Directeur général de la Fondapol, Dominique Reynié a été interrogé dans La Vie à propos de la proposition de loi sur l’euthanasie. Extrait :
[…] Mon hypothèse est que plus les gens réfléchissent au sujet, plus ils s’orientent vers les soins palliatifs plutôt que l’euthanasie ou le suicide assisté. Or, ce débat n’a pas eu lieu : une personne sur deux n’en a pas entendu parler. Mais aujourd’hui, le sujet monte, et la crainte aussi.
Le lien est rapidement fait avec la crise des finances publiques, notamment sur les réseaux sociaux : légaliser l’euthanasie fera faire des économies. Cette crainte n’est pas aberrante tant on insiste lourdement ces temps-ci sur le déficit public, les déserts médicaux, etc.
Pourquoi dites-vous que le débat n’a pas eu lieu ? Il y a eu l’avis du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, la convention citoyenne, les discussions parlementaires…
L’importance du sujet aurait dû donner lieu à un débat social porté pendant des mois pour que chacun puisse vraiment réfléchir. Il aurait fallu, par exemple, que l’audiovisuel public s’y penche sérieusement, et non pas seulement en évoquant l’euthanasie comme l’expression d’une mort élégante et libre. Cette pression médiatique s’explique par le fait que le sujet a été arrimé dès le début à une position progressiste ; s’opposer est donc considéré comme un conservatisme, devenu pour certains illégitime, voire soupçonnable.
Quant à la convention citoyenne, elle a servi à dispenser les Français de réfléchir eux-mêmes, en tirant au sort des personnes pour le faire à leur place. J’ai la conviction que cela a été organisé par crainte qu’un véritable débat donne lieu à une hostilité plus manifeste. Depuis le rejet du texte par le Sénat, on voit que l’Assemblée nationale cherche à aller très vite. Pourquoi ?
[…]
Le créneau est serré avant les municipales. Les sénateurs et les députés sont de plus en plus souvent pris à partie sur le sujet. Il y a une radicalisation du côté des soutiens au texte. Et on sent que le monde du soin et de la médecine se cabre. Mais il manque à ce débat les grandes voix morales qu’il y aurait eues autrefois : je vois peu d’universitaires, de professeurs de droit constitutionnel, parler de l’interdit de tuer, qui est un interdit pénal et non pas seulement religieux.
Il y a la crainte, dans la sphère politique aussi, de rester dans le monde d’avant, de rater le monde d’après. Or, les élus se trompent quand ils imaginent que la société est inerte ou consentante sur ce sujet. On vient toucher avec ce texte à une conciliation française merveilleusement réussie entre une tradition religieuse ancienne et une tradition humaniste, consistant à ne pas donner la mort. Cela fait naître une inquiétude chez les Français, même si les systèmes d’alerte de relais vers le politique ne fonctionnent pas.
