Vendredi soir, les députés poursuivaient la discussion, en deuxième lecture, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir. Extrait des débats, avec un peu de cathophobie, bien banale en cette période de carême :
Christophe Bentz
J’avais indiqué que notre amendement de suppression était défendu, mais je ne résiste pas à l’envie de réagir au vertige dont parle Dominique Potier. Confidence pour confidence, j’éprouve moi aussi ce vertige – personnel, profond. Ce que vous avez dit, cher collègue, était émouvant.
Vous, opposants de gauche à ce texte, êtes peu nombreux ; et pourtant je ne comprends pas, fondamentalement, comment quelqu’un de gauche, pour des raisons de gauche, ne s’oppose pas à ce texte. Nous, conservateurs sociaux – si vous souhaitez utiliser ce terme –, vous écoutons, même si les arguments de Dominique Potier ne sont pas forcément les mêmes que les miens, ni ceux de nos collègues républicains. Collègues favorables du texte, écoutez aussi les voix dissonantes à gauche, celles qui témoignent d’une vraie sensibilité et de convictions tout à fait respectables – Dominique Potier, Pierre Dharréville au cours du mandat précédent. Ils sont très émouvants, très percutants et parlent au nom de la défense des plus fragiles, des plus vulnérables, des plus pauvres. (Exclamations sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
M. Michel Lauzzana
Ce sont des cathos !
M. Christophe Bentz
Écoutez Lisa Belluco, écologiste, qui s’est aussi exprimée récemment. Leur position est cohérente avec leurs convictions de gauche. Je ne comprends pas comment, quand on est de gauche, on peut défendre ce texte. (Mme Marine Hamelet applaudit.)
M. Gérard Leseul
Vous ne comprenez pas la gauche !
Mme Dominique Voynet
C’est pour cela que vous n’êtes pas de gauche !
Mme la présidente
La parole est à Mme Océane Godard.
Mme Océane Godard
J’entends parler d’agacement. Mais qu’est-ce qui est agaçant, finalement ?
M. Charles Sitzenstuhl
Qu’on ne réponde pas à nos questions sur les mineurs par exemple !
Mme Océane Godard
C’est que vous nous prêtiez des intentions fallacieuses, comme si ce texte était permissif, comme si nous prenions les choses à la légère.
Or vous nous entendez depuis des heures, des jours, des semaines, ici et en commission. Vous avez entendu le rapporteur général, la ministre ou le président de la commission. Vous nous entendez depuis longtemps. Nous travaillons.
M. Philippe Juvin
Et alors ? Heureusement que nous travaillons !
Mme Océane Godard
On peut ne pas être d’accord – c’est une chose. Mais vous ne pouvez pas nous accuser de légèreté ou de permissivité. (M. Arnaud Simion applaudit.) Cet article est très clair et particulièrement important. Soyons attentifs à la date, au lieu, à l’administration de la substance létale, aux personnes qui peuvent être présentes.
Je pense aux patients, femmes et hommes atteints d’une affection grave et incurable, qui regardent nos débats : ils nous écoutent, et attendent que l’on respecte ce qu’ils vivent. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC. – Mme Stella Dupont applaudit également.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour un rappel au règlement.
M. Patrick Hetzel
Je m’appuie sur l’article 70, alinéa 3, concernant la mise en cause des personnes dans cet hémicycle. Au moment où M. Bentz s’exprimait, et citait notre collègue Potier et notre ancien collègue Dharréville, une voix dans l’hémicycle s’est élevée pour dire : « Ce sont des cathos ! »
Mme Ayda Hadizadeh
Ce n’est pas une insulte !
M. Patrick Hetzel
Ce n’est pas digne ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et RN. – Mme Annie Vidal et M. Benoît Blanchard applaudissent également.) Le respect doit être la règle, quelles que soient nos croyances ou nos convictions. Ce type d’accusations est grave. Nous débattons de questions fondamentales, d’éthique ; nous devons prendre de la hauteur et non essentialiser les uns ou les autres. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et RN. – MM. Dominique Potier et Stéphane Peu applaudissent également.)
Certains sont probablement gênés. Charles Sitzenstuhl pose une question de fond : il faut débattre sur le contenu, argument contre argument, et non jeter l’anathème sur les uns ou les autres – c’est indigne.
Mme Ayda Hadizadeh
Voyons, soyez charitables !
M. Patrick Hetzel
Il me semblait important de protester. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et RN. – Mme Annie Vidal applaudit également.)
Mme la présidente
Tout à fait ! Nos débats sont respectueux et dignes depuis des heures et des jours. Je souhaite que cela continue ainsi. Vous avez tous été élus par le peuple français pour le représenter et chacun est légitime à s’exprimer, avec ses convictions et ses croyances.
