Jean-Frédéric Poisson, ancien député et président de Via-Parti Chrétien Démocrate, vient de publier La dictature du bien. Il répond au Salon beige:
Votre livre part d’un constat assez dérangeant. Qu’est-ce qui vous a pris de l’écrire maintenant ?
Probablement une forme d’inquiétude… et un léger agacement. Nous vivons dans des sociétés qui passent leur temps à se dire qu’elles sont libres, tout en acceptant de plus en plus de contraintes — mais attention, toujours « pour notre bien ». J’ai voulu prendre au sérieux ce paradoxe. Nous avons des élections, des médias, des droits… et pourtant un sentiment diffus que quelque chose se referme. Le débat public se transforme en tribunal moral, la contradiction devient suspecte, et l’on nous explique très sérieusement que limiter les libertés est parfois la meilleure manière de les protéger. Il m’a semblé qu’il y avait là matière à réflexion — et même, disons-le, matière à inquiétude.
Vous décrivez une « dictature du bien ». Ce n’est pas un peu excessif ?
C’est justement tout le problème : une dictature qui dirait son nom serait facile à combattre. Celle que je décris est beaucoup plus confortable. Elle ne frappe pas, elle accompagne. Elle ne contraint pas frontalement, elle incite, elle corrige, elle « responsabilise ». Elle s’appuie sur des causes incontestables — la santé, l’écologie, la sécurité — pour installer des mécanismes de contrôle de plus en plus fins. Ajoutez à cela la technologie, qui permet de tout mesurer, tout tracer, tout anticiper, et vous obtenez un système extraordinairement efficace… et potentiellement étouffant. Le crédit social chinois en donne une version assumée. Chez nous, disons que nous avançons avec plus de pudeur — mais pas forcément dans une direction très différente.
Au fond, pourquoi lire votre livre ? Pour se faire peur ?
Surtout pas. La peur est déjà un instrument politique très utilisé, je n’avais pas envie d’en rajouter. Mon objectif est plutôt de redonner des repères. Nous sommes saturés d’informations, mais nous comprenons de moins en moins les mécanismes qui organisent nos sociétés. J’essaie de montrer d’où viennent ces évolutions — notamment du cœur même de la modernité libérale — et vers quoi elles peuvent nous conduire. Et puis, il y a une idée simple : rien n’est inéluctable. Encore faut-il voir ce qui se passe. Si le lecteur referme ce livre en se disant « finalement, ce n’est peut-être pas si simple que ce qu’on me raconte », alors j’aurai déjà atteint mon but.
