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Tribune libre

L’impossible parodie du soin : quand l’Assemblée exclut les médecins du geste létal

L’impossible parodie du soin : quand l’Assemblée exclut les médecins du geste létal

Alors que l’Assemblée nationale pensait achever l’examen de la loi sur la fin de vie dans une indifférence relative, le vote d’un amendement surprise excluant les médecins du geste létal est venu faire vaciller tout l’édifice législatif. Analyse d’une contradiction éthique majeure, alors que la rue se lève pour dénoncer une « culture du déchet ».

Coup de théâtre, ou plutôt, sursaut de vérité. Au cœur de la nuit parlementaire, alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à graver dans le marbre de nos lois le principe d’une mort administrée, un grain de sable d’une force insoupçonnée est venu enrayer la mécanique législative. Contre l’avis du gouvernement et du rapporteur, les députés ont adopté un amendement excluant explicitement les médecins du processus d’administration de la substance létale.

L’argument invoqué pour justifier ce vote n’est autre que le Serment d’Hippocrate. Ce texte millénaire, boussole de la conscience médicale, stipule en termes clairs : « Je ne provoquerai jamais délibérément la mort. » En sanctuarisant cette interdiction, la représentation nationale vient de poser, peut-être malgré elle, un constat d’une gravité extrême : l’euthanasie est ontologiquement incompatible avec la médecine. En voulant sauver la forme, les partisans du texte ont condamné le fond.

La revanche de la déontologie
Pendant des mois, les promoteurs de l’« aide active à mourir » ont tenté de draper ce projet de loi dans les plis du vocabulaire médical, usant de l’expression trompeuse de « soin ultime ». Ce vote dissipe le mirage. En reconnaissant que l’acte de donner la mort violerait le serment des médecins, les parlementaires avouent une vérité fondamentale : administrer le trépas n’est pas soigner. C’est une rupture anthropologique majeure, une transgression que le corps médical ne saurait endosser sans renier sa propre nature.

La médecine existe pour protéger la vie, soulager la douleur et accompagner la vulnérabilité. Elle ne saurait devenir le bras séculier d’une idéologie de l’autonomie absolue qui, à force de vouloir maîtriser la fin, finit par détruire les fondements mêmes de la confiance entre le patient et son médecin. Si la main qui soigne devient celle qui tue, c’est tout l’édifice de la relation thérapeutique qui s’effondre.

Le « mistigri » de la mort dévolu aux infirmiers
Cependant, le texte ainsi amendé sombre dans une profonde et cynique incohérence. Le médecin étant écarté du geste fatal, la responsabilité en incomberait désormais, en l’état actuel du projet, aux seuls infirmiers. Quel aveu de faiblesse, et quelle injustice ! On refuse aux médecins la transgression au nom de leur déontologie, mais on choisit d’en déléguer le fardeau éthique aux bras des infirmiers. C’est feindre d’ignorer que le soin forme un tout indivisible et que la dignité d’une profession ne se construit pas sur le sacrifice de l’autre.

Comme l’a rappelé avec justesse le docteur Claire Fourcade, présidente du pôle plaidoyer de la SFAP, cette situation ubuesque démontre la fragilité extrême et la volatilité d’un texte construit sur des sables mouvants. Les soignants ne forment pas des catégories étanches où les uns pourraient exécuter les basses œuvres évitées par les autres. La communauté soignante, dans son ensemble, refuse d’être l’instrument de cette politique du désespoir. Le soin ne se divise pas ; il s’exerce au chevet du malade pour l’apaiser, non pour l’effacer.

Le sursaut citoyen et le cri des « Éligibles »
Ce bégaiement législatif trouve un écho direct et puissant sur le pavé. Deux jours plus tôt, le 22 juin, à l’appel d’Alliance Vita, des milliers de Français bravaient la chaleur dans une cinquantaine de villes sous une banderole unique : « Nos mourants ne sont pas des encombrants ». Une scénographie de cartons et de sacs-poubelles venait rappeler une question brutale : comment une société fraternelle peut-elle imposer un choix truqué entre souffrir et mourir, plutôt que de donner les moyens de soigner ?

Hier soir encore, mardi 23 juin, alors que les députés s’enfermaient dans l’Hémicycle pour sceller le sort des malades, un ultime sursaut est venu des premiers concernés. Aux Invalides, à quelques pas de l’Assemblée, l’association « Les Éligibles », entourée de nombreux aidants, s’est rassemblée dans une atmosphère de gravité poignante. Venus témoigner de la valeur inestimable de chaque instant de vie, ces malades et ces proches ont opposé leur courage à la froideur des calculs parlementaires. Par leur présence, ils ont rappelé l’urgence d’une véritable solidarité humaine plutôt que d’une réponse de rejet.

« Pourquoi fragiliser davantage un système de santé que nous savons en crise avec des soignants surmenés, des urgences encombrées, des soins palliatifs insuffisants ? », interrogeait Tugdual Derville devant une assemblée subitement confrontée à ses propres paradoxes.

Une inégalité criante face aux soins palliatifs
La mobilisation a mis en lumière un fait accablant : 50 % des départements français ne disposent pas de centre de soins palliatifs permanent. Dans les territoires où ils existent, la demande d’euthanasie est quasi nulle. Le constat est implacable : c’est d’abord un manque de soins que l’on prétend combler par une solution de mort.

Infirmière diplômée d’un master de prise en charge de la douleur, Aliette, présente à la manifestation de Vernon, le rappelait : « Avec les soins palliatifs, on peut soulager sans donner la mort. On doit répondre à une demande de personnes qui ont peur de finir dans d’atroces souffrances ». Opter pour l’aide à mourir, c’est, selon elle, « une démission de l’être humain ».

Face à la chimère, le choix de la vie
Ce double mouvement — le vote des députés reconnaissant l’incompatibilité de l’euthanasie avec la médecine et la mobilisation citoyenne refusant une société où les plus fragiles seraient rejetés — met à nu les contradictions insolubles des apprentis sorciers de l’euthanasie. À force de vouloir habiller la mort administrée des oripeaux de la compassion publique, la loi accouche d’une chimère inapplicable et éthiquement monstrueuse.

Il devient désormais évident que ce texte ne peut être amendé ou rectifié : il doit être rejeté en bloc. La seule réponse digne d’une civilisation face à la souffrance et à la détresse de la fin de vie demeure le développement résolu des soins palliatifs, l’engagement auprès des plus fragiles et le respect inconditionnel de la vie humaine jusqu’à son terme naturel.

Les masques sont tombés. L’euthanasie n’est pas un soin, elle en est la rupture. C’est une culture du déchet, pas une politique de la dignité. Le 15 juillet, les députés auront à choisir : écouter la raison et les citoyens ou persister dans l’aveuglement idéologique. Le choix, pour une société qui se veut véritablement humaine, ne fait aucun doute.

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1 commentaire

  1. Comme pour l’avortement, on essaie avec l’euthanasie d’imposer à une société encore imprégnée des principes chrétiens interdisant la transgression ultime un acte contraire à tous ses principes fondateurs. Il s’agit là d’un viol législatif imposé par une minorité en Loges à une assemblée de députés au mieux amorphes et inconscients de l’enjeu sociétal du texte et au pire acquis à une subversion totale de nos valeurs de civilisation.
    Cette loi est le reflet parfait de l’inconsistance de la démocratie si ce n’est de sa perversité fondamentale. Quelle majorité parlementaire aura le courage de voter son abrogation si elle venait à être adoptée ?

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