D’Antoine de Lacoste dans la Revue d’Histoire Européenne :
Donald Trump doit bien regretter de s’être lancé dans sa folle guerre contre l’Iran sous l’influence de son mauvais génie, Benjamin Netanyahou.
L’échec est total. Tout d’abord, le flou le plus complet règne sur l’état des installations nucléaires iraniennes. Annoncées par les Américains comme totalement détruites dès les premiers bombardements de juin 2025, elles ont de nouveau été attaquées à plusieurs reprises dans les semaines qui ont suivi le déclenchement de la guerre le 28 février 2026. Rien n’est certain dans cette affaire, mais le plus probable est que ces installations soient loin d’être détruites tout en étant très difficiles d’accès.
Ensuite, le régime iranien est toujours en place et ne semble pas menacé. Certes, de nombreux cadres importants ont été tués le 28 février, à commencer par le guide suprême Ali Khamenei. Et alors ? Depuis quand un régime tombe pour cela ? Le seul résultat notable c’est que le pouvoir semble avoir glissé des mollahs aux gardiens de la révolution. Sur le fond, cela n’a, pour l’instant, rien changé.
Les Iraniens ont démontré, et cela n’était pas certain, que leurs capacités de riposte étaient très importantes. Drones et missiles, disséminés sur tout le vaste territoire iranien, ont infligé des dégâts importants à plusieurs villes israéliennes, à la plupart des nombreuses bases américaines présentes dans tout le Proche-Orient et à plusieurs villes des alliés arabes des Etats-Unis. C’est peut-être cela le plus grave : le parapluie américain s’est fait transpercer.
Des installations pétrolières saoudiennes ou qataries ont subi des dégâts importants et les défenses aériennes vendues à grands frais par le Pentagone n’ont pu s’y opposer que partiellement. Les Iraniens ont poussé l’ironie jusqu’à frapper des hôtels américains à Dubaï, entraînant l’effondrement du tourisme dans la ville. Certes, on ne pleurera pas sur ce paradis fiscal où vivent les plus gros trafiquants de drogue d’Europe et des myriades d’influenceurs, venus notamment des banlieues françaises, aux revenus inversement proportionnels à leur niveau intellectuel. Mais tout cela fait désordre.
Le clou fut bien sûr le blocage du détroit d’Ormuz. Cette riposte iranienne parfaitement évidente avait été anticipée par les conseillers de Trump. Mais il balaya ce risque d’un revers de main, persuadé que le régime s’effondrerait aussitôt après l’attaque du 28 février. Maintenant, les Iraniens contrôlent peu ou prou le détroit, ont attaqué plusieurs cargos qui voulaient l’emprunter sans autorisation et provoquent l’immobilisation très coûteuse de la flotte américaine.
Le monde a alors découvert avec stupéfaction l’état lamentable de ladite flotte. Le porte-avions Abraham Lincoln a navigué près de 300 jours dont 200 sans escale. Les marins se sont partiellement révoltés et ont dénoncé pêle-mêle la nourriture avariée, de multiples problèmes de maintenance, des connexions internet aléatoires et une baisse de moral générale. Le récent mouillage à Pattaya en Thaïlande a en outre révélé d’importantes corrosions. Le Pentagone conteste une partie des témoignages mais comme ce sont ceux de ses propres marins, cela donne une idée de l’ambiance.
Ce n’est guère plus brillant pour le Gerald Ford. Après onze mois de déploiement, il a fallu le retirer du front et l’envoyer en Crète pour le réparer et reposer l’équipage. C’est le plus récent et le plus coûteux des porte-avions américains. Il a pourtant subi un incendie accidentel et des centaines de dysfonctionnements dans les toilettes ont exaspéré les marins qui ont fini par les boucher eux-mêmes et faire circuler des photos nauséabondes sur les réseaux sociaux. Le monde entier a pu ainsi en profiter.
Le pire fut pour le Harry Truman qui, en 2025, est entré en collision avec un cargo turc et a perdu deux F/A-18 tombés à la mer à la suite de défaillances des câbles d’arrêt. La marine américaine a dû faire venir en catastrophe un porte-avion de secours qui voguait au large de la Chine.
On lit souvent que les Etats-Unis sont la première puissance militaire du monde. Est-ce bien toujours le cas ?
