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L'Eglise : Le Vatican

Transmission de la foi et liturgie : le Vatican défend « les différentes sensibilités liturgiques »

Transmission de la foi et liturgie : le Vatican défend « les différentes sensibilités liturgiques »

Dans un texte publié le 22 octobre et intitulé « Venez à moi« , le Dicastère de la doctrine de la foi examine quelques Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère. Sur la liturgie, on y lit :

90. La deuxième réflexion liée à la redécouverte du caractère central de l’annonce du kérygme concerne la liturgie. Si le cœur de l’annonce chrétienne est la rencontre avec l’amour salvifique de Dieu dans le Christ, la liturgie constitue le lieu privilégié où ce mystère est célébré et communiqué de manière sacramentelle. Précisément pour cette raison, elle occupe un rôle central dans la transmission de la foi, se présentant comme le cœur battant de la vie ecclésiale, où la communauté se nourrit de la Parole de Dieu et du Pain de vie éternelle. À ce propos, il faut dépasser une vision réductrice qui la considérerait comme un simple cadre rituel de la vie ecclésiale. Avant d’être un enseignement, la liturgie est d’abord une expérience de la foi, en tant qu’elle permet au fidèle de prendre part à des gestes, des paroles, des silences et des symboles, faisant ainsi l’expérience vivante du mystère du Christ. Comme l’affirme Evangelii gaudium, « l’Église évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie » :[94] c’est précisément grâce à sa force symbolique et à sa capacité d’impliquer intégralement la personne que la liturgie devient un lieu authentique d’annonce et de rencontre avec le Seigneur. Par l’action liturgique, et en particulier au cœur de l’Eucharistie, on est introduit toujours plus profondément dans le mystère pascal, tandis que se manifeste le caractère sacramentel de l’Église, appelée à être signe de l’amour de Dieu pour l’humanité. Dans cet événement sacramentel, la rencontre avec le Ressuscité devient un geste partagé et vital qui forme le croyant non seulement en l’“informant”, mais en le façonnant de l’intérieur, afin qu’il devienne participant au mystère célébré. C’est pourquoi, dans la liturgie, la foi est transmise de manière performative : on ne se contente pas de parler de Dieu, mais on entre en relation avec Lui. La liturgie est mémoire et tradition vivante qui engendre et façonne des chrétiens capables de témoigner du salut qu’ils ont rencontré : en participant à la prière liturgique, on entre dans une histoire, dans une mémoire partagée qui traverse les siècles. Célébrer signifie donc avant tout recevoir une foi qui a été crue, vécue et priée par d’autres avant nous.

91. Cette dynamique met aussi en lumière la dimension éminemment communautaire de la liturgie. En effet, la foi ne se transmet pas seulement par l’annonce ou l’enseignement individuel, mais aussi au sein d’un peuple qui célèbre. Dans la liturgie le croyant n’est jamais isolé, mais il est intégré dans un “nous” qui le précède, l’accompagne et le dépasse. Cette dimension communautaire constitue un puissant antidote à l’attrait d’un mode de vie égoïste et individualiste, aujourd’hui si répandu dans de nombreux contextes, comme nous avons déjà pu le constater. Précisément parce qu’elle est une expérience ecclésiale et populaire, la célébration de la foi est étroitement liée aux processus d’inculturation, c’est-à-dire à l’effort visant à « mieux communiquer la vérité de l’Évangile dans un contexte déterminé, sans renoncer à la vérité, au bien et à la lumière qu’il peut apporter quand la perfection n’est pas possible ».[95] Appliquée à la liturgie, cette perspective exige de préserver la richesse de la tradition symbolique de l’Église, tout en la rendant accessible et significative pour les hommes et les femmes de notre temps, dans une tension salutaire et féconde entre fidélité à la tradition et intelligibilité du message célébré.

92. Du point de vue de la transmission de la foi, la liturgie revêt donc une importance cruciale conformément à l’adage ancien lex orandi, lex credendi.[96] Il s’ensuit que la célébration liturgique ne peut se réduire à une simple exécution formelle, mais doit être une action dans laquelle les signes parlent réellement à l’esprit et au cœur des fidèles, exprimant de manière vivante et concrète la foi unique de l’Église et renforçant chez chaque croyant la conscience d’être membre du Corps du Christ. C’est seulement par une participation pleinement consciente, qui suppose une éducation adéquate au langage liturgique, que la foi peut être transmise non pas comme une doctrine abstraite, mais comme une vie nouvelle qui se communique “par attraction” dans la vie quotidienne. Le jeune Augustin fut lui aussi témoin de cette efficacité de la liturgie ; des années après cette expérience, il put écrire : « Combien de larmes j’ai versées en écoutant les accents de tes hymnes et de tes cantiques, qui résonnaient doucement dans ton église ! Une émotion violente : ces accents coulaient dans mes oreilles et distillaient la vérité dans mon cœur, y suscitant un sentiment chaleureux de piété. Les larmes qui coulaient me faisaient du bien ».[97] Par la beauté des signes et la force de la Parole, l’action liturgique devient donc la source génératrice de la mission ecclésiale, permettant à la communauté de rendre compte de l’espérance qui l’habite à travers la crédibilité d’une vie transfigurée par la grâce. C’est pourquoi il est nécessaire d’accorder une attention particulière aux célébrations et d’offrir un accompagnement mystagogique aux nouvelles générations, afin qu’elles puissent comprendre et vivre pleinement ce qu’elles célèbrent dans la liturgie.

93. De plus, la liturgie peut être vécue de différentes manières. Il existe en effet, au sein même de la piété populaire, une façon propre de manifester une sensibilité liturgique, qui se décline sous différentes formes selon les cultures. Pour comprendre ce phénomène, on peut citer un beau récit de Romano Guardini, dans lequel il raconte son voyage en Sicile : « Aujourd’hui, j’ai vu quelque chose de grandiose : Monreale. […] Lorsque nous y sommes arrivés – c’était le Jeudi Saint –, la messe solennelle avait déjà dépassé la consécration. […] Que pourrais-je dire de la splendeur de ce lieu ? […] La foule était assise et regardait. […] Presque personne ne lisait. Tous vivaient dans le regard, tous étaient tendus vers la contemplation. Alors il m’apparaît clairement quel est le fondement d’une véritable piété liturgique : la capacité à saisir le “saint” dans l’image et dans son dynamisme. Monreale, samedi saint. […] De temps à autre, un rayon de soleil pénétrait dans la voûte, et alors un sourire doré envahissait l’espace au-dessus de nos têtes. […] Mais le plus beau, c’était le peuple. […] La cérémonie sacrée s’est prolongée pendant plus de quatre heures, et pourtant la participation est restée vive tout au long. Il existe différentes manières de participer à la prière. L’une s’exprime en écoutant, en parlant, en gesticulant. L’autre, en revanche, se déroule en regardant. La première est bonne, et nous, en Europe du Nord, n’en connaissons pas d’autre. Mais nous avons perdu quelque chose qui existait encore à Monreale : la capacité de vivre-dans-le-regard, de demeurer dans la vision, d’accueillir le sacré à travers la forme et l’événement, en contemplant ».[98]

94. Il faudra veiller tout particulièrement à permettre, dans chaque diocèse, aux fidèles et à ceux qui s’approchent ou se rapprochent de la communauté des croyants d’entrer en contact avec les différentes sensibilités liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique. Dans le respect des normes liturgiques en vigueur, les pasteurs sont appelés à mettre en valeur la richesse du patrimoine liturgique catholique – pensons, par exemple, à la variété des styles musicaux qui le caractérisent – de manière à pouvoir entrer en contact avec les différentes sensibilités de leurs contemporains. Une attention particulière devra en outre être accordée à l’accompagnement, par des prières, des étapes marquantes de la vie humaine. En Occident surtout, on assiste à une perte progressive de la mémoire collective des rites et des pratiques rituelles, au profit d’un individualisme très radical, mais cela ne supprime pas le besoin anthropologique de ritualité auquel l’être humain a toujours su répondre de différentes manières. La communauté chrétienne grandit et s’édifie à travers les pratiques rituelles, et le riche patrimoine spirituel de l’Église représente en ce sens une ressource précieuse inépuisable. »

Sic. Il n’y a plus qu’à rétablir Summorum Pontificum…

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