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Bioéthique

L’État, premier acteur du dérèglement bioéthique

L’État, premier acteur du dérèglement bioéthique

Lucie Pacherie, responsable plaidoyer France et porte-parole de la Fondation Jérôme Lejeune, signe une tribune dans Valeurs Actuelles :

En cette rentrée 2026, le dérèglement bioéthique s’accélère. Après l’accablante séquence estivale sur « l’aide à mourir », le Gouvernement poursuit son engagement à promouvoir des atteintes à la dignité humaine. Ce phénomène n’est pas anodin au seuil d’une année électorale. Plus que jamais, les transgressions bioéthiques sont utilisées comme des marqueurs « progressistes », pour rassembler.

Le ministère de la Santé planche sur les décrets d’application pour rendre effectives les premières euthanasies. Dans le même temps, il publie, le 7 septembre, la « Feuille de route santé sexuelle 2026-2030 ». Parmi les priorités politiques avancées : « l’extension du délai légal d’accès à l’IVG et la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG ».

Le 16 septembre, c’est l’Agence de la biomédecine, placée sous la tutelle de ce même ministère de la Santé, qui lance un tour de France pour recruter des donneurs de gamètes. L’objectif : répondre à la demande de gamètes, qui s’est multipliée par 8,5 depuis que la loi bioéthique de 2021 a fait de la PMA un moyen de procréer accessible à tous.

« Droit à » l’euthanasie, « droit à » l’avortement, « droit à » la procréation médicalement assistée. Derrière ces nouveaux « droits » se dessine un même basculement anthropologique. Les limites de la condition humaine sont perçues comme des obstacles que le droit et la technique doivent dépasser.

De la procréation à la mort, la logique de la maîtrise, de l’autonomie et de la volonté individuelle occupe le terrain au détriment des personnes vulnérables, dépendantes, différentes.

Un véritable hold-up de l’État

L’État n’est pas étranger à ce mouvement, il en est l’auteur. Il ne se contente pas « d’encadrer » ces pratiques : il les organise et les promeut. C’est un véritable hold-up de l’État sur ce qui constitue le plus intime et le plus grand de l’homme : procréer, mourir, s’adapter.

L’État s’est emparé de la procréation jusqu’à quémander les gamètes de nos jeunes, en leur faisant croire qu’ils devraient les donner comme ils donnent leur sang. Le don de gamètes n’est pas un don comme un autre : il conduit à engendrer une nouvelle personne, avec une histoire et une filiation.

En le présentant sous le registre de la générosité pour satisfaire les 10 000 personnes en attente de don, la campagne « Faites des parents » déconstruit l’acte d’engendrement en dissociant ses dimensions biologiques, juridique et affective.

L’État s’est emparé de l’enfantement. Seul l’enfant désiré et en « bonne santé » a le droit de cité.

Comment recevoir les « priorités politiques » du ministère sur la suppression des délais pour avorter et la clause de conscience spécifique, seulement quatre ans après avoir repoussé la limite à 14 semaines de grossesse, et deux ans après la constitutionnalisation d’une « liberté » d’avorter ?

La justification avancée de ces « priorités » est la « stigmatisation de l’acte d’IVG ». Après 50 ans de promotion de l’avortement à travers des lois permissives, jusqu’à sa célébration au Congrès, cela sonne faux.

D’autant plus dans un contexte de renversement démographique où la France affiche 645 000 naissances pour 651 000 décès en 2025, assorti de 251 270 avortements en 2024, auxquels il faut ajouter 6 000 interruptions dites « médicales » de grossesse.

L’État se souvient-il que « l’accueil de l’enfant dans la société et la politique familiale sont des obligations nationales » qu’il doit exécuter ?

L’intégration systématique de nouveaux tests de dépistage anténataux pris en charge pèse aussi lourd dans la balance de l’État. Des acteurs institutionnels, comme la ville de Paris, se prêtent à un lobbying pour légaliser un test triant les embryons porteurs d’anomalies chromosomiques comme la trisomie 21. Il ne s’agit pas d’autre chose que d’organiser la sélection des personnes, définition même de l’eugénisme.

Loi mortifère

Enfin, on le sait, l’État s’est emparé de la mort, dernière liberté à conquérir. La vigilance dans le suivi des décrets d’application chargés de toutes les modalités concrètes de l’acte létal est essentielle. Tout comme l’attention à nos proches vulnérables ou handicapés, dont le discernement vacille, et qui ne sont pas protégés de cette loi mortifère.

Le constat de cette rentrée est déplorable. Mais c’est sans compter l’empreinte laissée par le pape. Léon XIV a eu les paroles puissantes d’un chef d’État et d’une autorité morale. Il nous a redonné l’espérance et le souffle pour ne pas se résigner.

Parce que ce qui est « légal n’est pas forcément moral » et que le « discernement éthique » est plus que jamais nécessaire ; parce que « la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée » ; parce qu’« aucune loi ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité [chers malades, et que], vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité » ; parce qu’il ne faut pas avoir peur de « défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle » ; la Fondation Jérôme Lejeune poursuit son engagement au service de la Vie.

Le réalisme est sans doute la meilleure façon de retrouver des repères nécessaires pour reconstruire. C’est la raison pour laquelle l’équipe poursuit son Tour de France « Dérèglement bioéthique : les repères pour agir ». L’objectif : permettre aux Français, à travers une soirée ciné-conférence, de comprendre ces transformations et de découvrir des outils pour agir. Car le dérèglement bioéthique n’est pas inéluctable.

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