Éditorial d’Olivier Frèrejacques dans Liberté politique :
Le scrutin municipal de 2026 a donné lieu à une fragmentation probablement inédite depuis le début de la Cinquième République. S’il n’y a pas de grand gagnant dans ces élections, des tendances se dégagent, porteuses d’espoir mais aussi d’inquiétudes pour le pays.
C’était normalement la dernière élection directe de l’ère Macron avant la présidentielle de 2027. Après neuf ans de présidence, un constat s’impose : si Emmanuel Macron a su se maintenir au pouvoir, il n’a pas créé un mouvement de masse ni une véritable famille politique.
Le macronisme n’est pas vendeur, LR résiste bien
Les troupes macronistes, menées par Gabriel Attal, ont remporté deux grandes villes : Bordeaux et Annecy, où d’anciens ministres évinc ent des élus écologistes. Loin d’être un succès populaire, ces deux gains s’ajoutent à des dizaines de villes de taille plus modeste.
Un constat s’impose pour Renaissance : l’étiquette Macron ne vend pas et l’avenir passera par des alliances, car les victoires ne s’opèrent presque qu’avec le soutien ou l’absence de la droite LR et des autres partis centristes (Horizons et MoDem). Les étiquettes centristes paient d’ailleurs assez mal car, si l’on met de côté la réélection peu glorieuse d’Édouard Philippe au Havre, il convient de mettre dans la balance la défaite du patron du MoDem et ancien Premier ministre François Bayrou à Pau.
Au centre droit, Les Républicains de Retailleau surnagent et se maintiennent dans l’essentiel de leurs bastions, progressant même en remportant quelques victoires historiques à Cherbourg et Besançon.
Les socialistes et leurs alliés tiennent bon, LFI fait des coups
La triple victoire à Paris, Lyon et Marseille est un symbole fort pour la gauche qui, unie, parvient à se maintenir dans les plus grandes villes du pays. Que ce soit avec les Insoumis à Lyon ou sans dans les deux autres, ces victoires seront utiles pour jouer les contrepoids en cas d’élection d’un candidat de droite en 2027, comme cela a pu être observé aux États-Unis.
À Lyon, la défaite de Jean-Michel Aulas engage la responsabilité de l’homme d’affaires, dont la campagne a été jugée très faible. À Marseille, la sociologie pesait probablement trop lourd sur le scrutin, comme à Paris.
LFI, de son côté, peut nourrir des regrets pour Toulouse, ville qui lui semblait acquise avec le soutien du reste de la gauche. En revanche, le parti mélenchoniste avance ses pions dans des villes comme Roubaix, Creil, Vaulx-en-Velin, Vénissieux et Saint-Fons.
C’est là une donnée incontournable de ce scrutin : la question ethnique, rarement évoquée sur les plateaux de télévision, mais qui s’impose dans les urnes.
Le RN progresse mais peine dans les grandes villes
Avec plus de 70 maires, l’attelage RN/UDR a indéniablement progressé. Si des villes comme Nîmes ou Toulon semblaient prenables, le parti présidé par Jordan Bardella a dû se contenter d’une réélection à Perpignan et d’environ 70 communes de plus de 3 500 habitants. Il s’enracine dans le bassin minier avec 14 villes dans le Pas-de-Calais, mais aucune dans le Nord voisin, en dépit de la présence de 6 députés et d’un sénateur.
Parmi les nouvelles prises du RN : La Seyne-sur-Mer, plus de 60 000 habitants, mais aussi Carcassonne et Cagnes-sur-Mer.
L’allié du RN, l’UDR d’Éric Ciotti, signe une victoire retentissante à Nice et conserve la ville de Montauban. La progression du RN concerne également le nombre de conseillers municipaux. S’il parvient à réussir aussi bien dans toutes les villes conquises en 2026 que dans celles prises au cours des 12 dernières années, il pourra prétendre à un véritable ancrage local. Mais, pour cela, le parti devra rompre avec une forme de centralisme et éviter l’implosion.
Pas de grand gagnant ni de grand perdant pour ces élections municipales, mais des tendances autrefois marginales qui prennent de l’ampleur : la fragmentation du paysage politique et la disparition du bipartisme local. La première répercussion du scrutin devrait avoir lieu en septembre avec les élections sénatoriales, qui pourraient renforcer le contingent de sénateurs RN, tandis que la droite LR devrait confirmer son statut de premier groupe à la Chambre haute. La gauche et le centre pourraient, eux, être encore davantage affaiblis.
