Suite à la chaleur de l’été, le niveau des fleuves recule, des rochers réapparaissent à la surface de l’Elbe, du Danube ou encore du Rhin. Comme l’indique Le Monde diplomatique, ils révèlent parfois des dates, gravées lors de précédentes sécheresses sévères : 1616, 1746, 1842… Des épisodes caractérisés par des récoltes catastrophiques, une flambée des prix et des pénuries.
La Tamise ainsi que le Pô affichaient les débits les plus faibles « pour un mois de juillet en trente-quatre ans de mesures », selon l’observatoire européen du changement climatique Copernicus. En France, une Seine « sous perfusion » doit désormais « la moitié de son débit » aux lacs-réservoirs installés en amont du fleuve et de ses affluents, en Champagne et en Bourgogne. Quarante pour cent des petits cours d’eau surveillés subissent des ruptures d’écoulement et 92 départements ont édicté des restrictions sur l’usage de l’« or bleu ». Son cycle est perturbé par l’artificialisation des sols et des pratiques agricoles qui favorisent le ruissellement et compliquent le rechargement des nappes phréatiques. L’impact sur les cultures s’avère d’ores et déjà dramatique. Le service des statistiques du ministère de l’agriculture français chiffre la baisse de la récolte de maïs à 35% en 2026, soit le volume le plus bas enregistré depuis 1980. «Il y a un risque de pénurie dans les rayons de certaines espèces, explique M. Cyril Pogu, coprésident de la fédération Légumes de France. On a des pertes très importantes qui vont jusqu’à 100% sur les salades, brocolis, poireaux ou encore les choux et les radis… » En Belgique, « on parle facilement de 10 à 30% de baisse de rendement» dans les céréales, estime M. Guillaume Van Binst, secrétaire général de la Fédération des jeunes agricuteurs. Même constat chez les cultivateurs britanniques.
Ce tableau vient noircir un horizon déjà assombri par le conflit russo-ukrainien : l’Ukraine fournissait avant la guerre près de la moitié des céréales et un quart de la volaille importés en Europe. Ensemble, la Russie et l’Ukraine comptaient pour 30 % des exportations de blé et environ le même pourcentage des exportations d’orge. Or Moscou frappe les navires ukrainiens et impose un blocus de ses ports en mer Noire, par où transitaient 90 % de ses exportations agricoles. Kiev n’est pas en reste, attaquant les ports russes et leurs silos à grains. Les flux de céréales en sont gravement perturbés.
A cela s’ajoute le conflit américano-iranien. Outre l’urée, engrais azoté dont l’Iran, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et Bahreïn fournissent collectivement plus d’un tiers des exportations mondiales, la région du Golfe assure près de la moitié du commerce international de soufre. The Mosaic Company, un géant agricole américain, a récemment cité la flambée des coûts de cette dernière ressource comme la principale raison de sa décision de réduire la production d’engrais phosphatés dans ses usines aux États-Unis et au Brésil. La fermeture du détroit d’Ormuz ne constitue « pas uniquement un choc énergétique, mais un choc systémique qui affecte l’ensemble du tissu agricole mondial».
L’ensemble de ces dysfonctionnements économiques ne manquera pas de se répercuter sur les rendements agricoles, notamment celui des céréales exigeantes en engrais.
Les politiciens engagés dans la campagne qui s’annonce sont-ils conscients du drame qui arrive ?
