Claire Fourcade, présidente de la SFAP et et auteur de “Journal de la fin de vie”, a été interrogée dans L’Appel de Chartres. Extrait :
Et concernant la posture du chrétien face à ces questions ?
Je crois que les deux choses nécessaires si on est confronté à ces questions-là ce sont l’écoute et l‘humilité. L’accompagnement des personnes en fin de vie n’est pas seulement une affaire de soignants, c’est l’affaire de tous : « tous accompagnants, tous accompagnés ». On a besoin des autres à divers moments de notre vie, ils ont besoin de nous aussi. Nous sommes tous interdépendants et les bénévoles d’accompagnement ont un rôle essentiel.
Les laïcs non-soignants peuvent donc faire quelque chose ?
Oui, il y a près de 6000 bénévoles d’accompagnement en France dans diverses associations. A travers eux la société dit à ces personnes accompagnées « vous comptez pour nous », c’est très important de le dire aux patients. Pour ceux qui le souhaitent mais ne se sentent pas à l’aise, parce que ce n’est pas évident comme accompagnement, il existe des formations comme « Derniers Secours » : de la même façon qu’on peut se former aux premiers secours, c’est une journée de formation pour le grand public, de la sensibilisation à l’accompagnement d’un proche. Il y en a partout en France, dans les mairies, les associations, les AFC en organisent beaucoup.
Comment arrivez-vous à porter une parole publique au nom des soignants sans que celle-ci soit forcément cataloguée comme liée à votre Foi ?
Nous sommes tous tissés d’une histoire familiale, d’expériences et de rencontres personnelles à partir desquelles se forgent des convictions intimes. Je suis catholique et je n’ai jamais essayé de le masquer. Sur la question de la fin de vie, un sujet très clivant, on peut avoir la tentation de mettre les gens dans des cases. J’essaie de ne pas me laisser enfermer dans celle à laquelle on prétend m’assigner car je ne parle pas en mon nom propre, mais au nom des soignants que je représente et du mandat que j’ai reçu quand j’ai été élue présidente de la SFAP. Au nom de soignants qui sont très divers, j’essaie de porter une parole collective pour défendre une certaine idée du soin et la place centrale qu’il devrait avoir dans la société que j’appelle de mes vœux. Une société du soin par tous, pour tous.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous transmettre aux pèlerins et lecteurs de l’Appel de Chartres ?
Il faut toujours garder une approche nuancée. La fin de vie est une réalité complexe qui ne peut se résumer en une opposition binaire entre souffrance et euthanasie. Ce sont des moments où toute la complexité de l’humain se manifeste, il faut l’accepter et l’accueillir. Après, s’il y avait une chose à faire, je dirais « écrivez à vos députés en urgence ! » Le projet de loi revient les semaines du 12 et du 19 mai, plusieurs fois des députés m’ont dit « quand on reçoit un courrier sur un sujet, c’est une histoire personnelle, à partir de trois courriers c’est un mouvement d’opinion. » Les partisans de l’euthanasie le savent et sont très mobilisés, mobilisons-nous aussi !