Vous l’avez probablement lu.
Le 19 mars, jour de la Saint-Joseph, l’évêque belge d’Anvers, Mgr Johan Bonny, a annoncé dans une lettre pastorale son intention d’ordonner prêtres des hommes mariés d’ici 2028, argumentant ce choix par le manque de vocation dans son diocèse.
Par ailleurs, il affirme vouloir s’atteler à l’ordination des femmes :
« Un point difficile reste la demande de rendre le sacrement de l’ordre accessible aux femmes, à commencer par l’ordination diaconale. » « L’alternative à l’ordination ne peut pas simplement être la “non-ordination”. »
Sans vouloir faire le tour du sujet dans cet article, voici quelques commentaires.
L’Évangile nous dit :
Matthieu 19, 12 : « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! »
Luc 18, 29-30 : « Jésus déclara : “Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause du royaume de Dieu, une maison, une femme, des frères, des parents, des enfants, sans qu’il reçoive bien davantage en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle.” »
Si vous voulez lire une histoire édifiante :
Alors que nous parlons d’ordonner prêtres des hommes mariés, je vous conseille de lire l’histoire de père Jean et de mère Claire. De leur nom de baptême, ils s’appelle Claude d’Elbée (1892-1982) et Louise de Sèze (1894-1980).
Le père Jean est connu pour avoir écrit le livre Croire à l’amour, qui a eu un grand succès et que l’on trouve encore en librairie. Il nous édifie sur l’amour de Dieu à l’école de sainte Thérèse de Lisieux.
Claude et Louise se sont mariés le 31 janvier 1918, dans un vrai mariage d’amour, mais ont reçu ensuite l’appel à se donner pleinement au Seigneur, lui comme prêtre et elle comme carmélite. Après la confirmation de cet appel et le choix d’y répondre, elle est entrée au Carmel de Louvain en 1921, et lui est devenu prêtre chez les pères du Sacré-Cœur de Picpus à Paris. Il a été ordonné le dimanche 2 août 1925.
Au moment de se quitter, ils ont laissé leurs alliances en ex-voto à Paray-le-Monial, pour que seul Jésus les unisse. Ils ont donc choisi la continence pour le Royaume, dans l’état du mariage, en vivant séparés.
Remarquons que plusieurs des apôtres et des premiers évêques ont eu un parcours similaire. En effet, certains comme saint Pierre étaient mariés avant leur appel et leur choix de se rendre « eunuques pour le Royaume ». C’était au début de l’Église, au moment où le célibat sacerdotal est devenu une évidence. Le père Jean et la mère Claire, vivant au siècle dernier, peuvent donc nous aider à comprendre ce choix du célibat sacerdotal.
Ils ont gardé une grande discrétion sur leur parcours particulier durant toute leur vie. Cependant, à la fin de sa vie, Mère Claire a fini par écrire leur histoire, pour éviter toute confusion, et encourager ceux qui ont « quitté femme ou mari » pour le Royaume.
Leur mariage a toujours été considéré comme valide, mais ils ont vécu toute leur vie séparée, par amour du sacerdoce et de la vie consacrée. Puisse cette offrande de leur vie encourager tous ceux qui ont fait ou qui feront le choix d’être « eunuques pour le Royaume ».
Vous trouverez l’introduction de leur biographie ici : https://excerpts.numilog.com/books/9782307091554.pdf
Le livre entier s’achète encore en eBook : https://www.furet.com/ebooks/histoire-de-deux-vocations-qui-n-en-sont-qu-une-pere-jean-et-mere-claire-louise-d-elbee-claire-marie-du-coeur-9782307091554_9782307091554_1.html
En ce qui concerne le projet d’ordination des femmes :
Si l’évêque d’Anvers dit qu’il veut ordonner des femmes, c’est probablement qu’il doit avoir des candidates, prêtes à choisir la virginité et le célibat, comme le font les prêtres, et à œuvrer pour la prière et la sanctification du peuple de Dieu. Des femmes qui ne perçoivent pas l’appel à entrer dans des monastères ou des communautés, mais à vivre leur consécration au milieu des fidèles et à leur service.
Dans ce cas-là, connaît-il l’existence de l’Ordo Virginum, ou Ordre des Vierges consacrées ?
Un Ordre qui remonte aux premiers temps de l’Église, puis qui a été en déclin à partir de la chute de l’Empire romain et des instabilités qui s’en sont suivies. La chrétienté médiévale n’a pas jugé utile de le restaurer, mais les nécessités missionnaires des deux derniers siècles lui ont donné un nouvel essor. Des grandes figures de Vierges consacrées ont été sainte Geneviève, sainte Marcelline et sainte Agnès.
https://ordovirginum.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_vierges_consacr%C3%A9es
Cet évêque pourrait proposer à ces femmes la consécration dans l’Ordre des Vierges : une cérémonie publique avec l’évêque, qui a des tonalités entre les vœux religieux, l’ordination et le mariage, mais qui est encore autre chose. Et ensuite, à lui de solliciter l’aide de ces femmes pour les nécessités de son diocèse, comme par exemple : de soutenir les groupes de prière, d’accompagner la transmission de la foi, de veiller à rendre nos Églises accueillantes, de susciter et d’accompagner les vocations sacerdotales et consacrées, etc.
À ce propos, vous savez sûrement que le Synode sur la Synodalité, qui a eu lieu de 2021 à 2024, a laissé la place à 15 groupes de travail qui ont visiblement beaucoup travaillé depuis (vu la longueur des documents) et qui sont en train de rendre leurs rapports finaux ces semaines-ci (5 sont déjà sortis à la date du 24 mars 2026) :
https://www.synod.va/en/the-synodal-process/phase-3-the-implementation/the-study-groups/final-reports.html
J’aurais été content que, dans celui sur la participation des femmes dans la vie et le gouvernement de l’Église, ils réfléchissent au devenir et à l’intérêt de l’Ordo Virginum. Je n’ai rien vu à ce sujet. Probablement un oubli… À moins que cela soit prévu dans un autre rapport non encore publié.
À ce sujet du Synode sur la synodalité, on remarque que ce terme se retrouve un peu partout désormais dans le langage ecclésiastique. J’avais écrit un article sur la notion de synodalité à la lumière de saint Jean Chrysostome (dont une citation a été utilisée abusivement). Je remets le lien, si cela intéresse certains :
https://lesalonbeige.fr/synode-st-jean-chrysostome-utilise-abusivement-pour-rendre-synonymes-eglise-synode-et-marcher-ensemble/
https://sagessechretienne.fr/2024/09/28/synode-sur-la-synodalite-errare-humanum-est/
En ce qui concerne son projet d’ordonner des hommes mariés :
Mon expérience, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes qui sont prêts à vivre le célibat consacré, ou au moins à l’envisager pour une certaine durée. Mais personne ne les appelle.
Souvenons-nous que lors de l’évangélisation des premiers siècles de l’Église, ils étaient nombreux à avoir choisi le célibat pour le Royaume sans pour autant être prêtre ou évêque. Cela répondait aux nécessités d’un monde à évangéliser comme celui d’aujourd’hui. Et la plupart n’était pas religieux ou moines, car les ordres monastiques n’ont pris leur essor qu’à partir du troisième siècle, à partir du désert d’Égypte.
Pour tout dire, j’ai moi-même choisi le célibat pour le Royaume, ni comme prêtre, ni comme religieux, mais parmi les laïcs pour être disponible pour la prière et la mission. Je l’ai choisi par des promesses (ou vœux privés), comme l’ont fait Pauline Jaricot, Bartolo Longo, Pierre Goursat, et bien d’autres. Parmi ceux que j’ai cités, deux d’entre eux ont ensuite été conduits à une autre forme de consécration ; mais ce fut une étape essentielle dans leur parcours.
Or je constate que les autorités diocésaines se soucient trop peu de ce genre d’appel. Elles devraient. Car cela permet d’avoir des missionnaires et des chrétiens engagés pour aider les prêtres qui en ont bien besoin. Cela développe l’amour du célibat consacré pour le Royaume. Et cela permet à certains d’envisager plus sereinement l’appel au sacerdoce ou à la vie consacrée.
Aujourd’hui, de nombreux jeunes convertis se posent la question du sacerdoce ou d’un appel à la vie consacrée. Un prêtre me disait que les propédeutiques reçoivent ces temps-ci beaucoup de demandes. Mais la marche à franchir pour entrer au séminaire est parfois trop haute. Par ailleurs, certains qui sortent d’années sabbatique en écoles de vie ou autres formations chrétiennes (Philanthropos, etc) peinent à trouver des lieux de vie chrétienne missionnaire. C’est aussi le cas de ceux qui ont passé quelques années dans des communautés ou séminaires, et qui se retrouvent pour diverses raisons à nouveau dans le monde.
Mon avis est que les diocèses devraient appeler des jeunes (et moins jeunes) qui cherchent à suivre davantage le Seigneur, et sont prêts à envisager le célibat consacré par des vœux privés temporaires, dans des foyers ou colocations priantes et missionnaires. Selon leurs formations, certains pourraient même accéder aux ordres mineurs ou aux divers ministères laïcs institués. Ce serait pour eux une étape essentielle dans leur parcours, et pour l’Église une réponse à ses besoins actuels, notamment en ruralité.
L’Église saura-t-elle appeler des ouvriers à la moisson ?
Après quelques temps à vivre ainsi comme consacrés dans le monde, certains feront très certainement un autre choix vocationnel : séminaire, vie religieuse, ou mariage. Et il est probable que certains décideront de rester célibataires consacrés dans le monde (laïcs consacrés) pour garder une disponibilité pour aider là où le Seigneur les appelle. Car l’Église a besoin de personnes qui aient cette disponibilité et cette liberté : n’étant pas liés aux intérêts d’une famille, d’une paroisse ou d’une communauté, ils peuvent servir et donner leur vie là où le Seigneur les appelle, sans souci de notoriété ou de carrière. Ils peuvent aussi faire un lien indispensable entre les paroisses, les monastères, les villages, les écoles et les entreprises.
Notons que tel était l’état de vie du Seigneur Jésus lui-même : célibataire consacré dans le monde, sans être du monde. Avons-nous assez médité là-dessus ?
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