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Histoire du christianisme

Les Cristeros, 100 ans après

Les Cristeros, 100 ans après

Lu sur le site d’actualités de la FSSPX :

Il y a cent ans, des milliers de catholiques mexicains se retrouvaient devant un choix dramatique : subir la disparition progressive de toute vie religieuse ou risquer leur vie pour défendre les droits de Dieu. Une résistance qui allait marquer profondément l’histoire du Mexique.

« Vive le Christ-Roi ! » Ce cri retentit publiquement pour la première fois parmi les catholiques mexicains le 11 janvier 1914, après les solennités célébrées en l’honneur du Christ-Roi. Quelques jours auparavant, le 6 janvier, l’épiscopat mexicain lui avait déjà reconnu ce titre en consacrant la nation au Sacré-Cœur.

Pour ces catholiques, la publication de l’encyclique Quas Primas par Pie XI, en décembre 1925, ne fit en réalité que consacrer une dévotion solidement enracinée. En la rédigeant, le Souverain Pontife avait sous les yeux le triste exemple de ce pays, devenu une sorte de contre-modèle, où, comme il l’écrivait lui-même, on avait « chassé Jésus-Christ et sa loi de la vie publique ». Mais il y trouvait aussi, pour sa consolation, le témoignage de ceux qui travaillaient au rétablissement des droits publics de Notre-Seigneur.

Les racines d’une tyrannie

Depuis son indépendance, en 1821, le Mexique n’avait cessé de connaître des révolutions : près de trois cents entre 1825 et 1925. Soumis au pouvoir néfaste de politiciens libéraux, anticléricaux et francs-maçons, le pays perdit, entre 1836 et 1848, près de la moitié de son territoire au profit de son voisin, les États-Unis, et tomba partiellement sous son influence politique et économique pernicieuse.

Affirmant que la supériorité de son voisin était due à la religion protestante, l’État prétendait à tout prix décatholiciser le pays par une législation toujours plus hostile à l’Église. La Constitution promulguée le 5 février 1917 était, à cette époque, l’une des plus antireligieuses du monde.

Le 14 novembre 1921, une bombe fut placée devant l’image de Notre-Dame de Guadalupe, patronne du Mexique. L’image fut miraculeusement préservée.

Le Néron mexicain

Avec l’arrivée de Plutarco Elías Calles à la présidence, les persécutions s’intensifièrent : fermetures d’églises, assassinats, etc. Calles souhaitait instaurer un régime de « bolchevisme antireligieux ».

Les ennemis de Dieu au pouvoir prétendaient même bannir son saint nom des lèvres des fidèles. Dans certaines régions, ceux qui prononçaient publiquement des expressions telles que « adieu », « si Dieu le veut », « Dieu nous en préserve », etc., étaient punis d’une amende de dix pesos – une fortune pour les paysans pauvres.

Au début de 1926, Calles annonça qu’il ferait appliquer intégralement la Constitution de 1917. Malgré les protestations de l’archevêque de Mexico, il fit adopter, le 14 juin, les sinistres lois qui portent son nom. Elles devaient entrer en vigueur le 31 juillet et soumettre entièrement l’Église à l’État : c’était l’équivalent d’un schisme.

L’épiscopat mexicain refusa officiellement de prêter serment de fidélité à la Constitution et aux nouvelles lois répressives.

La résistance passive

Parallèlement, diverses associations catholiques exhortèrent les fidèles de tout le pays à participer à un boycottage économique, afin d’exercer une pression pacifique sur l’État persécuteur. En cinq mois, l’activité commerciale diminua de 75 % ! En quelques jours, sept millions de pesos furent retirés de la Banque d’État.

Deux millions de Mexicains, soit entre 13 et 14 % de la population totale, présentèrent une pétition à la Chambre des députés pour demander l’abrogation des lois antireligieuses.

Dans toutes les provinces, les catholiques brandissaient les armes spirituelles de la pénitence, organisant des processions pieds nus, certains couronnés d’épines, bannières déployées, tout en récitant le chapelet et le chemin de croix. D’autres entraient à genoux dans les églises et récitaient le rosaire « afin que Dieu accorde qu’il n’y ait pas de révolution et que le sang ne soit pas versé ».

L’abomination de la désolation (Mt 24, 15)

À l’approche de l’entrée en vigueur de ces lois infâmes, l’épiscopat ordonna, le 25 juillet 1926 :

 « Qu’à partir du 31 juillet […], soit suspendu dans toutes les églises de la République tout acte de culte public exigeant la participation d’un prêtre. »

Ces mesures, inouïes et inattendues, visaient à contraindre l’État à négocier, à éviter un affrontement direct avec les autorités et à limiter la répression. Mais tout fut vain ! Le ministre de l’Intérieur persista dans sa fureur :

« L’Église a décidé de devancer nos désirs : rien ne pouvait nous être plus agréable qu’une mesure qui favorisera le progrès que nous souhaitons de l’indifférence et de l’incrédulité. […] Nous tenons le clergé à la gorge et nous ferons tout notre possible pour l’étrangler. […] La religion est une activité immorale qui doit être réglementée comme la chirurgie dentaire. »

Durant les derniers jours de juillet, les églises furent envahies par les fidèles. Certaines restaient occupées jour et nuit ; on y distribuait continuellement la sainte communion ; les prêtres demeuraient de longues heures dans leurs confessionnaux ; certains couples venaient régulariser leur situation et de nombreux fiancés avançaient la date de leur mariage.

Voici le récit détaillé d’un témoin de ces dernières heures tragiques :

« Ce jour-là, une messe devait être célébrée à minuit. […] Après l’Évangile, notre cher père González monta en chaire. […] Les paroles entrecoupées que prononçait le père, rempli de douleur, étaient interrompues par les sanglots. Après la communion générale, à la fin de la sainte messe, la bénédiction nous fut donnée avec Sa Divine Majesté. Enfin, le père, dépouillé de ses ornements, s’agenouilla au pied de l’autel, les yeux fixés sur l’image de Notre-Seigneur des Miséricordes. En silence, il prit congé de Lui et sortit au milieu des fidèles. Jésus-Christ et son ministre étaient partis. »

À Mexico, durant le mois de septembre, des milliers de catholiques, comme dans un dernier élan, marchèrent en procession vers les bâtiments gouvernementaux, le chapelet à la main, portant des pancartes et des statues, sous la protection du Très Saint Sacrement.

Ils furent accueillis violemment par des tirs de fusils Mauser et de mitrailleuses lourdes effectués par les soldats fédéraux11. Parmi les dizaines de victimes figuraient de nombreuses femmes et des enfants, « qui défilaient armés de leur chapelet et vêtus de blanc ».

Le soulèvement

Les Mexicains, persécutés par l’État depuis tant d’années et demeurés malgré tout fidèles à la foi catholique, se virent soudain privés des canaux de la grâce. Cela leur devint insupportable. Comme un feu prêt à se propager, la résistance, jusque-là passive, se déchaîna.

Dans des dizaines de localités, les troupes fédérales, chargées de garantir la stricte application des lois Calles – par la fermeture ou l’inventaire des églises –, se heurtèrent à des foules exaspérées et à de violentes représailles. En certains endroits, les catholiques conservèrent la maîtrise du terrain et de leurs clochers.

Face à cette rébellion qui commençait à s’étendre, Calles assura que « tout serait terminé avant deux mois ». L’impie se trompait complètement : la guerre ne faisait que commencer et allait embraser le pays pendant plusieurs années.

Les fédéraux affrontaient des « fanatiques » qui ne cessaient d’acclamer, comme cri de guerre : « Vive le Christ-Roi ! » Ils les appelèrent avec mépris les Cristos Reyes, expression qui devint par la suite Cristeros. Les valeureux catholiques mexicains allaient porter fièrement ce nom et le défendre héroïquement !

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