A l’occasion du 800e anniversaire du sacre du roi saint Louis qui sera fêté le 29 novembre, L’Homme Nouveau consacre un numéro à ce grand roi de France. Le colonel (er) François-Régis Legrier, professeur de géopolitique, auteur de Saint Louis, modèle des chefs d’Etat, a été interrogé sur ce roi au service du bien commun. Extrait :
Saint Louis est une leçon à part entière, et pas seulement pour le chrétien : pour tous les chefs d’État et, plus largement, tous ceux qui ont une autorité. Car les principes de philosophie politique qu’il incarne dépassent le seul domaine de la foi et s’appliquent de manière universelle. Saint Louis n’était pas seulement un roi pieux ; il était doté d’un véritable sens politique nourri par sa foi. Donc, même en étant athée, on peut puiser dans l’exemple de saint Louis des leçons de bonne vertu politique. Je pense à l’exercice du bien commun, de la justice, au bon usage de la force… De plus, malgré le fait que le Moyen Âge soit une période extrêmement différente, on peut dégager un certain nombre de permanences. Si nous n’avons plus de grands barons, nous avons nos multinationales, nos grands corps d’État, qui parfois peuvent remettre en cause l’autorité de l’État. Et surtout, le cœur humain ne change pas : la soif de puissance, le désir d’argent sont de toutes les époques.
Cela en a-t-il fait une figure d’autorité éloignée de ses sujets ?
Le général De Gaulle disait que le pouvoir ne va pas sans prestige, et le prestige sans éloignement. Mais ce fut tout le contraire pour saint Louis : il avait à la fois une haute idée de sa fonction et une très grande proximité avec les gens de toutes conditions sociales. D’une manière générale, les rois capétiens avaient cette bonhomie naturelle, cette simplicité avec leur entourage, mais ce fut encore plus vrai chez lui. Il était particulièrement proche de sa famille. Il l’était aussi de ses conseillers, à commencer par Joinville qui deviendra son biographe, de ses soldats à qui il n’hésitait pas à donner l’exemple : en 1253, apprenant qu’une garnison chrétienne a été massacrée par les mamelouks à Sidon, saint Louis se rend sur les lieux et enterre lui-même les cadavres en décomposition, incitant ses chevaliers à faire de même. Il voulait être accessible à tous, à la fois au-dessus et au milieu des siens, exemple autant que présence.
Comment saint Louis envisageait-il la relation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel ?
Cette relation était compliquée au Moyen Âge, car le peuple chrétien demeurait sous une double juridiction, celle du roi et celle de l’Église. De plus, beaucoup d’évêques se trouvaient être aussi des seigneurs, gérants de domaines. Dans ce contexte, le grand mérite de saint Louis fut de distinguer clairement les deux pouvoirs sans les séparer comme aujourd’hui. Concrètement, s’il appliqua les principes chrétiens dans l’exercice du pouvoir, il sut s’opposer à certains empiétements du clergé. Par exemple, il s’opposa à ce qu’un seigneur, frappé d’excommunication, se vît confisquer ses biens temporels. Il n’hésita pas non plus à écrire au Pape pour lui faire des remontrances assez sévères sur des questions financières, notamment l’attribution des bénéfices ecclésiastiques. On aurait pu l’accuser de servir ses propres intérêts, mais sa générosité personnelle remarquable et sa grande piété l’exemptaient de tout soupçon ! […]
Quel est le secret de saint Louis ?
Je dirais : l’unité intérieure. On a tendance aujourd’hui à séparer la conviction et l’éthique. Saint Louis, précisément, les unifiait. Dans l’exercice de notre devoir d’état, il y a une façon de se comporter chrétiennement et saint Louis nous rappelle que c’est possible, y compris quand on occupe des postes de très haute responsabilité. Cette unité intérieure, saint Louis l’a trouvée dans le serment du sacre lui faisant un devoir d’exercer la justice et la charité, sacre dont nous fêterons le 29 novembre prochain le 800e anniversaire. Il l’a aussi puisée dans la récitation quotidienne des Psaumes et l’assistance à la sainte messe.
