De Thibaud Collin dans L’Appel de Chartres :
[…] Lorsqu’une société, comme la France, apostasie sa foi chrétienne, elle renonce à recevoir la mesure ultime de sa vie de Dieu. Jésus est le Verbe fait chair et, à ce titre, il a tout en commun avec le Père et « par suite la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures » (Quas primas, n° 5) La royauté universelle du Christ repose donc sur l’ union du Verbe à la nature humaine.
Or « Dieu a tout créé par le Verbe éternel, son Fils bien-aimé. C’est en Lui ‘’qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre’’ » (CEC, n° 291) La nature dans son ensemble et la nature humaine reçoivent leur consistance et leur bonté de la Sagesse créatrice qui en est la source. Toute la dynamique de l’agir humain, individuel et collectif, est donc fondé sur les grandes inclinations vers des biens fondamentaux, inclinations immanentes à la nature de l’homme. Telle est ce que l’on nomme la loi morale naturelle. Nous comprenons ainsi qu’une des modalités essentielles du règne du Christ sur la société est le respect de la loi naturelle par le gouvernement, le législateur et le peuple. Que devient une société qui refuse explicitement de rendre un culte public à Dieu, et par là de Le reconnaître comme le fondement ultime de toute autorité sociale et politique ? Cette société se coupe de sa source et plonge inéluctablement dans l’injustice systémique et le désordre.
Notre régime politique est fondé sur un tel refus, à savoir le laïcisme. Dire cela ne veut pas dire que le régime antérieur était parfait, loin s’en faut ! En effet, il ne suffit pas de reconnaître officiellement la royauté du Christ pour que la société soit indemne de toute injustice. La royauté sociale du Christ n’est pas encore l’avènement plénier du Royaume de Dieu qui se révélera à la fin des temps.
La laïcité maçonnique est synonyme de libre-pensée, c’est-à-dire qu ’elle repose sur l’affirmation de la souveraineté absolue de la raison et de la liberté humaines. Les lois permissives qui déferlent depuis près de soixante ans ne sont que la conséquence directe du refus de reconnaître la loi morale naturelle comme mesure du juste et du bien. Et ce refus a pour racine la volonté politique de construire une société sans Dieu. La foi chrétienne, au même titre que toutes les autres croyances ou options spirituelles, est cantonnée dans la sphère privée ou associative. Tout ce qui relève des institutions publiques doit être neutre religieusement et donc aussi à terme neutre anthropologiquement et moralement. Cette neutralité éthique de l’Etat, résultat logique de la laïcité maçonnique, ne peut engendrer que le nihilisme libertaire.
Il est urgent que les catholiques se libèrent de cette cage mentale pour honorer et promouvoir à temps et à contretemps le bien et le juste. Nietzsche, qui n’est certes pas un père de l’Eglise, l’avait dit. Si « Dieu est mort », le monde humain est comme la Terre sortie de son orbite. Si au commencement n’est pas le Logos, alors tout est condamné à retourner au Chaos.
