Artiste, sculpteur d’icônes orthodoxes, conférencier, écrivain, podcasteur, le Canadien Jonathan Pageau, issu d’une famille protestante, est un farouche critique de l’individualisme postmoderne. Mgr Robert Barron, évêque catholique de Winona-Rochester (États-Unis) et ardent évangélisateur sur Internet, le cite régulièrement dans ses conférences. Interrogé dans le JDD, Jonathan Pageau déclare :
On constate dans tous les domaines un retour de la verticalité, c’est-à-dire l’abandon des différentes approches réductionnistes comme explications suffisantes de la réalité. On voit donc une résurgence des identités, que ce soit dans la postmodernité ou bien dans un retour vers les traditions. Je pense que nous vivons actuellement la fin de la période de modernité et de rationalisme ouverte par les Lumières en Europe dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Il y a un espace spirituel qui s’ouvre et une certaine forme de « réenchantement » général. Ce réenchantement n’est pas que positif : il englobe aussi la consommation de drogues psychédéliques et d’opioïdes, les croyances païennes, mais aussi – et c’est pour le coup un motif d’espoir – le retour du christianisme.
Justement, la France connaît un relatif réveil des consciences catholiques, lequel se traduit entre autres par une hausse importante des baptêmes d’adultes ou encore par les fréquentations record des pèlerinages de Chartres et de Saint-Jacques-de-Compostelle d’année en année. Est-ce une tendance que l’on constate également outre-Atlantique ?
Dans le monde anglophone, les statistiques montrent encore un certain déclin de la pratique religieuse en général. Mais les statistiques démontrent aussi une augmentation marquée du retour à l’église chez les jeunes gens souvent éduqués et instruits. Leur pratique est aussi davantage liturgique, parfois plus traditionnelle. Ceci est un exemple du retour à la verticalité dont je parlais précédemment. Il y a un désir de participation, notamment chez les jeunes générations, en particulier les hommes. Je dirais que c’est une génération qui a reçu un certain trop-plein : libération des mœurs, accès à la pornographie, divertissement jusqu’à l’excès. Ces jeunes hommes sont tellement « engorgés » et malades qu’ils se trouvent aujourd’hui dans une quête profonde de sens.
L’attirance pour le rite traditionnel se comprend très bien : depuis la seconde moitié du XXe siècle, les églises (évangéliques, protestantes et catholique) en Amérique et en Angleterre ont fait beaucoup d’efforts pour s’adapter au monde contemporain, espérant ainsi « fidéliser » les croyants. Mais une fois que ces derniers sont partis, ce genre de compromis n’a plus d’attrait. Si les croyants reviennent aujourd’hui à la pratique, ils veulent le rite authentique et traditionnel, l’encens et l’iconographie, et non un médiocre concert à la guitare. […]