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Pays : Israël / Pays : Palestine

Peut-on ambitionner de réaliser une guerre propre, en plus de la prétendre juste ?

Peut-on ambitionner de réaliser une guerre propre, en plus de la prétendre juste ?

Du père Danziec dans Valeurs Actuelles :

Bientôt quatre-vingts ans ont passé sans qu’il y ait de conflit armé sur le sol français. Vingt-cinq ans ont filé depuis la suppression par Jacques Chirac du service militaire obligatoire. Une génération. Déjà. C’est dire combien les horreurs, les atrocités et les scandales liés à la réalité d’une guerre sont devenus tout à fait étrangers à la conscience de l’immense majorité des Français. L’Homo festivusdécrit par Philippe Muray ne frissonne plus aussi spontanément que ses grands-parents devant un défilé militaire ou un uniforme… Se mettre au garde-à-vous, défendre son pays, rendre les honneurs au drapeau, à quoi bon quand l’avachissement est promu, l’amour de sa patrie suspecté et les couleurs arc-en-ciel brandies ?

Bien sûr, on pourra rétorquer que le XV de France a ses supporters, que la sauvagerie des attentats du Bataclan ou de Nice a ému et révolté tout un pays. Mais s’agit-il d’un amour de prédilection ou d’un drame de situation suffisant pour pousser tout un chacun à quitter son confort individuel, répondre à “l’appel des armes” dans le but de lutter contre la barbarie islamiste ?

« Toujours, observait saint Augustin, les méchants ont persécuté les bons et les bons ont persécuté les méchants ; mais ceux-là pour servir leur passion, ceux-ci la charité. Celui qui assassine ne considère pas ce qu’il déchire ; celui qui soigne considère ce qu’il coupe. Celui-là en veut à la santé, celui-ci à la gangrène. En tout cela, donc, que faut-il considérer, sinon lequel agit pour la vérité, lequel en vue de nuire, lequel en vue de corriger. »

Les récents événements dramatiques du conflit israélo-palestinien, la folie terroriste du Hamas et la réponse qui se veut implacable du gouvernement de Nétanyahou placent devant nos yeux deux problématiques : quelles sont les conditions pour garantir une paix véritable ? Et peut-on ambitionner de réaliser une guerre propre, en plus de la prétendre juste ?

Les conditions de la paix

On connaît le cri de Baudelaire : « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » La pensée bobo, davantage inquiète de la résurgence du virilisme et des paroles des Lacs du Connemara, toute préoccupée par le danger des barbecues et des amoureux de la chasse, préfère plutôt s’écrier : “Iel libre, toujours tu maudiras la guerre !”

C’est oublier un peu vite les conditions qui font la paix. L’enseignement constant de l’Église rappelle qu’aucun État ne peut accepter tranquillement servitude politique et ruine économique au détriment du bien commun de son peuple. Par conséquent, il se doit d’assurer sa défense pour garantir la tranquillité d’un certain ordre. « Est pleine de justice la force qui, à la guerre, protège la patrie contre les barbares ou, à la maison, défend les faibles ou les commensaux contre les brigands », commente saint Ambroise. Ainsi, porter en haute estime les forces de l’ordre qui se dévouent au service de la paix relève d’abord d’une affaire de reconnaissance et de rectitude morale. Charles Péguy considérait à ce sujet que le soldat mesure la quantité de terre où on parle une langue, où règnent des mœurs, un esprit, une âme, un culte : « Le soldat mesure la quantité de terre où un peuple ne meurt pas. »

En théologie, la protection armée des vies, de la cité, de la liberté, de la justice, de la paix porte un nom : le “droit de glaive”. Selon l’apôtre Paul, en effet, le rôle du politique consiste notamment à faire justice des malfaiteurs et à soutenir les gens de bien : « Crains si tu fais le mal, car ce n’est pas pour rien que l’autorité porte le glaive » (Romains 13, 4).

Une guerre peut-elle se passer de violences ?

La violence ? Parlons-en : elle se répand sur les réseaux sociaux, elle imprègne nombre de jeux vidéo, Quentin Tarantino et d’autres à sa suite l’esthétisent dans le cinéma. Mais les horreurs de la guerre, l’odeur de la mort, le râle de l’agonie, qui les a déjà rencontrés ? Ce qui faisait dire déjà à la philosophe Simone Weil :

« Je n’aime pas la guerre, mais ce qui m’a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c’est la situation de ceux qui se trouvent à l’arrière et bavardent de ce qu’ils ignorent. »

Après les massacres ignobles commis par l’organisation terroriste du Hamas dans le kibboutz de Kfar Azar, Julien Dray réagissait vivement sur X : « Ils ont été jusqu’à tuer une femme enceinte et extraire son fœtus pour le tuer… Qui à part les nazis a fait cela ? » Qui ? Vraiment ? La réalité crue des colonnes infernales durant les guerres de Vendée témoigne, hélas, qu’il n’y a pas eu que les nazis ou le Hamas pour perpétrer de telles exactions. On doutera fortement que les hordes turco-mongoles de Tamerlan aient laissé tranquilles les femmes enceintes du Caucase, ou les Huns d’Attila celles de l’Adriatique… Plus près de nous dans le temps et l’espace, le 20 août 1955, plusieurs centaines de civils, européens et musulmans, sont massacrés à El-Halia dans des conditions abominables par les terroristes du FLN. « La guerre a pour père l’égoïsme, pour mère l’ambition et pour proches parentes toutes les autres passions qui nous conduisent au mal », remarquait le marquis de Vauban.

Dire que la guerre est un fléau, à tout le moins une extrémité terrible, qui le contesterait ? À l’école de sagesse latine, « si vis pacem, para bellum », pour conserver la paix, se prémunir de la guerre nécessite impérieusement de la préparer. Nommer les menaces et armer sa vigilance constituent les premiers éléments indispensables pour préserver l’harmonie d’un peuple. Selon Chesterton, « le plus heureux des destins humains est de trouver quelque chose à aimer ; mais le deuxième sort le plus heureux est certainement de trouver quelque chose à combattre ». Dans le contexte actuel, on se méprendrait si nous manquions d’idées.

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