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Tribune libre

L’ombre douce et le silence des agneaux: Plaidoyer contre l’anesthésie collective face à la fin de vie

L’ombre douce et le silence des agneaux: Plaidoyer contre l’anesthésie collective face à la fin de vie

« Le danger n’est pas la loi, c’est le soulagement qu’elle procure à ceux qui restent. »

Sergyl Lafont.

On nous murmure que la passivité est une sagesse, une sorte de politesse faite au progrès. C’est un mensonge de velours. En réalité, rien n’est plus addictif que ce lent glissement vers l’absence. On s’habitue au silence comme on s’habitue à une pénombre : au début, on plisse les yeux, puis on finit par croire que l’obscurité est la couleur naturelle du monde.

La proposition de loi portée par Olivier Falorni, qui vise à légaliser une aide active à mourir sous certaines conditions, s’avance précisément dans ce clair-obscur de nos consciences. Elle ne surgit pas dans un désert moral : elle arrive dans une société fatiguée, inquiète devant la souffrance, et tentée de confondre soulagement et solution.

Personne ne peut regarder sans trembler certaines douleurs extrêmes. Personne ne peut juger trop vite ceux qui demandent à partir. Dans une chambre d’hôpital, quand la fatigue devient plus lourde que les mots, la question de mourir n’est jamais une théorie. Elle est un vertige.

Mais c’est justement parce que cette question est tragique qu’elle engage toute la société.

Le paradoxe du « choix »

Sous le mot superbe d’« autonomie », se cache parfois une réalité plus rugueuse. Pour le fort, le bien-portant, le maître de son destin, le choix est une bannière. Mais pour le fragile ? Pour celui dont le corps s’effrite et dont la voix tremble ?

Dans une société qui a divinisé la performance et la rentabilité, l’autonomie peut devenir une injonction silencieuse. Elle risque de se transformer en un message implicite adressé aux plus vulnérables : puisque vous ne pouvez plus courir, pourquoi encombrer le chemin ?

Ce n’est pas la liberté qui menace alors. C’est la solitude.

La dignité n’est pas une île

On nous présente cette évolution comme l’ultime liberté. Mais la liberté sans la fraternité n’est qu’un abandon.

Le risque n’est pas seulement le geste autorisé.

Le risque est l’absence de regard.

Le danger n’est pas la loi elle-même.

Le danger est le soulagement qu’elle procure à ceux qui restent.

Une civilisation ne se juge pas seulement à sa capacité d’ouvrir des issues. Elle se mesure à sa force pour rendre le séjour supportable, même dans l’épreuve. Elle se reconnaît à la manière dont elle entoure ceux qui vacillent.

La tentation du moindre effort moral

Il est si tentant de se dire : « La loi est là, le cadre est fixé, je peux dormir tranquille. »

C’est là que commence l’anesthésie collective.
Peu à peu, nous risquons de déléguer notre compassion à un protocole chimique. De transformer le mystère de la fin en procédure administrative. D’évacuer la fragilité plutôt que de la porter ensemble.

Sortir de cette torpeur, ce n’est pas brandir des pancartes. C’est accepter d’être dérangés par la vulnérabilité d’autrui. C’est refuser la propreté clinique d’une solution qui dispense de présence.
Le réveil commence par un refus : refuser de croire que la compassion puisse se résumer à une issue de secours.
La vraie politesse de l’esprit, c’est l’attention. Et l’attention est le contraire exact de cette passivité douce qui nous berce.
Ne laissons pas le silence des lois couvrir le murmure des fragiles. 🕊️

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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