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L'Eglise : L'Eglise en France

Une Église de France à relever

Une Église de France à relever

De Jean-Pierre Maugendre :

L’immense succès populaire de la visite du pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre pose la question de la situation de l’Église en France ainsi que celle de ses perspectives. Cette incontestable réussite est-elle l’arbre majestueux qui cache la forêt d’un irrémédiable déclin ou la manifestation d’un authentique renouveau, porteur de toutes les espérances ? Observons d’abord que les succès populaires des huit visites du pape Jean-Paul II en France entre 1980 et 2004 ne se sont pas concrétisés dans un redressement de la pratique religieuse ou le renouveau des vocations sacerdotales et religieuses. Tout au plus furent-elles un frein à la débâcle amorcée sous le pontificat de Paul VI.

À l’occasion de la visite du pape Léon XIV en France, le Saint-Siège a publié un aperçu statistique de l’Église catholique en France de 1980 à 2024. Citons quelques chiffres extraits de ce rapport :

1980 2024
Nombre de baptisés catholiques (en %) 85 % 75 %
Paroisses 38 391 10 925
Évêques 197 186
Prêtres diocésains 31 481 9 095
Prêtres religieux 7 395 3 495
Nombre total de prêtres 38 876 12 590
Diacres permanents 108 3 147
Religieux professes 87 044 17 452
Séminaristes 1 278 1 075
Baptêmes 513 501 186 165
Mariages religieux 217 479 40 678
1990 2024
Confirmations 91 281 46 539
Premières communions 230 629 73 143

Tous les chiffres marquent un effondrement brutal de ce qui faisait le catholicisme français. Ajoutons qu’entre 2007 et 2026, 91 abbayes contemplatives ont fermé. Un seul chiffre reste stable, celui du nombre d’évêques ! Un nombre est, quant à lui, en nette progression celui des diacres mariés, pauvre substitut à la crise des vocations sacerdotales. Seule lumière dans ce tableau bien sombre, sur lequel il a été largement communiqué : le triplement en 10 ans du nombre de baptêmes d’adultes (de 4 124 à 13 000). Ce sursaut est cependant loin de compenser la chute du nombre total de baptêmes (de 306 641 en 2010 à 196 165 en 2024).

Le sacerdoce catholique est au cœur de la vie de l’Église. Un site très documenté, La vérité des chiffres (laveritedeschiffres.net), suit depuis des années l’évolution des ordinations sacerdotales.

Extrayons-en quelques éléments significatifs :

  • Les effectifs diocésains de prêtres actifs sont aux environs de 6 500 personnes auxquelles s’ajoutent entre 2 300 et 2 400 prêtres étrangers, essentiellement africains.
  • Les ordinations sacerdotales pour la France (diocésains et religieux) se situent aux environs de 100 ordinations annuelles dont 20/25% de prêtres étrangers.
  • Les décès de prêtres sont aujourd’hui de l’ordre de 300 par an.
  • La moyenne annuelle des défections de prêtres séculiers français, sujet totalement occulté, se situe entre 12 et 15.
  • À horizon 2035, la France comptera 3 500 prêtres diocésains français dont 500 de moins de 50 ans.
  • Les ordinations de prêtres français (Fraternité Saint-Pie X, Fraternité Saint-Pierre, Institut du Christ-Roi, Institut du Bon pasteur, Missionnaires de la Miséricorde Divine) pour la célébration de la messe traditionnelle représentent annuellement entre 12 et 17 personnes par an soit de l’ordre de 25 % des ordinations de prêtres séculiers.
  • La communauté Saint Martin maintient son rôle prépondérant avec une dizaine d’ordinations annuelles.
  • Les entrées en propédeutique ont sensiblement augmenté passant de 99 en 2023 à 145 en 2025.
couvertrue l'ivresse et le vertige

Traditionnellement, les vocations sacerdotales en France se situaient à la conjonction de deux phénomènes : les familles nombreuses (plus de 4 enfants), et les petits séminaires (en 1950, 70 à 75 % des vocations sacerdotales étaient issues des petits séminaires). À partir des années 50, l’épiscopat français fit le choix de supprimer ces petits séminaires (Voir L’ivresse et le vertige d’Yvon Tranvouez) avec les résultats que l’on sait. Ainsi, nommé évêque d’Amiens en 1951, Mgr René-Louis Stourm ferma son petit séminaire en 1952. Le nombre de grands séminaristes passa de 74 en 1953 à 14 en 1960. Fin 1961, Mgr Stourm annonça la fermeture du grand séminaire qui ferma effectivement en 1962 et, comme on ne change pas une équipe qui perd, Mgr Stourm fut promu archevêque de Sens en 1962. D’autre part les familles de plus de 4 enfants ont, sauf exception, disparu du paysage ecclésial se cantonnant aux familles attachées à la messe traditionnelle ou à certaines communautés charismatiques, en particulier la communauté de l’Emmanuel.

couverture Histoire des crises du clergé français contemportain

Dans son maître-livre, paru en 1976, Histoire des crises du clergé français contemporain, Paul Vigneron, face au désastre déjà en cours, lançait un appel pathétique aux évêques de France :

Les évêques de France restèrent sourds à cet appel, qualifièrent de « sauvage » le séminaire d’Ecône fondé par Mgr Lefebvre en Suisse, contraignirent l’abbé Guérin à s’exiler à Gênes pour fonder ce qui allait devenir la communauté Saint-Martin, poursuivirent de leur vindicte les prêtres et les fidèles attachés à la célébration de la messe romaine traditionnelle… C’est sans eux, voire contre eux, que se fit l’expérience de la Tradition, avec les fruits que chacun peut aujourd’hui observer : transmission de la foi dans les familles, vocations sacerdotales et religieuses, etc.

La jeunesse qui a acclamé le pape Léon XIV tout au long de son séjour a soif de beauté, de transcendance, de certitudes, de silence, d’exigence. L’Église qui est en France est-elle prête à répondre à ces nobles aspirations alors que les catéchismes diocésains apparaissent toujours d’une incommensurable indigence, que les liturgies paroissiales sont trop souvent d’interminables bavardages où le néant de la pensée doctrinale et de la profondeur spirituelle se cache, mal, sous le masque de la simplicité évangélique. Sous couvert d’accueil et d’unité, un harcèlement épiscopal, parfois impitoyable, est mené à l’encontre des fidèles et des laïcs dont le seul tort est de vouloir demeurer fidèles aux « méthodes d’apostolat et de spiritualité » qui ont fait leur preuve ?

Couverture vers une église sans peuple

Avec un instinct très sûr du discernement des « signes des temps », l’épiscopat français s’est successivement appliqué consciencieusement à détruire le catholicisme populaire (voir Vers une Eglise sans peuple de Yann Raison du Cleuziou), opposé à la création des Scouts d’Europe en 1958, à la fondation du pèlerinage de Chrétienté Paris-Chartres à la Pentecôte en 1983, à la multiplication des écoles hors-contrat créées par des parents consternés par l’effondrement religieux et moral de l’enseignement officiellement catholique, etc. Et puis, le temps passant, devant le succès de ces initiatives de laïcs, en fonction du célèbre dicton : « Je suis leur chef, après avoir essayé de les freiner, je les suis », les évêques de France ont été contraints, parfois bien à contre-cœur, à normaliser leurs relations avec ces initiatives.

De même que le bon mot dans les communautés religieuses contemplatives féminines est d’affirmer que le succès repose sur les 3 G : « Grégorien, Guimpe, Grille », sans doute faudrait-il que nos évêques intègrent que le renouveau de l’Église de France ne saurait faire l’impasse sur les fidèles et les laïcs attachés au catéchisme traditionnel ainsi qu’à la messe et aux sacrements selon leur forme traditionnelle. Dans certains diocèses comme Carcassonne ou Bourges, leur présence est déjà massive. Plus ou moins consciemment, les évêques de France ont conscience qu’ouvrir grand les vannes aux « tradis » serait leur offrir un boulevard tant, au-delà d’éventuelles « divisions idéologiques », leurs œuvres témoignent pour eux ! Ce serait mettre le dernier clou sur le cercueil du « renouveau conciliaire » et admettre qu’ils se sont trompés. On conçoit que cette perspective ne puisse être acceptée d’un cœur léger, mais l’espérance qui nous anime est qu’ils en aient, enfin, le courage.

Jean-Pierre Maugendre

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