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Culture de mort : Euthanasie

Proposition de loi sur l’euthanasie : en matière de vie ou de mort, l’abstention n’est pas une solution

Proposition de loi sur l’euthanasie : en matière de vie ou de mort, l’abstention n’est pas une solution

Dans le JDD, Baptiste Laroche, consultant en relations publiques et diplômé de philosophie, interpelle les parlementaires qui se sont abstenus en première lecture :

À vous, députés qui vous êtes abstenus lors du vote en première lecture du mardi 27 mai 2025, il faut le dire clairement : l’abstention n’est pas suffisante. Votre abstention exprime un doute, une hésitation sincère face à un texte d’une gravité exceptionnelle. Ce doute est légitime. Il est même nécessaire lorsqu’il s’agit de questions qui engagent la vie, la mort, la vulnérabilité humaine et la mission même de la médecine et de l’accompagnement. Mais précisément parce que ces décisions sont irréversibles, le doute ne peut se traduire par la neutralité. En matière de vie ou de mort, l’abstention n’est pas une position d’attente : elle a des effets. Elle laisse passer.

S’abstenir, dans un tel contexte, ce n’est pas se retirer du débat. C’est accepter que d’autres décident à votre place. C’est laisser entrer dans le droit un texte dont les conséquences humaines sont pourtant connues. Face à l’irréversible, l’abstention ne protège ni les personnes, ni les consciences, ni la société.

Ce texte n’est pas seulement inquiétant par son principe, il l’est par sa dynamique. Avant même son adoption définitive, les critères ont été élargis, les garde-fous affaiblis puis levés. Les souffrances psychologiques, les situations de grande vulnérabilité et même les personnes sous tutelle ont été intégrées. Ce qui devait rester exceptionnel devient une option parmi d’autres. À cette dérive s’ajoute un délit d’entrave qui fait peser une pression inédite sur les soignants et les proches : refuser la mort pourrait demain devenir suspect. La liberté de conscience recule, la confiance se brise. Les garde-fous s’effondrent avant même que la loi ne soit votée : que restera-t-il demain ?

Mais au-delà de cette dérive, il faut nommer le cœur du problème. Ce projet de loi ne renforce pas l’accompagnement de la fin de vie : il en altère profondément le sens. Donner la mort n’est ni un soin ni une aide. C’est un basculement. En faisant entrer la mort provoquée dans le champ du soin et de l’accompagnement, la loi bouleverse la finalité même de la médecine, qui ne serait plus seulement de soigner et de soulager, mais aussi de mettre fin à la vie. C’est une rupture éthique majeure.

Cette rupture envoie un message d’une violence silencieuse aux plus fragiles : personnes âgées, malades, handicapées, dépendantes. Elle installe l’idée que certaines vies pourraient ne plus mériter d’être accompagnées jusqu’au bout. Là où la société devrait affirmer sans ambiguïté que toute vie mérite une présence, un soin et une fidélité jusqu’au terme, le signal devient troublant : la mort apparaît comme une solution.

Face à un texte qui bouleverse ainsi les repères les plus fondamentaux, le doute ne peut conduire à l’attentisme. En matière de vie ou de mort, le principe de prudence commande non pas l’attente, mais la clarté. Lorsqu’une loi soulève plus de questions qu’elle n’apporte de garanties, lorsqu’elle ouvre des brèches impossibles à refermer, s’abstenir revient à laisser faire.

Sur un sujet éthique de cette ampleur, personne ne reprochera jamais à un parlementaire d’avoir voté contre par doute ou par prudence. L’histoire ne retient pas les abstentions. Et aujourd’hui, un vote contre peut encore empêcher un basculement irréversible et préserver l’essentiel : le refus de l’abandon et la protection inconditionnelle des plus vulnérables.

Les députés destinataires de la lettre :

Franck Allisio, Frédéric Falcon, Stéphanie Galzy, Hervé Berville, Danielle Brulebois, Olivia Grégoire, Jean-Michel Jacques, Daniel Labaronne, Marie Lebec, Laure Miller, Anne-Sophie Ronceret, Éric Woerth, Caroline Yadan, Christophe Bex, Idir Boumertit, Abdelkader Lahmar, Christian Baptiste, Jacques Oberti, Fabrice Brun, François-Xavier Ceccoli, Vincent Descoeur, Julien Dive, Virginie Duby-Muller, Alexandra Martin, Jean-Pierre Taite, Marie Pochon, Philippe Bolo, Mickaël Cosson, Marc Fesneau, Sandrine Josso, Sophie Mette, Sabine Thillaye, Paul Christophe, Nathalie Colin-Oesterlé, François Jolivet, Jean-François Portarrieu, Anne-Cécile Violland, Jean-Pierre Bataille, Michel Castellani, Paul-André Colombani, Harold Huwart, Max Mathiasin, Christophe Naegelen, Nicole Sanquer, Olivier Serva, Soumya Bourouaha, Mereana Reid Arbelot, Emmanuel Tjibaou, Belkhir Belhaddad.

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