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Liberté d'expression

Terrorisme idéologique à Sciences pipo

Terrorisme idéologique à Sciences pipo

D’anciens étudiants des instituts d’étude politique dépeignent une atmosphère asphyxiante pour qui ne pense pas à gauche.

Un jeune de droite témoigne :

«J’étais littéralement seul à ne pas être engagé à gauche. Et l’ambiance n’était clairement pas au débat».

Il se souvient des blagues sur le «blantriarcat», des cours sur les «ugly movements» (littéralement ‘mouvements laids’ pour définir des mobilisations conservatrices telles que la Manif pour tous, la Marche pour la vie ou l’École libre) et, surtout, des professeurs qui se faisaient eux-mêmes rappeler à l’ordre parce qu’ils n’utilisaient pas les subtilités du langage inclusif, telles que le «iel»ou «toutes et tous».

«Quand j’entendais ces aberrations, je guettais des sourires complices. Pour moi on était vraiment chez les fous. Mais non. Tout le monde restait très sérieux !».

A Sciences Po Paris, mi-mar, une soixantaine d’étudiants a bloqué l’emblématique amphithéâtre Émile Boutmy dans le cadre d’une «journée de mobilisation universitaire européenne pour la Palestine» . Une jeune femme de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a été interdite d’entrer, et traitée de «sioniste».

Un autre étudiant souligne :

«Il y a une forme de pseudo bien-pensance de la part des profs comme des étudiants, qui consiste à dire : il n’y a que nous au monde qui pensons bien».

Aujourd’hui, 71% d’étudiants se revendiquent de gauche, soit 14 points de plus qu’en 2002. Le positionnement à droite a quant à lui reculé de 22% à 14%.

De jospiniste et socialiste en 2002, la gauche est devenue mélenchoniste et insoumise : à la dernière élection présidentielle, 55% des étudiants de l’école parisienne ont voté Jean-Luc Mélenchon – contre 21,95% obtenus par le candidat au premier tour.

«Je suis de la droite François-Xavier Bellamy. C’est ni du Marine Le Pen ni du Bardella. Mais pour eux, cela ne fait pas de différence. Si tu n’es pas de gauche, que tu es un mec blanc, catho et hétéro, et si tu donnes l’impression aux autres d’avoir été plus ou moins chanceux dans ta vie, tu es directement classé facho.»

Une autre déclare :

«Cela ne me dérangeait pas qu’ils aient leurs idées, mais je savais que de leur côté, les miennes ne passeraient pas. Si tu ne veux pas être stigmatisée, tu caches ce que tu penses.»

Pendant cinq ans, elle s’est forgée une sorte de couverture en se faisant passer pour une «centriste».

En début d’année, une camarade, pourtant de gauche et issue de l’immigration, s’est vue retirer son titre de déléguée de classe après avoir évoqué, lors d’une analyse sociologique, une éventuelle différence de vision de la mort entre les Occidentaux et les personnes d’éducation musulmane. Ses propos ont été taxés de racistes et de stigmatisants.

«Cette folie collective était terrifiante. Le lynchage était d’une telle violence…Moi qui étais de droite, ils n’auraient même pas toléré que je m’assoie à côté d’eux dans l’amphi !»

«Je suis content d’avoir quitté l’IEP pas trop tard, car j’ai vraiment vu les choses se dégrader. La promotion juste après moi a eu droit à un module d’une semaine sur les thématiques du genre, avec un exposé obligatoire. Ils avaient pensé l’instaurer dès ma L1, et je m’étais posé de vraies questions : est-ce que j’allais faire cet exposé et être honnête sur mes opinions, ou me porter malade ?»

«Si tu veux éviter les ennuis, tu n’as pas le choix. J’avais envie d’entrer dans la fonction publique, d’avoir un diplôme. L’IEP est une voie d’accès à certains métiers, et se taire est le moyen d’obtenir son diplôme dans les meilleures conditions» .

Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po et politologue, revient sur son parcours dans un essai en forme d’autobiographie intellectuelle. Il a été interrogé dans L’Express. Ancien du PS, il s’intéresse dans les années 80 à la montée du FN. Extraits :

[…] Si je prête attention au phénomène, c’est que la globalisation ne va cesser de s’étendre, sur le plan économique, financier, culturel, politique, avec bien sûr la construction européenne. Je mets alors au travail mes étudiants à Grenoble, qui se demandaient ce qui m’arrivait (rires). Je les envoie sur le terrain pour mener des études pointues, rencontrer ces électeurs et essayer de décoder avec moi ce qui se passe. C’est alors que se produit la première percée du FN, aux européennes de 1984. Je commence à en discuter avec des collègues, mais personne ne prenait le sujet au sérieux. Tout le monde se disait que c’était une poussée de fièvre, à la manière du mouvement poujadiste en 1956. Mais j’étais persuadé que cela ne disparaîtrait pas et qu’au contraire, cela s’amplifierait. Je l’ai écrit à l’époque. D’autant que l’entrepreneur politique qu’était Jean-Marie Le Pen avait le talent de démagogue que l’on sait. En discutant avec les électeurs du RN, en lisant les entretiens de mes étudiants, je pressentais un mouvement très profond, auquel aucune force politique, de la droite à l’extrême gauche, n’était capable de répondre.

Comme je m’intéressais surtout aux électeurs, davantage qu’au parti en tant que tel, j’ai été assez vite l’objet de l’ostracisation de mes collègues. Pourquoi un professeur d’université travaille-t-il sur ce sujet? Pourquoi écoute-t-il ces électeurs qui, à l’époque, sont tout simplement perçus comme de simples beaufs? Je ne faisais pourtant que mon métier.

Les choses se sont gâtées quand, dans les années 1990, vous désignez le FN comme “le premier Parti ouvrier de France”…

Qu’est-ce que je n’ai pas entendu! J’ai été presque accusé de faire de la propagande pour le Front national. C’était hallucinant. J’avais du mal à traiter cela par le mépris. Et cela a certainement coûté cher à ma carrière, un peu comme à Pierre-André Taguieff. Lui comme moi estimions que notre rôle de chercheur était de comprendre le phénomène et non le critiquer, et nous considérions au contraire que nos “intellectuels”, en condamnant le phénomène, ne faisaient que le renforcer, parce que bien sûr, le FN avait une habileté particulière à “retourner le stigmate”. C’est ce que j’essayais d’expliquer en vain à mes collègues : s’ils voulaient combattre le phénomène, il fallait d’abord le comprendre.

Rétrospectivement, vu le succès actuel du RN, il paraît étrange que même les responsables politiques mainstream de l’époque n’aient pas réagi, ni à gauche, ni vraiment à droite. Pourquoi?

Par paresse. Les politiques ne lisent pas assez. Les liens entre la recherche et le monde politique sont souvent faibles. Seuls quelques hommes isolés, comme souvent, en étaient conscients. Par exemple, au Parti socialiste, un maire de banlieue, Gilbert Bonnemaison, ou encore Pierre Mauroy. À droite, Gérard Larcher. C’étaient tous des hommes de terrain, ceux qui ont de la glaise à leurs souliers, par opposition aux autres, qui sont tout aux délices des jeux politiques. Ces derniers pensaient pouvoir facilement damer le pion au FN. Ils regardaient le FN et leurs électeurs comme des médiocres, avec un mépris de classe incroyable, notamment à gauche. La gauche était persuadée que seule l’indignation morale viendrait à bout du phénomène – ce qui me faisait éclater de rire… jaune.

Elle en est toujours persuadée…

Oui. Plus récemment, seul Manuel Valls a vraiment pris le sujet au sérieux, ou encore, dans une moindre mesure, Jean-Christophe Cambadélis, qui est passé de l’indignation à la compréhension, parce qu’il lisait. J’ai aussi rencontré une oreille très attentive auprès de Jean-Pierre Chevènement quand il était ministre de l’Intérieur. Mais au sommet de l’Etat, en revanche, pas grand-chose. Jacques Chirac possédait une forme d’optimisme qui l’empêchait de voir la réalité. Il m’écoutait avec beaucoup d’intérêt mais restait persuadé qu’il suffisait d’utiliser certains éléments de langage comme ceux qu’il a employés sur “le bruit et l’odeur”. Quant à Nicolas Sarkozy, il entendait les choses mais voulait s’en servir pour faire des coups. Ce n’était pas du tout à la hauteur du défi. […]

Il faut souligner un autre aspect très important de votre parcours, votre attachement à l’Institut d’études politiques de Paris, Sciences Po.

Je rentre à Sciences Po au milieu des années 1970 parce que je me destine au droit, et précisément au droit maritime. Georges Lavau, un grand professeur de Sciences Po, m’a repéré et conseillé d’y entrer. A l’époque, je ressentais déjà les méfaits des hégémonies intellectuelles dominantes à l’université. L’université était marxiste, structuraliste et bourdivine [NDLR : en référence au sociologue Pierre Bourdieu]. En dehors de ça, il n’y avait point de salut. C’était intéressant mais ce n’était rien d’autre que du marxisme un peu vulgaire. Or je n’étais pas à l’université pour vivre sous une chape de plomb. En regard, Sciences Po m’apparaissait comme un lieu de liberté intellectuelle. Ce que j’ai pu vérifier après m’y être enfui.

Nous avions des professeurs communistes, démocrates chrétiens, ou même d’extrême droite. Je pense à ce grand historien du nationalisme français, Raoul Girardet, qui était passé par l’Action française, la Résistance et l’O. A.S, et était un puits de science. Ou encore à Raymond Aron. Le but était de nous offrir des instruments pour construire au mieux nos parcours de citoyen. Pendant très longtemps, Sciences Po a été ce havre de pluralisme.

Et puis peu à peu, l’idée s’est imposée d’en faire une université afin de rentrer dans la compétition internationale. Nous nous sommes “universitarisés” au bon et au mauvais sens du terme. J’en parle de manière d’autant plus décomplexée que je l’ai dit à l’époque à Richard Descoings. Or le père fondateur de l’IEP, Emile Boutmy, l’avait bien dit en 1872 : je crée Sciences Po parce que l’université est sclérosée. Alors bien sûr, nous y avons gagné l’augmentation du nombre d’étudiants, la diversité des matières, l’internationalisation. Mais en même temps, nous y avons fait entrer un certain dogmatisme, ce que Boutmy appelait en son temps un “esprit borné”. Cela a modifié à la fois la manière dont on conçoit le pluralisme et le profil des étudiants, qui sont de plus en plus des étudiants en sciences sociales comme on en trouve ailleurs, avec certes un meilleur niveau puisqu’ils sont sélectionnés à l’entrée. Ce n’est pas pour rien qu’aux dernières élections présidentielles, les étudiants de Sciences Po ont voté à 55 % pour Jean-Luc Mélenchon. Or cela pose un évident problème, en milieu étudiant et enseignant, de pluralisme. Elle est ici, la crise que traverse Sciences Po aujourd’hui. Sciences Po n’arrive pas suffisamment à faire vivre un véritable pluralisme, et laisse parfois trop de place à des gens qui véhiculent tout sauf le pluralisme.

Comment en sortir? Si le poisson pourrit par la tête, peut-il aussi se désintoxiquer par la tête?

Sciences Po s’est toujours appuyé sur un leadership fort, comme celui d’Alain Lancelot, de 1987 à 1996, celui d’hommes qui s’imposaient et savaient dire leur mot. Il faut retrouver ce leadership stable et fort, y compris dans la sphère académique et intellectuelle. Je ne crois pas à cette division entre académiques d’un côté et administration de l’autre. Il faut aussi faire très attention, dans le recrutement des enseignants, au pluralisme méthodologique et intellectuel, tout en veillant à ne pas recréer de nouvelles formes d’idéologies dominantes. Ce n’est pas simple car les universitaires se recrutent entre eux. Mais nous sommes à la croisée des chemins et il faut agir.

Et vous, pourriez-vous diriger Sciences Po?

Je me suis présenté, sans succès, à la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques. Quant à la direction de l’IEP, que Mathias Vicherat occupait jusqu’alors, c’est un poste difficile pour lequel je n’aurais à mon avis aucune chance – cela ferait bondir mes collègues! Car comme vous avez pu le constater en lisant mon livre, je n’ai pas ma langue dans ma poche.

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5 commentaires

  1. Les étudiants de droite doivent boycotter ces nids à rats que sont devenus les IEP au profit de l’excellent ISSEP fondé par Marion Maréchal. Les diplômes qu’ils délivrent n’auront bientôt plus aucune valeur sur le marché du travail quand le wokisme sera tombé dans les oubliettes de l’Histoire.

    • Vous avez sans doute raison.
      Mais ce n’est pas simple pour les étudiants car passer par l’Issep est « stigmatisant » pour l’instant et on ne leur fera pas de ponts d’or comme à d’autres sortant de Sciences Po Paris…

      • Si vous postulez par exemple dans le groupe Bolloré ou Michelin ou à l’étranger, ce n’est pas certain. Mais c’est vrai que le choix est beaucoup plus réduit.

  2. Science popo…chie en ce pot.

  3. De plus en plus de chefs d’entreprise balancent directement au “classement vertical” les CV mentionnant Sciences Po… et je pense qu’ils ont raison !

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