Partager cet article

France : Politique en France

L’arrivée de Manuel Valls n’apporte aucune solution crédible

Les leçons du scrutin, par Denis Sureau :

"[…] Le désespoir des pauvres. L’abstention, en progression constante depuis trente ans, relativise toutes les autres données. Son ampleur n’a jamais été aussi grande (38 % au premier tour, 36,3 % au second). Plus du tiers des Français boudent les urnes, manifestant une profonde désespérance. La République même communale est minée de l’intérieur. Ce ne sont pas les seuls électeurs de gauche qui ont refusé de voter : selon un sondage OpinionWay/Le Figaro, 58 % des 18-24 ans, 53 % des 25-34 ans et 60 % des personnes disposant d’un revenu inférieur à mille euros ont fait la grève des isoloirs. Des jeunes, des pauvres. Sans illusions face au système politicien, y compris à sa base. Désemparés dans le maelstrom de la mondialisation libérale qui délocalise et détruit nos emplois. Écœurés par la démagogie, les promesses non tenues. Toujours plus de chômage, toujours plus d’impôts. La gauche bourgeoise-bohême les a abandonnés. Autiste, elle se replie sur ses beaux quartiers. Il semble même que l’électorat musulman, hostile aux réformes sociétales, commence à s’en détacher.

Le recours au Front national. La « vague bleu Marine » est en grande partie une autre réponse au désarroi du peuple de France et au rejet de l’oligarchie : puisque les autres ont menti et triché, puisque le chômage et la misère explosent, pourquoi ne pas accorder sa voix à d’autres candidats, extérieurs à cette crise ? L’enracinement du FN est marqué sur deux grands territoires : le Nord ouvrier de gauche – l’élection du syndicaliste Cgt à Hayange est emblématique puisqu’il se déclare toujours de gauche –, et la Provence de droite. Il n’est d’ailleurs pas sérieux de présenter le mouvement de Marine Le Pen comme un parti d’extrême droite car il bouleverse les clivages habituels, tant par son électorat que d’ailleurs son programme (dont l’étatisme jacobin ressemble en partie à celui de Jean-Luc Mélenchon). Tout laisse à penser qu’il réalisera un beau score lors des élections européennes.

Un prolongement de la Manif pour tous. Le pouvoir socialiste n’a pas compris que l’ampleur des manifestations contre le mariage homo était le symptôme d’un mouvement au plus profond de la société française. Et il n’est pas certain que l’Ump et l’Udi l’aient davantage compris. On ne s’attaque pas à la famille impunément. Selon un sondage Harris-Interactive pour La Croix (25/3), réalisé au soir du premier tour des élections municipales, la position des candidats sur le mariage ouvert aux homosexuels a joué un rôle important ou très important dans leur choix pour 37 % des Français. Un pourcentage considérable dans le contexte d’élections locales, où les débats portent davantage sur la gestion ou l’urbanisme que de questions « sociétales » aussi vastes. […]

Dans ce contexte, l’arrivée de Manuel Valls n’apporte aucune solution crédible. Et nous ne pouvons accorder aucune sympathie à celui qui, premier « flic » de France, a réprimé brutalement et gazé des manifestants pacifiques et menti grossièrement sur l’ampleur des mobilisations. […]"

Partager cet article

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services