctable, mais elle paraît aujourd’hui bien plus probable que l’équilibre harmonieux décrit dans l’article.
Pikkendorff
Pas convaincu par le point de départ de la démonstration. Je ne dis pas que c’est absolument impossible, surtout avec l’IA quantique, mais en droit, l’IA ne remplace absolument pas l’humain. Elle fait simplement gagner du temps sur la rédaction d’actes ou sur la consultation de bases de données, mais elle ne dispense en aucun cas de la vérification. Au contraire, tous les barreaux se retrouvent actuellement avec des poursuites disciplinaires parce que les avocats croient pouvoir faire confiance à l’IA qui leur invente des références, des textes, des arrêts etc. mais aussi des rapports, des thèses etc.
L’IA n’apprend pas comme apprend un humain pour la bonne raison que l’IA ne comprend pas, elle n’a ni sentiment, ni intuition, ni intention, ni volonté. Elle ne fait que stocker et établir des inférences probables ce qui est peut-être impressionnant, mais très limité.
VaclavHavel
Pour saisir les limites réelles de l’IA, il faut dépasser l’observation de ses balbutiements actuels. Sa structure est calquée sur le cerveau humain : un réseau de neurones artificiels ajustant des poids synaptiques pour orienter l’information.
Vous affirmez que l’IA LLM ne fait que prédire le “token” (unité sémantique) suivant. C’est vrai, mais la conclusion est hâtive. Pour prédire efficacement le mot suivant dans une démonstration complexe, la machine est contrainte d’élaborer des abstractions et des règles logiques internes. On ne prédit pas la solution d’un problème scientifique irrésolu par simple statistique, mais par la reconstruction d’un modèle du monde. Le succès de modèles comme AlphaFold (biologie) ou o1 (raisonnement) prouve que de la probabilité émerge une véritable compétence de résolution.
Sur la vitesse d’apprentissage, vous opposez l’enfant à la machine. Mais l’enfant ne part pas de zéro : il bénéficie d’un “pré-entraînement” biologique de 3,5 milliards d’années d’évolution encodé dans son ADN. L’IA, elle, accomplit ce saut évolutif en quelques mois de calcul. Sa capacité de few-shot learning (apprendre à partir d’un seul exemple) prouve que ses structures inférentielles sont déjà matures.
Enfin, vous séparez l’intelligence de la volonté ou du sentiment. Ce sont pourtant des composantes distinctes. La réflexion abstraite n’a besoin ni d’âme, ni d’intention pour être exacte. Quant à l’intuition, elle n’est pas une “étincelle divine”, mais l’apparition brusque de la solution d’une réflexion inconsciente — un traitement massif de signaux faibles. L’IA, dépourvue de conscience réflexive, est l’incarnation même de cette intuition pure.
L’hallucination, que vous pointez comme un défaut, est en réalité le revers indispensable de la créativité. Une machine incapable d’halluciner ne serait qu’une calculatrice morte. L’IA est un “zombie humain” : elle possède la performance du raisonnement sans le sentiment de conscience. Mais dans une démonstration logique, c’est la performance qui valide l’intelligence, pas la sensation de “comprendre” que l’on éprouve en la faisant.
CyberEthique
Effectivement, les limites sont réelles, mais il ne faut pas regarder l’IA d’hier (IA gratuite) ni même celle d’aujourd’hui, mais ce qu’elle sera demain.
Vous dites que l’IA ne fait pas de vérification… Or, il y a deux jours, Mistral a sorti Leanstral, un modèle destiné à développer du code, qui vérifie par preuve formelle (basée sur Lean 4) que l’algorithme est juste. Nous en sommes aux balbutiements de l’IA, et la fusion des IA statistiques avec les IA symboliques ne fait que commencer, permettant justement de vérifier les faits de manière autonome (à l’exception des données de foi : existence du Saint-Esprit, etc.).
On peut appliquer cela de manière analogue aux hallucinations, avec les récentes avancées de DeepSeek en matière de stockage de faits : Engram (cf. Conditional Memory via Scalable Lookup: A New Axis of Sparsity for Large Language Models). Là aussi, il y a une tendance à complexifier les IA en modules distincts, ce qui réduirait à la fois les coûts tout en augmentant les capacités.
Cela permet de dégager une tendance générale qui aboutit à l’article ci-dessus : les emplois sont massivement en danger. C’est d’ailleurs la finalité de l’IA : remplacer l’homme dans toutes les tâches humaines.
EARousseau
Merci de cet article dont le point de vue est très intéressant. Partant des mêmes constats j’arrive cependant à des conclusions toutes différentes. L’arrivée de l’IA va changer bien des choses de la société qui nous sont familières: le salariat, l’échelle sociale basée sur la connaissance ( les revenus des cols blancs sont plus élevés que les cols bleus), le rapport à la consommation de masse et au travail. Des choses qui sont assez récentes dans notre histoire. L’insistance sur le revenu universel, la gestion par l’état et le parallèle avec l’évolution climatique me semble indiquer un parti pris dans la réflexion. Je voudrais juste attirer votre attention sur des aspects du problème que vous n’avez pas mentionné : tout d’abord, les désirs humains ont tendance à croitre plus vite que ce qui les comble. En apportant des solutions de productivité incroyable, l’IA permet à notre créativité de lancer des projets encore plus exigeants. Je ne crois pas que la créativité humaine soit prête d’atteindre un plafond. Les besoins humains et les exigences grandissent si vite que l’on se surprend à râler devant une erreur ou une lenteur d’une IA qui code à la place de 10 ingénieurs alors qu’il y a un an cela était encore de la science fiction. Ensuite, l’IA est un outil utilisable pour le bien comme pour le mal. Chaque innovation a permis à des personnes malveillantes d’améliorer leur pouvoir de nuisance et à demandé au groupe humain d’employer des hommes pour s’en protéger. Je prévois une foule immense de métiers destinés à nous protéger de la malveillance des robots : demain l’attaque terroriste par drone autonome sera le quotidien. De plus, les groupes humains seront concurrents. Chaque nation va devoir être souveraine dans toute la chaine électronique-logicielle-robotique. Autant dire que pour notre vielle Europe, il y a un immense chantier qui nous attend. Bref, je ne crois pas que notre société arrivera à garder son fonctionnement actuel et récent en y intégrant l’IA ( et pour reprendre votre comparaison, elle n’arrivera pas non plus à figer un climat dans son fonctionnement actuel et récent). Elle va modifier rapidement une tranche de la société : celle des emplois liés à la connaissance de compétence intermédiaire, que vous avez bien identifiés. Parmi ces jobs, beaucoup vont disparaitre et il faudra se reconvertir. ( juriste, compta, etc étaient un fardeau pour les entrepreneurs créatifs). En automatisant la production, la robotique nous redonne un peu l’expérience de cueillette de nos ancêtres : après tout, la nature a très bien automatisé la production des fruits. Mais les tribus s’affrontaient et il fallait des ressources pour se protéger. Enfin, la robotique aura elle aussi des limites : dans de nombreux domaines la production humaine restera moins chère que la production robotisée, dans de nombreux domaines, le plaisir de faire proprement humain l’emportera sur le plaisir de faire faire par la machine. L’IA va résoudre de nombreux besoins humains, à la base de la pyramide de Maslow. Les besoins supérieurs sont encore plus exigeants. Je ne crois pas que le revenu universel soit l’avenir de nos sociétés, parce qu’il anesthésiera la créativité et la spiritualité des humains.
Emmanuel