Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, a prononcé le 23 octobre lors de la Conférence sur l’identité catholique (C.I.C) qui se tient chaque année à Pittsburgh (Etats-Unis), une longue allocution au cours de laquelle il a courageusement déclaré : « Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne ». En voici quelques extraits significatifs :
« On parle beaucoup des crises de notre époque : divisions politiques, incertitudes économiques, menace de guerre. Pourtant, sous ce tumulte se cache une crise plus profonde, souvent négligée : une crise spirituelle. Comme l’observait mon héros Chesterton, nous avons tendance à nous préoccuper des mauvais dangers. Nous craignons les guerres et les effondrements financiers, alors que la véritable menace est la corruption morale et spirituelle qui ronge l’âme.
« A la base, notre monde moderne a négligé la dimension spirituelle. Ce n’est pas tant le chaos qui nous entoure que le vide intérieur qui déstabilise la société. Les gens se perdent car ils ne savent plus pourquoi ils sont là – un problème profondément spirituel. Nous avons besoin d’idéaux plus élevés et d’une boussole morale, et non de simples slogans politiques. Lorsque l’humanité détourne le regard de Dieu, un vide se crée, comblé par des substituts : idéologies, modes et obsessions qui masquent le malaise sans jamais le guérir. »
Et de préciser sa pensée en citant cette phrase de Chesterton :
« L’idolâtrie ne se commet pas seulement en érigeant de faux dieux, mais aussi en érigeant de faux démons ; en faisant craindre aux hommes la guerre, l’alcool ou les lois économiques, alors qu’ils devraient craindre la corruption spirituelle et la lâcheté. »
« Cette remarque spirituelle de 1909 résonne aujourd’hui comme une prophétie. Nous identifions toutes sortes d’ennemis terrestres – du changement climatique aux épidémies virales – et nous nous mobilisons contre eux, tout en ignorant les ennemis invisibles de l’âme : l’absurdité de la vie, la décadence morale et le désespoir. C’est comme si l’humanité s’affairait à éteindre un petit feu dans le jardin, tandis que les fondations de la maison – le socle spirituel – s’affaissent lentement. »
D’où cette conséquence :
« Puisque la racine de la crise est spirituelle, la solution doit l’être aussi. C’est, au fond, un combat pour l’âme. On peut voter des centaines de lois et inventer des merveilles technologiques, mais si l’âme est malade, les symptômes ne cesseront de réapparaître. Nous le constatons clairement : la prospérité et la science ont accompli beaucoup, mais le malaise intérieur et la confusion morale n’ont pas diminué. En réalité, à mesure que les gens font moins confiance à Dieu, ils font confiance à tout le reste. Chesterton a bien saisi ce paradoxe : quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien ; ils croient en n’importe quoi.
« On le constate partout. Là où les bancs des églises se vident, les gourous du développement personnel, les sites d’horoscope et les “spiritualités” à la mode pullulent. La soif humaine de sens demeure, même quand on rejette le Christ. Mais les substituts – qu’il s’agisse d’une foi aveugle dans le marché, d’un culte de la science érigé en sauveur tout-puissant ou d’expériences ésotériques – ne peuvent remplacer le Christ. Ils sont comme du sel sans saveur. »
« Là où le Christ est absent, les choses tournent mal. Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne. Et cela, mes chers amis, c’est ce que nous appelons la modernité. »
« Chesterton, converti au catholicisme, était catégorique : adapter l’Eglise à chaque mode est vain. “Nous ne voulons pas, comme le disent les journaux, une Eglise qui suit le monde. Nous voulons une Eglise qui fasse bouger le monde.” Autrement dit : une Eglise gagne en crédibilité non pas en se faisant l’écho du monde, mais en le corrigeant. Nous avons besoin d’une foi qui nous avertit lorsque nous avons tort, et non d’une foi qui se contente de nous rassurer lorsque nous sommes déjà d’accord. »
Et de terminer son discours sur un vibrant : Viva Cristo Rey !
