Haut fonctionnaire et diplomate, Oscar Bockel est l’auteur avec Tristan Claret-Trentelivres d’un rapport pour la Fondation Res Publica intitulé Pour un renouveau démographique :la stratégie du troisième enfant. Il vient de publier La bombe de la dénatalité. Comment le monde entre dans l’hiver démographique. Il s’attaque aux idées reçues. Les experts se sont trompés. On prophétisait une planète surpeuplée, livrée à la famine, invivable : c’est l’exact inverse qui se produit. Les taux de natalité s’affaissent irrémédiablement, les sociétés vieillissent, les maisons de retraite remplacent les écoles et ce sont des nations entières qui sont menacées de disparition.
Idée reçue n°1 : « la surpopulation nous menace ». C’est ce que pensent encore 65 % des Français. Pourtant, la dépopulation est déjà en germe : les naissances mondiales baissent depuis 2014 et la fécondité mondiale vient de passer sous le seuil de remplacement. La prospérité n’est pas une somme fixe à partager : elle naît des hommes. Une société qui ne fait plus d’enfants vieillit, n’innove plus et ne pourra s’adapter aux ruptures de demain. Pour l’OCDE, le seul vieillissement coûtera 14 points de PIB par habitant d’ici 2060.
Idée reçue n°2 : « la dénatalité est une affaire de riches Occidentaux ». Au contraire : en 2025, la fécondité des États-Unis (1,57) est supérieure à celle du Mexique (1,36), et celle de la France (1,56) à celle de la Tunisie (1,35). L’Afrique elle-même n’y échappe pas : le Botswana est déjà sous le seuil de remplacement et, en 2070, le continent aura une fécondité plus faible que l’Europe. Dans les pays occidentaux, immigration mise à part, ce sont les classes populaires qui voient leur fécondité s’effondrer le plus vite. Pour les hommes américains nés au début des années 1980, les plus pauvres ont eu 0,7 enfant, contre 1,7 pour les plus riches.
Idée reçue n°3 : « il faut faire moins d’enfants pour sauver la planète ». Moins d’habitants, moins de pollution : cela semble évident. Pourtant, entre stabilisation et effondrement démographique, l’écart de température en 2200 n’est que de 0,1 °C, l’épaisseur du trait. Pourquoi si peu ? D’abord, la démographie est lente : un enfant né aujourd’hui vit vingt ans dans le budget carbone de son foyer et ne pollue donc qu’à peine. Ensuite, le réchauffement dépend du stock de carbone accumulé, non des émissions de l’année. Les gains carbone réalisables après 2050 pèseront donc peu sur le réchauffement total, d’autant que, même dans les scénarios pessimistes, nos économies seront alors en voie de décarbonation rapide. La course climatique se joue maintenant, pas dans trente ans. À jouer le climat contre les naissances, on détruit l’avenir démographique de nos sociétés sans plus-value climatique. Soutenabilité écologique et soutenabilité démographique vont en réalité de pair : les deux exigent de savoir se projeter dans le futur.
Idée reçue n°4 : « avec l’IA et les robots, tout cela n’a plus d’importance ». Le progrès technique n’a jamais réduit la place de la démographie : il a déplacé le travail humain, il ne l’a pas aboli. Tant que le travail aura un rôle, la démographie restera essentielle. Même si nous entrons un jour dans la singularité technologique, la démographie restera centrale, que ce soit par la consommation, par le poids politique des groupes au sein des nations, ou pour déterminer la culture et la nationalité des futurs maîtres des machines.
Idée reçue n°5 : « s’il manque des bras, faisons venir des immigrés ». Pourtant, la dénatalité est mondiale : tous les pays ne pourront pas importer la jeunesse des autres. À l’inverse, pour beaucoup, le manque d’enfants sera aggravé par l’émigration. Stabiliser le rapport entre actifs et retraités exigerait des flux hors de proportion : 61 millions d’immigrés en France d’ici 2050, et les immigrés vieillissent aussi : dès la deuxième génération, leur fécondité rejoint celle du pays d’accueil. Enfin, l’immigration telle qu’elle existe en France aujourd’hui a un effet fiscal nul ou légèrement négatif (Cour des comptes, 2025) : elle ne facilite donc pas le financement de notre modèle social. Avec l’IA et la transition énergétique, la dénatalité est une des trois grandes questions du siècle. Ses causes, sa géopolitique, les futurs qu’elle nous promet : c’est l’objet de « La bombe de la dénatalité », en librairie.
Et bien sûr, la dernière idée reçue et la plus coriace, celle qui voudrait que nous ne pourrions rien y faire. Au contraire, nous pouvons faire la différence et à un coût très limité en mettant l’accent sur les troisièmes naissances !
