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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Notre-Dame de Fatima au Kremlin

Notre-Dame de Fatima au Kremlin

« Nous ne croyons pas qu’il soit lointain, ni qu’il soit simplement un rêve, ce jour grandiose ou la statue de l’immaculée, trônera grâce à ses missionnaires, au cœur, même de Moscou [1]», c’est ainsi qu’en 1937, le père Maximilien Kolbe s’adressait à ses compagnons de la milice de l’Immaculée, lors d’une conférence à Rome.

Le 1er juin dernier à Moscou, dans la salle de la grande Catherine, au palais du Sénat du Kremlin, une statue pèlerine de Notre-Dame de Fatima, était offerte au président, Vladimir Poutine, par Fabrice Sorlin, père de famille français en remerciement de la médaille « mère, héroïne », que le président venait de remettre à son épouse Isabelle, mère de 10 enfants.

1917–2026, plus d’un siècle d’écart et les destins liés de Fatima, de la Russie et du monde.

Tout a commencé en 2021, quand une poignée de pèlerins, une dizaine à peine, entreprit de partir en direction de Moscou, depuis le Portugal, en portant sur leur dos, une vierge pèlerine de Notre-Dame de Fatima, bien décidés à atteindre la Russie et à la remettre au président lui-même. Douce folie, leur disait-on d’un ton indulgent. Mais n’est-ce pas avec une poignée d’hommes que l’Évangile s’empara du monde au début de l’ère chrétienne ?

Ils cheminèrent donc par étapes. Chantant et priant, puis repartant chez eux pour revenir quelques mois après, reprendre la route interrompue où ils l’avaient laissée. Leur Compostelle à eux. Sur quatre ans. À travers sept pays et plus de 8 000 kms. Inconnus et seuls, portés peut-être par la Vierge, autant qu’ils la portaient, avec pour unique but de l’emmener à Moscou. Mais la Russie était en guerre et y entrer impliquait des contraintes administratives et autres, auxquelles ils ne connaissaient rien. C’est ainsi qu’ils se mirent en contact avec quelques catholiques de Moscou, dont celui qui devait des mois plus tard achever pour eux ce pèlerinage, en entrant au Kremlin, avec la « belle dame » de Fatima. Un jour donc ils passèrent la frontière, et posèrent leurs bâtons sur le sol russe.

Mais désormais comment faire ? Et que faire de leur chère statue qu’ils portaient depuis tant de mois et qui, arrivée enfin à destination, se contentait d’un vague coin d’une minuscule chapelle moscovite, voyant à peine passer une ou deux familles par dimanche ? Comme à Bethléem, les portes ne s’étaient pas ouvertes à son arrivée, et elle était là dans son humble réduit. Sans faste.

En 2024, les pèlerins accédèrent à la demande de la famille Sorlin de leur laisser la statue à demeure. Il s’agissait de la sortir de sa solitude et de la prier quotidiennement. Ainsi, pendant plus d’un an, elle trôna dans la maison familiale et les enfants, chaque soir, recueillaient son sourire en lui disant bonsoir. Après, eux, une autre famille réclama ce privilège et voilà notre statue reprenant son pèlerinage.

Jusqu’à ce fameux mois de juin 2026. Depuis quelques semaines, déjà, une de ces familles se préparait en effet à recevoir la médaille de la « mère héroïne » ancienne distinction de l’époque soviétique, remise à l’honneur par Vladimir Poutine, dans les années 2000. Or, fait exceptionnel, cette distinction devait pour la première fois de son histoire, être décernée à une famille d’origine étrangère (française), et ce fut pendant des jours et des jours, la valse des documents, des certifications et de différentes preuves administratives, scolaires, sportives et autres, prouvant que cette famille pouvait bel et bien recevoir ce titre, qui est avec le titre « Héros de la Fédération de Russie » et le titre « Héros du Travail », la plus haute distinction en Russie.

Enfin, un jeudi de fin mai, précédant l’obtention de la médaille, un car spécialement affrété vint chercher cette famille et l’emmena à l’hôtel Président, proche du Kremlin, où elle fit connaissance avec les huit autres familles, venues de tous les coins de Russie, trois pour recevoir également le titre de « mère héroïne » et cinq pour celui de « la gloire parentale ». Quatre jours de petite « quarantaine » pour des raisons de sécurité dans un pays où, contexte géopolitique oblige, approcher le président n’est pas chose facile.

Afin de préparer le déroulement de la cérémonie, une réunion est donc prévue entre un responsable de l’Administration présidentielle et les familles. Réunion traitant surtout des grandes lignes du protocole et du déroulement de la fameuse journée. « Si vous le désirez, vous pourrez lors de la cérémonie, remettre un cadeau personnellement, au président… » Un cadeau… Le mot résonne aussitôt dans le cœur de ce père de famille qui se tourne vers sa femme et lui lance, comme une évidence : « Offrons-lui la statue de Fatima. »

Dans un pays comme la Russie, profondément enracinée dans une tradition orthodoxe millénaire et fière de son héritage spirituel, évoquer Fatima et le message de la Sainte Vierge peut relever de la gageure. Alors, offrir la statue de Notre-Dame de Fatima au président lui-même aurait pu paraître, humainement parlant, un pari presque impossible. Mais était-ce possible qu’en octobre 1917, le soleil parte en course folle au point de sembler se décrocher du ciel et de tomber sur terre ? Certains événements ne nous appartiennent pas. C’est ainsi qu’il fallait le comprendre et le vivre. La Vierge avait fait son long voyage depuis Fatima pour venir en Russie, il était temps pour elle de finir son chemin.

« Je pense qu’on verra l’emblème de l’Immaculée flotter jusque sur le Kremlin et rayonner à partir de là : en un mot elle sera vraiment la reine de chaque cœur. [2]»

Le 1er juin 2026 donc, toute la famille se préparait à la cérémonie officielle retransmise en direct sur les grandes chaînes russes. Il était temps de partir, et déjà les bus spéciaux stationnaient devant l’hôtel, quand une personne du staff sécurité vint leur annoncer que, pour des raisons de « détection d’une infection respiratoire » après les tests réalisés le matin même, deux des enfants, le bébé et une petite de 13 ans, ne pouvaient participer à la cérémonie et devaient rester à l’hôtel. On imagine le coup de tonnerre dans le ciel familial. Et c’est avec tristesse que le départ s’organise pour les autres. On descend dans le hall, on passe les tests de sécurité du FSO, le Service fédéral de protection (le service de sécurité présidentiel) et l’attente du départ se fait moins joyeuse. Là-haut dans une chambre, une petite jeune fille pleure en gardant sa petite sœur. Dans le bus la maman demande aux enfants d’avoir une prière pour leurs sœurs restées seules. Celle-ci monte de leurs cœurs vers la Vierge de Fatima. Qui sait ?

Arrivées au Kremlin et dirigées vers un salon en rotonde attenant à la grande salle, les familles se voient installées à des tables garnies et prises en main chacune par un serveur. Les caméras commencent à arriver. La presse entame son jeu. Et dans le brouhaha des interviews et les mouvements des uns et des autres, le temps se fige soudain pour notre famille française. Nikolaï vient de leur annoncer « vos filles arrivent, un car est parti les chercher en urgence. Le président, mis au courant de leur absence a donné un ordre strict. On ne sépare pas les familles, allez chercher les enfants malades ».

Alors cet après-midi-là au Kremlin, après que sa femme eut reçu son titre, le père de famille prit la parole et, après avoir remercié le président de ce titre de « mère héroïne », qu’il considérait comme un honneur, demanda à celui-ci la permission de lui offrir la statue de « celle qui était la plus grande de toutes les mères héroïnes et la mère de toutes les mères héroïnes ».

C’est ainsi que la Vierge entra au Kremlin.

Et de même qu’une jeune fille fut son interlocutrice à Lourdes, et trois jeunes bergers ses messagers à Fatima ; de même qu’à Pontmain elle ne se montra qu’aux enfants, et qu’à La Salette elle pleura devant deux tout-petits, ainsi, à Moscou, la Sainte Vierge choisit une fois encore de passer par des enfants pour toucher le monde.

Il y a quelques jours c’est sur un des hauts lieux d’une de ses apparitions, à Lourdes, que le pape Léon XIV s’est rendu, redisant à la France les paroles de l’Évangile. Un des cardinaux français responsable de cette venue, et désireux de parler au pape de cet évènement, avait tenu à transmettre ses « encouragements et ses remerciements » à cette famille de France pour la remise de la statue de Notre Dame.

Celle que certains appellent déjà Notre Dame du Kremlin, en entrant dans ces murs, y fit entrer l’Espérance.

 

[1] Cité dans l’Osservatore Romane du 14-15 février 1937

[2] Père Maximilien Kölbe, 6 juin 1931, dans une lettre adressée au Père Cornelius Czupryk.

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