D’Antoine de Lacoste pour le Salon beige :
Il y a bien longtemps que les manifestations en Iran n’avaient pris une telle ampleur. Comme souvent, la presse occidentale s’est emballée, pensant que les jours du régime théocratique des mollahs étaient comptés.
Quelques centaines, ou plus probablement milliers, de morts plus tard, le constat est le même qu’auparavant. Un régime, aussi impopulaire soit-il, peut durer tant que sa répression est impitoyable. Il ne faut pas oublier les leçons de l’histoire.
Si le Mur de Berlin est tombé et si l’Union soviétique s’est effondrée provoquant la disparition du monde communiste, c’est parce que les derniers gardiens du temple ont renoncé à la répression. Si les gardes est-allemands, les fameux vopos, avaient tiré sur les premiers manifestants décidés à monter sur le Mur, les autres se seraient enfuis. Et si Gorbatchev avait poursuivi la politique de répression de ses prédécesseurs, le régime communiste aurait duré encore un peu. Le communisme sans la terreur ne pouvait que disparaître très rapidement.
Si l’on prend l’exemple de l’Iran, c’est tout aussi parlant. Le dernier Shah, n’a pas su choisir entre répression et ouverture en 1979. Sa politique de demi-mesures pour endiguer la révolution fut la pire : suffisamment de morts pour exaspérer les manifestants (dont beaucoup n’étaient pas islamistes d’ailleurs), mais pas suffisamment de répression pour obliger la foule à ne plus sortir de chez elle.
Cela peut sembler un peu cynique, mais c’est la loi du genre. Le régime des mollahs est largement détesté mais tant qu’il y a des policiers et des soldats décidés à tirer dans la foule puis à arrêter des manifestants dont beaucoup sont ensuite condamnés à mort, la théocratie sera très difficile à renverser.
La structure fondamentale du pouvoir iranien réside dans les gardiens de la révolution. Ils sont 120 000, bien armés et bien entraînés. Tant qu’ils ne changent pas de camp ou ne se divisent entre eux, les choses n’évolueront pas, car les mollahs s’abritent derrière cette force. Elle y trouve son compte bien sûr. Des pans entiers de l’économie iranienne lui appartiennent et ses dirigeants sont fort riches grâce à cette manne considérable dont la population est privée.
Pourquoi donc les gardiens de la révolution renonceraient à protéger un système qui les enrichit et dont ils sont, au fond, les vrais patrons ? Khamenei n’est rien sans eux. Il se terre dans son bunker pour ne pas connaître le sort de Nasrallah mais même sa mort ne changerait rien. Un autre enturbanné prendrait sa place et les gardiens de la révolution continueraient à toucher les dividendes du pétrole, du gaz et du caviar.
Dans ce contexte, pousser aux manifestations comme l’a fait le Mossad est criminel. « Nous sommes avec vous sur le terrain » a-t-il dit à l’intention des manifestants. Ce sont peut-être en effet des agents du Mossad que l’on a vus, vêtus de noir et masqués, tirant avec des armes de guerre sur des policiers. Des dizaines de membres des forces de l’ordre sont morts ainsi, renforçant encore ensuite la répression. L’échec est patent et malheureusement sanglant.
Donald Trump a beaucoup parlé, beaucoup menacé pour finalement affirmer qu’il n’intervenait pas parce que l’Iran renonçait à pendre 800 personnes. Cette fable n’a trompé personne : Téhéran n’est pas Caracas. Certes, des forces navales américaines considérables se sont rapprochées, porte-avion en tête. Mais pourquoi faire ? Comment intervenir ? Bombarder des casernes, des aérodromes, des sites nucléaires ? Cela ne changera rien et tout le monde le sait, l’Amérique en premier lieu.
Le régime se sent menacé puisqu’il a lâché du lest sur le foulard et tente par tous les moyens de contourner les sanctions, largement responsables de la crise économique et de l’inflation qui a jeté dans la rue des millions de gens, y compris les très islamistes commerçants du bazar, fer de lance de la révolution de 1979.
Pour autant, les manifestations n’ont rien changé et les menaces américano-israéliennes non plus. Nul ne sait ce qui pourrait déclencher une chute du régime, si ce n’est un effondrement interne. Comme toujours, ou presque.
Antoine de Lacoste
