Extrait d’un article paru dans le nouveau numéro de Conflits :
[…] Un autre symptôme de ce chaos politique est le développement d’une stratégie tantôt pensée tantôt empirique de fuite de l’impôt. Cela peut consister à quitter la France pour des cieux fiscaux plus cléments, à utiliser dans toute sa subtilité les mécanismes d’optimisation fiscale, mais aussi à travailler moins, à ne pas déclarer des revenus, à développer une activité en argent liquide. La fuite fiscale ne concerne pas que les plus riches, mais bien tous les Français : un étudiant qui ne déclare pas ses heures de baby-sitting, un fumeur qui achète son tabac à l’étranger, une femme de ménage qui ne déclare pas toutes ses heures. Cette fuite fiscale est le symptôme du rejet du consentement à l’impôt. Or, l’impôt, en philosophie politique, est l’expression de la confiance que l’on porte aux institutions. Par l’impôt, on accepte de payer sa quote-part à l’État en échange d’un service rendu, notamment la sécurité et la justice. Si le consentement à l’impôt suscite aujourd’hui un tel rejet dans la société, ce n’est pas uniquement à cause des taux délirants de celui-ci, mais aussi parce que les contribuables se rendent compte que le contrat n’est pas respecté, l’État se révélant incapable de remplir ses missions. Si l’État ne remplit pas sa part du contrat, il n’y a aucune raison que le contribuable règle la sienne1. La fin du consentement fiscal est le stade ultime d’une société de défiance, prélude à une société du chaos. […]
