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Culture de mort : Euthanasie

“Si le but de la loi est de protéger les plus vulnérables, celle-ci représente pour eux une réelle menace”

“Si le but de la loi est de protéger les plus vulnérables, celle-ci représente pour eux une réelle menace”

Xavier Ducrocq, docteur en médecine et spécialiste en neurologie, publie sur Gènéthique une lettre ouverte aux sénateurs :

C’est en tant que médecin que, d’abord et avant tout, je m’adresse à vous. Tous les arguments de raison ont été formulés, répétés, étayés, je ne veux pas les reprendre. Je parle en tant que témoin de terrain, après plus de 40 ans d’exercice de la neurologie, une spécialité particulièrement exposée (maladies neurologiques, dégénératives – Parkinson et maladies apparentées, Alzheimer et autres démences, maladie de Charcot, … – tumeurs cérébrales, AVC, …), en hôpital public.

Je suis témoin de la situation dramatique du système de santé (délais de consultations, accès à un médecin traitant ou à un spécialiste, déserts médicaux, accès à une consultation douleur, pénurie de médicaments, …), situation qui ne cesse de s’aggraver et à laquelle il est urgent de remédier. Faites l’exercice de vous programmer quelques rendez-vous médicaux ou paramédicaux par Doctolib ! La désaffection des professions de santé témoigne de la perte de sens des professionnels en exercice, largement affectés par l’épuisement professionnel et les contraintes d’une gouvernance obsédée par les objectifs économiques, malgré une conscience et un dévouement professionnels dont les citoyens ont été les témoins lors de la crise du COVID.

« Sera-t-il demain plus facile de recourir à une euthanasie ou un suicide assisté qu’à des soins appropriés et légitimes ? »

Sera-t-il demain plus facile de recourir à une euthanasie ou un  qu’à des soins appropriés et légitimes ?

La consécration des  par la loi date de 1999, laquelle n’est pas encore appliquée et applicable dans une vingtaine de départements et pour environ 50% des patients éligibles du fait de leur état. Sans compter la difficulté à maintenir les équipes pérennes et à recruter. La menace, depuis de nombreuses années, d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté impliquant les professionnels n’y est certainement pas pour rien. C’est une loi de programmation des soins palliatifs qu’il faut voter.

Quant à la proposition de loi relative à l’« aide à mourir » (quel euphémisme ! – digne de la novlangue annoncée par George Orwell dans 1984 – l’expression ne saurait cacher la violence de la réalité), elle signe la mort de la médecine hippocratique, fondée au sein d’une société grecque élitiste, individualiste et eugéniste qui n’est pas sans rappeler l’évolution de notre société occidentale. Une médecine hippocratique fondée sur :

  • La confiance ; comment continuer de faire confiance si la main qui soigne peut devenir la main qui tue ? Je suis le témoin de l’évolution d’une confiance acquise (aveugle ?) à un climat de méfiance, voire de défiance, avec des comportements d’agressivité envers les soignants de plus en plus fréquents. Et je crains qu’elle continue de s’aggraver ;
  • L’interdit de tuer : « Je ferai tout pour soulager les souffrances, je ne prolongerai pas abusivement les agonies, je ne provoquerai jamais délibérément la mort », affirme le serment médical prononcé lors de l’élévation au grade de Docteur en médecine lors de la soutenance de thèse d’exercice. Cet interdit s’avère hautement protecteur des patients, comme des soignants. Il est le garant du pacte de confiance : pas de médecine sans confiance ;
  • La vérité : quelle information objective – laquelle se doit de présenter toutes les alternatives, risques et conséquences possibles – le praticien s’autorisera-t-il à donner à son patient sous la menace d’un délit d’entrave ? Quid de la prévention du suicide ? Que devra faire l’urgentiste devant un patient qu’il serait amené à prendre en charge pour une tentative de suicide : le sauver, ou l’achever ?

« L’interdit nous a rendus intelligents »

Ce que les Français, de bon sens, redoutent légitimement à plus de 90% dans les sondages répétés depuis 30 ans, c’est de mourir dans des souffrances épouvantables. C’est mon expérience, et elle est partagée par l’immense majorité des professionnels qui se tuent à répéter que les demandes d’euthanasie maintenues dans le temps se comptent sur les doigts d’une main, en plus de 40 ans.

L’interdit nous a rendus intelligents. Intelligents dans la recherche de remèdes, notre arsenal thérapeutique et législatif (lois Kouchner et Leonetti) n’a jamais été aussi fourni. Intelligents en humanité pour accompagner les personnes qui demandent avant tout d’être entourées, d’être soulagées, d’être aimées.

Si le but de la loi est de protéger les plus vulnérables, celle-ci représente pour eux une réelle menace, comme j’ai pu le constater en Belgique. Et souvenons-nous de l’affaire Dr Bonnemaison.

Aussi, je vous invite à réfléchir avec la plus grande vigilance aux conséquences humaines, anthropologiques et sociétales d’un tel changement, et à vous prononcer contre cette proposition de loi. C’est à mes yeux une loi de régression, de progregression, pour faire dans la novlangue et le « en même temps ». Une loi qui consacre le droit du plus fort, une loi instituant la « mort sur ordonnance ».

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