Partager cet article

Institutions internationales

Il n’y a plus de communauté transatlantique : à quand la sortie de l’OTAN ?

Il n’y a plus de communauté transatlantique : à quand la sortie de l’OTAN ?

Dans le JDNews, Philippe de Villiers estime qu’il faut sortir de l’OTAN :

Comme on dit dans l’armée, l’Otan « a pris un pète au casque ». L’Alliance atlantique traverse la plus grande crise de son histoire. Le fondateur de la charte qui avait pour ambition de protéger « l’Atlantique Nord », revendique un territoire de l’un des membres du pacte de sécurité collective. Le chien de berger n’assure plus la garde des brebis, qui le regardent comme un loup affamé. C’en est fini du fameux article 5 qui assurait le « un pour tous ». En d’autres termes, la crédibilité des garanties américaines est devenue aléatoire, voire illusoire. Il n’y a plus de communauté transatlantique. Que s’est-il donc passé pour qu’on en arrive à ce désamour ?

L’Otan a changé de nature depuis l’effondrement de l’empire soviétique. Jusqu’en 1991 – la fin de la guerre froide –, il y avait un bloc transatlantique, contrôlé par Washington, abrité par un dôme protecteur, et qui se nourrissait de l’affrontement entre l’Est et l’Ouest. À partir de la chute du rideau de fer, la vocation de l’Otan cesse d’être seulement défensive et régionale – euratlantique –, elle devient offensive et mondiale. James Baker fixe alors le nouveau cap et définit ainsi la nouvelle vision géostratégique : « Notre objectif est désormais de créer une communauté transatlantique, allant de Vancouver à Vladivostok. » Puis viendra la doctrine Brzezinski, encore en application : « Qui règne sur l’Eurasie contrôle le destin du monde. » Le cap, c’est l’hégémonie globale de « l’hyperpuissance américaine ».

Brzezinski voyait dans l’intégration européenne un outil de transformation de l’Europe en un protectorat des États-Unis. Dans le sillage de ses réflexions, on disait il y a encore peu de temps : l’Europe est une catharsis. La France vise la réincarnation, l’Allemagne vise la rédemption. Dès lors, la stratégie américaine considère qu’il faut faire basculer l’Ukraine et l’Asie centrale dans la sphère d’influence américaine. Le risque, pour la France, c’est d’être entraîné loin de ses intérêts vitaux et d’aligner ses positions stratégiques sur les velléités américaines : aujourd’hui l’Ukraine, le Groenland. Demain, le Panama, Taïwan, etc. La France doit recouvrer sa souveraineté, son indépendance diplomatique et militaire. Il faut sortir de l’Otan. En effet, l’Union européenne demeure, sur le plan stratégique, soumise au Conseil de l’Atlantique Nord. Elle est toujours la 51e étoile du drapeau américain. Il y a là un vice constitutif.

Conçue sans aucun ressort de puissance propre, elle est dotée, depuis sa fondation, d’un fédérateur extérieur, l’Amérique. Elle n’a de puissance qu’empruntée. D’ailleurs, les Européens ont pris soin d’écrire, dans le traité de Lisbonne : « L’Otan reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de leur mise en œuvre. » Par ailleurs, les pays européens ont choisi la vassalité : 64 % des importations d’armements proviennent des États-Unis ; et ils sont soumis au concept de l’interopérabilité, ce qui suppose la compatibilité des matériels, des modes d’action, des opérations. La symbiose est fondée sur une asymétrie redoutable : ce sont les Américains qui définissent les infrastructures, les technologies ; la dépendance mécanique européenne est totale.

C’est la stratégie de « la pièce détachée ». Il faut que toutes les armes européennes soient « otano-compatibles ». Quand on est la France, que l’on possède le deuxième espace maritime du monde – cas unique en Europe –, que l’on a une industrie de défense indépendante, que l’on est un « État-monde », c’est-à-dire une puissance territoriale européenne mais aussi américaine, indo-océanique, pacifique – une puissance qui se déploie sur la moitié des fuseaux de l’univers –, il ne faut surtout pas renforcer l’hégémonie mondiale du grand voisin d’en face, mais chercher plutôt à lui faire contrepoids. La France doit pouvoir reparler au monde en tant que puissance et non plus par la médiation de la Commission européenne ou du secrétaire général de l’Otan.

Partager cet article

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services