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Valeurs chrétiennes : Education

Notre défense de la liberté scolaire ne peut reposer sur le seul rappel de notre républicanisme

Notre défense de la liberté scolaire ne peut reposer sur le seul rappel de notre républicanisme

D’Anne Coffinier, présidente de Créer son école, dans La Nef :

Les écoles privées hors contrat ont longtemps été mal vues par une partie de l’Enseignement catholique et des évêques. Elles étaient assimilées aux milieux traditionalistes et jugées antirépublicaines. On les soupçonnait d’être des entreprises d’entre-soi, de refuser l’autorité de l’évêque comme celle du recteur. La querelle liturgique a entretenu cette défiance. C’est en train de changer, notamment sous l’impulsion du Secrétaire général de l’Enseignement catholique. Le 15 septembre dernier, j’intervenais pour expliquer ce que le hors contrat pouvait apporter à l’Enseignement catholique devant tous les directeurs diocésains de France réunis en assemblée plénière.

Que s’est-il passé? En 25 ans, les écoles hors contrat ont été multipliées par 9 pour représenter 2665 établissements dont 17 % de catholiques. Il a été constaté que 72 % d’entre elles étaient aconfessionnelles, que nombre d’entre elles s’occupaient des élèves rejetés par le système scolaire, que bien des vocations sacerdotales ou des familles engagées dans les paroisses en étaient issues. Ces écoles sont même devenues d’utiles lieux de rencontre entre différentes sensibilités catholiques et d’évangélisation de familles attirées par la cohérence académique et éducative qu’elles proposent.

Depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’évêques les encouragent à rejoindre l’Enseignement catholique. Le moment semble venu d’une fertilisation croisée plus assumée entre hors et sous contrat. Cela ne remet aucunement en cause le choix préférentiel de l’Enseignement catholique pour le sous contrat, considéré comme sa « forme ordinaire ». Mais il serait bien déplacé de croire que la catholicité procède du contrat. L’école catholique ne tire ni sa légitimité ni la preuve de son utilité sociale de la contractualisation avec l’État. L’Église, mater et magistra, est légitime à enseigner, ne serait-ce que parce que lutter contre l’ignorance est l’une des premières formes de solidarité envers le genre humain. Le contrat ne donne aucune garantie contre l’entre-soi, pas plus que le hors contrat n’y condamne. Mais c’est en se battant ensemble pour faire reconnaître la légitimité de la liberté d’enseignement sans laquelle l’esprit humain et les libertés publiques régressent, mais aussi pour obtenir l’égalité financière d’accès à l’école libre, que nous parviendrons à ouvrir nos écoles catholiques à tous. Pour cela, il faut une stratégie de différenciation par rapport à l’école publique, et non d’alignement.

Alors que le nombre d’enfants à scolariser diminue fortement et que les finances publiques se raréfient, la bienveillance de l’État envers l’école catholique se volatilise. L’Éducation nationale voudra tous les élèves et moyens budgétaires pour elle, en ces temps de crise. François Jarraud, rédacteur en chef du Café pédagogique, posait récemment la question: « Avec la chute démographique, a-t-on encore besoin de l’enseignement privé ? » Si l’enseignement privé n’est qu’un délégataire du service public, la réponse est effectivement fragile. Mais s’il tire sa légitimité de son caractère propre, donc de sa spécificité éducative, la perspective devient tout autre. Notre défense ne peut donc reposer sur le seul rappel de notre républicanisme. Il nous faut montrer ce que l’école catholique apporte de spécifique: la réponse au besoin de transcendance, le souci de la vérité, la transmission du cœur de notre civilisation européenne, une coopération féconde entre familles et école, et l’attention à la singularité de chaque enfant, loin de toute standardisation inhumaine du traitement des enfants.

Dans ce contexte, le hors contrat peut être un allié. Les établissements sous contrat ont intérêt à ouvrir des classes hors contrat lorsque l’État refuse de financer leur croissance ou leur reprend injustement des moyens. Face à la volonté de l’État d’endiguer l’essor de l’école catholique, la création de classes hors contrat au sein du souscontrat constitue le meilleur moyen d’instruire un maximum d’enfants, et d’inciter l’Enseignement catholique à cultiver ses libertés éducatives. De plus, cela contribue à démontrer l’existence d’un « besoin scolaire reconnu », étape indispensable pour obtenir de l’État un contrat supplémentaire. Ainsi développer des classes hors contrat n’est pas faire le deuil des financements publics dus, mais tout au contraire renforcer nos chances de les obtenir. Le moment est donc venu d’une convergence des luttes entre hors contrat et sous contrat pour que s’affirment des écoles catholiques, libres et combatives, soucieuses d’accueillir tous les enfants et de transmettre joyeusement la connaissance et l’amour de Dieu.

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