Partager cet article

Tribune libre

Inversion sur la capitale – les Parisiens jaloux de la province ?

Inversion sur la capitale – les Parisiens jaloux de la province ?

“- Tu es originaire de quel coin de la France ? demanda-t-il au premier.
De Montauban.
Oh le pays du cassoulet et du rugby ! s’exclama-t-il. Et toi ?
De Ploërmel, répondit le second.
L’irréductible Bretagne, ses chouans, son cidre et sa galette-saucisse !
Et toi, d’où est-ce que tu viens ? l’interrogèrent-ils à leur tour.
Moi je suis de région parisienne.”

Le mépris de la capitale pour la province est un lieu commun qui se vide peu à peu de ses habitants. Au sein d’espaces mondialisés où les différences s’estompent, l’identité des régions apparaît comme un roc. Enfin la ressemblance croissante de toutes les jeunesses occidentales inquiète fort le jeune parisien qui voue un culte à son originalité.

Paris est un creuset. La France entière s’y engouffre. Paris est la somme de toutes les régions : le béret est du Béarn, la marinière de la côte atlantique. Paris pioche, affine puis affiche les créations de nos terroirs avec succès. Mais derrière cette vitrine éclatante, le parisien s’interroge : quelle est ma part de contribution concrète dans cet étalage ?

Sous le règne de l’individu, la question de l’identité est centrale. Pour y répondre correctement, il faut d’abord se reconnaître une base commune. Ensuite, seule la réduction progressive de cette même base permet à terme l’émergence d’une individualité propre. Or, se dire citoyen du monde, français ou parisien semble de moins en moins satisfaisant à cet égard.

De nos jours, le parisien rêve d’enracinement, mais les racines ne prennent que mal dans le béton. Les familles de la métropole déménagent, donc s’en coupent toutes les quatre saisons. Dans nos villages, des générations naissent, vivent et meurent sous le même toit. Les mémoires régionales chantent des batailles que la république bâillonne, cependant que la capitale impose la libération de quelques criminels comme fête nationale.

Au sud, il y a l’ours des Pyrénées ; à l’ouest l’hermine de Bretagne ; et au centre le pigeon de Paris. Fluctuat nec mergitur : un navire médiéval pour symbole d’une ville où barbote des bâteaux-mouches. Enfin ces citoyens s’en réclament moins que d’une devise consensuelle et creuse composée de trois mots vagues. Pourtant, à quelques heures de là résonne encore : Potius mori quam foedari (plutôt mourir que se déshonorer).

Au cours de l’été précédent, avec plusieurs de mes amis, nous terminions une randonnée de quelques jours à Arzon, dans le Morbihan. Nous étions assis à la terrasse d’un café, face au port. Appuyé sur ma chaise, mon sac drapé du blason de de ma province ne tarda pas à attirer le regard de la table voisine. Autour de cette dernière, un groupe de jeunes hommes, proches de la vingtaine. Ils murmuraient encore lorsque je me mis à les observer. Profitant de ce contact visuel, l’un d’eux m’interrogea pour connaître l’origine de cet emblème. Des étoiles scintillaient du plus profond de ses yeux : les tours, les fleurs, les cœurs et la croix réveillaient son imaginaire.

Ce groupe ne donnait prise à aucune identification spécifique : ni accent, ni vêtements, ni visages typiques – ce qui est en soi déjà un trait de l’indifférenciation urbaine. Mon interlocuteur le confirma : ils vivaient en région parisienne.

Et du plus loin de cette région, tous semblaient désireux de connaître la fierté ressentie par le fait de porter un drapeau et d’en représenter les couleurs. Mais pour eux, une épineuse question demeurait en suspens : que représente le drapeau de la ville de Paris ?

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Partager cet article

Publier une réponse

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services