Comment retrouver une vie intérieure dans un monde qui nous pousse à nous disperser ? Moine trappiste, évêque de Trondheim, en Norvège, Mgr Erik Varden a été interrogé dans France Catholique par Fabrice Madouas. Extrait :
Comment entrer dans la prière et s’extraire du vacarme extérieur ?
Pour commencer, je donne souvent un conseil très simple : rester chaque jour dix minutes dans un fauteuil, sans rien faire, sans rien écouter, sans rien lire. Il s’agit de s’exercer à l’immobilité et à l’attention. Ce n’est pas forcément agréable. Au lieu de trouver le repos, on découvre parfois toute l’agitation que l’on porte en soi. Il faut s’efforcer au calme. Lire un chapitre entier d’un bon livre sans faire autre chose constitue aussi un bon exercice. C’était une pratique banale il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, nous éprouvons sans cesse le besoin de vérifier notre téléphone, nos courriels, nos notifications. L’attention se travaille, la régularité nous y aide. Il faut aussi revenir aux sources : les Écritures et les sacrements. Un sportif a besoin de s’abreuver régulièrement. Les Écritures sont à la prière ce qu’est la bouteille d’eau à celui qui s’entraîne. Les sacrements, eux, transmettent efficacement une vie nouvelle, la vie divine.
La « vie cachée » que vous évoquez dans votre livre d’entretiens n’est-elle pas réservée aux moines ?
Pas du tout ! Elle consiste d’abord à résister à la tentation de se montrer à tout moment. Publier sur Instagram ce que nous mangeons, nos vacances ou nos rencontres peut être amusant. Mais devoir constamment prouver que notre vie est réussie devient épuisant. Nous finissons par vivre superficiellement, dans l’attente de l’approbation des autres. Au risque, encore, de bien des désillusions ! Choisir la vie cachée, c’est se dire que je peux faire des choses pour elles-mêmes, parce qu’elles contribuent au bien de ceux que j’aime, me donnent de la joie ou du repos. Dans cette vie secrète, je retrouve le sanctuaire intérieur où Dieu se fait proche. L’Évangile parle souvent du secret : le trésor caché, le grain enfoui, la chambre dont on ferme la porte pour prier. Pour bien vivre avec les autres, il faut être enraciné dans sa propre réalité. Mais le dépouillement ne suffit pas : l’effort spirituel est toujours un élan vers l’autre, en vue d’une rencontre. Cela demande de la persévérance. Saint Benoît appelle l’office divin l’Opus Dei : l’œuvre de Dieu. Quand la cloche sonne à 3 heures du matin, dans un monastère, le réveil est parfois rude ! La prière est un vrai travail, mais un travail que l’on aime. C’est aussi pourquoi les moines vivent en communauté : nous avons besoin du bon exemple des autres pour rester fidèles.
