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Tribune libre

Canada : une octogénaire chrétienne euthanasiée contre sa volonté

Canada : une octogénaire chrétienne euthanasiée contre sa volonté

Une affaire particulièrement troublante agite actuellement le Canada. Brigitte Stegemann, 83 ans, atteinte d’un cancer de l’estomac au stade IV, est morte le 10 juillet dernier en Ontario après administration de l’« aide médicale à mourir » (AMM). Sa famille affirme aujourd’hui qu’elle n’avait pas valablement consenti à cette euthanasie. La police de Belleville a ouvert une enquête sur les circonstances de sa mort.

Selon sa petite-fille, Brigitte Kranendonk, qui l’accompagnait depuis douze ans, Mme Stegemann avait auparavant refusé l’euthanasie, notamment en raison de ses convictions chrétiennes. C’est pendant une absence de la famille que des discussions auraient repris avec le personnel médical. Or la vieille dame était très malentendante et présentait, selon ses proches, d’importants troubles cognitifs. La famille affirme notamment qu’elle avait donné des réponses incohérentes lors de l’évaluation de ses capacités.

Deux jours avant sa mort, sa petite-fille lui aurait expliqué sans détour que la procédure prévue entraînerait sa mort. Mme Stegemann aurait alors éclaté en sanglots, répétant qu’elle avait « fait une erreur ». Le matin du 10 juillet, toujours selon le témoignage familial, elle n’aurait pas confirmé oralement sa volonté de mourir avant l’administration des produits. Plusieurs tentatives auraient en outre été nécessaires pour poser la perfusion. Ses proches racontent qu’elle est morte les mains jointes en prière.

Ces éléments restent à ce stade ceux rapportés par la famille : l’enquête devra précisément déterminer si les règles légales ont été respectées.

La question du consentement est pourtant au cœur du dispositif canadien. Santé Canada précise que, immédiatement avant l’euthanasie, le patient doit pouvoir retirer sa demande et confirmer son consentement. Il existe une exception lorsqu’une renonciation au consentement final a été établie préalablement par écrit, dans des conditions précises. Mais même celle-ci devient invalide si une personne devenue incapable manifeste un refus ou une résistance par des paroles, des sons ou des gestes.

L’affaire intervient alors que l’euthanasie a pris au Canada une ampleur considérable. En 2024, 16 499 personnes ont reçu l’AMM, soit 5,1 % de l’ensemble des décès du pays : environ un décès sur vingt.

Il faudra donc attendre les résultats de l’enquête avant d’affirmer que Brigitte Stegemann a été euthanasiée contre sa volonté. Mais le simple fait qu’une famille puisse soulever des interrogations aussi graves sur le consentement d’une femme âgée, malade et vulnérable devrait suffire à rappeler une évidence : plus une société légalise le geste irréversible de donner la mort, plus les garanties entourant les personnes fragiles devraient être absolues.

Dans ce domaine, une erreur de procédure ne se répare pas.

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