Pour ou contre l’euthanasie ?
31 janvier 2026.
par le Professeur Aline Cheynet de Beaupré Professeur de droit privé et sciences criminelles – Université d’Orléans
La question est éminemment personnelle. En revanche, on peut réfléchir aux arguments qu’on entend.
Certaines personnes disent : « Ma grand-mère est morte dans d’atroces souffrances il y a 30 ans et c’est pour cela que je suis pour l’euthanasie aujourd’hui ». Ici, il y a un anachronisme. Nous sommes 30 ans plus tard. Les soins palliatifs, l’algologie, ont énormément progressé, donc ces souffrances seraient prises en charge aujourd’hui.
On entend aussi parfois : « Mon mari est mort l’année dernière dans d’autres souffrances ». La problématique est alors différente. Ici, il s’agit de reprocher au gouvernement actuel, comme passé, de n’avoir pas développé les soins palliatifs, de ne pas mettre les moyens financiers — et c’est vrai que ça coûte cher — au service du développement des soins palliatifs, d’une prise en charge de la souffrance en fin de vie, de l’accompagnement.
Donc tout cela fausse le débat et c’est très problématique.
Quand on regarde ce qui se passe à l’étranger : à l’étranger, ils ont, pour certains pays, dépénalisé, légalisé l’euthanasie. Mais tous avaient dit au début : « C’est exceptionnel, ce seront quelques cas, une dizaine par an, pas plus ». Et ils sont tous à des milliers, des dizaines de milliers de cas par an, en ayant élargi chaque année un peu plus les conditions d’éligibilité.
Alors c’est ce qu’il y a dans la France immanquablement. D’ores et déjà, au regard des textes qui sont étudiés par le Parlement, nous en sommes à 1 million de personnes éligibles. Les conditions ne sont aucunement strictes. Si l’on projette les 8 % de décès annuels du Québec pour la population de la France, ce seront près de 45 000 personnes par an qui mourront: on est très loin de l’exception.
Et que se passe-t-il dans ces cas-là ? Quelles sont les personnes qui vont être euthanasiées ? Et bien ce ne sont pas uniquement des personnes qui seraient en souffrance importante. Ce sont des personnes âgées, ce sont des personnes avec un handicap lourd, atteintes de troubles mentaux, ou encore des personnes en situation de précarité financière qui n’ont pas accès aux soins, mais auxquels on offrirait très généreusement un accès à la mort. Ce n’est pas acceptable, ça va trop loin»
Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=kMouh6-lwRU
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