Troisième et dernier article de notre trilogie : 4 jours et 3 nuits avec le Pape Léon XIV en France
de notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur, biographe et consultant
Qui aurait pensé qu’un pape puisse déclarer à ce point sa flamme pontificale pour la France et se tourner en artisan de paix vers l’Europe entière ? Le pape François avait boudé la France, même s’il y avait mis les pieds trois fois durant son pontificat (en novembre 2014 à Strasbourg, en septembre 2023 à Marseille et en décembre 2024 en Corse) ; il ne voulait pas d’un voyage officiel. Benoît XVI, lui, était venu en tant que « messager de paix et de fraternité » en 2008. Quant au pape Jean-Paul II, il bat tous les records avec une vingtaine de journées passées en France, lors de ses 7 « visitations ».
A Metz, Léon XIV est venu répéter ce qu’avaient dit ses prédécesseurs : « On ne peut pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme ».
Sur la paix, il a terminé son voyage par cette phrase : « Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix. »
A Metz, dans la ville des saints
Il est impossible de s’y rendre sans s’apercevoir que cette ville est une terre de saints, une porte de la chrétienté ouverte sur toute l’Europe. Véritable carrefour commercial, militaire et stratégique, les Romains en ont fait l’une des villes les plus fortifiées de l’est, avec ses remparts massifs qui faisaient autrefois le tour complet de la ville, avec son amphithéâtre, sa tour gallo-romaine, etc.
C’est saint Clément qui a transformé la ville et a commencé à bâtir la « Cité de Dieu » si chère à saint Augustin et au pape Léon XIV. Il suffit de prendre de la hauteur, et, vue du ciel, de plonger son regard pour apercevoir ses nombreuses abbayes, ses chapelles et églises, ses monastères et sanctuaires fleurissant ici et là.
Oui, en se rendant à Metz, le pape marche dans les pas de la vieille tribu celte des Médiomatriques, devenus chrétiens dès le 3e siècle après Jésus-Christ.
Pense-t-il à cela, l’homme en blanc, lorsqu’il déclare : « Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. »
Sa matinée de ce lundi 28 septembre est consacrée à une rencontre interreligieuse de premier plan au Centre des Congrès Robert Schuman, puis à un échange « aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ».

L’Europe, la chrétienté et saint Benoît
Léon XIV est venu rappeler en d’autres termes ce qu’avait dit saint Jean-Paul II lorsqu’il s’est rendu à Strasbourg en 1988. Il marche aussi dans ses pas et a retenu sa phrase choc : « L’intégrisme religieux, sans distinction entre la sphère de la foi et celle de la vie civile, aujourd’hui encore pratiqué sous d’autres cieux, paraît incompatible avec le génie propre de l’Europe tel que l’a façonné le message chrétien. »
En arrière-plan, l’intégrisme dont il était question correspondrait-il à l’Islam et à la charia qui fusionnent foi et loi ? Il existerait, aussi, un intégrisme qui a fait de la laïcité une nouvelle religion, une anti-religion.
Avec Léon XIV la nuance reste de mise, et son terrain privilégié est celui de l’histoire, de l’intelligence, des premiers de cordée, des patriarches et des précurseurs. Il s’adresse en tant qu’apôtre, authentiquement et humblement avec courage, force et intelligence, aux femmes et aux hommes de son auditoire, en citant saint Benoît, père de l’Europe que « le saint Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964, le qualifiant de “ messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ”. L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent. »
Hommage à Robert Schuman
Devant Emmanuel Macron qui finalement est présent à Metz, le pape rend hommage aux pères fondateurs de l’Union Européenne, et principalement à Robert Schuman : « Cet homme de foi et de convictions sut transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe et il devint un véritable ambassadeur de l’unité dans la diversité. À son exemple, notre responsabilité commune de femmes et d’hommes religieux est de témoigner que, au-delà des frontières, il est toujours possible de se rencontrer, d’établir l’amitié et de bâtir la paix. »

Emmanuel Macron : « heureux comme… »
Il avait été le grand absent de la Messe de la Concorde, boudant l’évènement historique qui réparait par une Messe à la fois l’assassinat du 21 janvier 1793, sous la guillotine, du bon roi Louis XVI, et les effluves abjectes et révolutionnaires de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris de 2024.
Pire, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, Thomas Jolly, le metteur en scène de cette scabreuse cérémonie, avait demandé aux dames du French cancan de soulever leurs jupons, alors qu’il eut fallut défiler sur la Seine un genou à terre et un chapelet à la main.
Pire encore : la parodie de la Cène du Christ, véritable « blasphème » en direct, très éloigné de l’esprit des JO.
Mais, la France en a vu d’autre. Car n’est-elle pas chrétienne avant d’être révolutionnaire ?
Alors oui, il était là finalement le Président de la République française. Comment pouvait-il en être autrement ? Devait-il bouder jusqu’au bout le saint homme, l’homme de bien et de bonne volonté, l’homme en blanc ?
Il était là, et visiblement ému, il a déroulé le tapis rouge émotionnel de son hommage et de son plus grand respect après avoir discouru sur « le cœur millénaire de l’Europe », sur le « courage de ses fondateurs », sur l’innovation technique qui devait servir « la dignité humaine, et non la puissance de quelques-uns », un texte très puissant, presque savant.
Enfin, il a conclu par cet hommage historique : « Alors, nous dirons désormais, en mémoire de ces quatre jours, heureux comme Léon XIV chez nous. »
Victor Hugo aurait aimé ce jeu d’ombres et de lumières, lui qui disait : « Nous voulons l’Église chez elle et l’État chez lui ».

Que retenir de ces 4 jours 3 nuits en France ?
Le pape Léon XIV avec sa formule de bienvenue et d’espérance « Pour que le monde ait la vie », a marqué historiquement les âmes, les cœurs et les corps, les esprits et les gestes des Français de bonne volonté. Il a réveillé la vieille France, les Français de souche et de la diversité qui veulent vivre ensemble ces paroles du Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé. »
Les 25 et 26 septembre, dès son arrivée en France, le pape avait réveillé des générations de catholiques et de chrétiens esseulés, presqu’abandonnés par une Église de France en berne, empêtrée dans ses scandales sur les abus et la pédophilie, délaissant une jeunesse qui a soif de Dieu. De la cathédrale Notre-Dame de Paris au stade de France, en passant par les Carmes de Paris, rendant hommage aux centaines de milliers de martyrs de la Révolution française, le pape a semé, planté et arrosé les graines de la Foi, du Pardon et de la Vie.
A Lourdes, les 26 et 27 septembre, il s’est transformé en pèlerin, et s’est mis à genoux devant la statue de la Vierge Marie, dans la grotte de Massabielle, dont il a touché la paroi de ses mains. Puis, en marchant, il a égrené son chapelet devant 200 000 autres pèlerins, devant le monde entier derrière son écran.
A Metz, il a dialogué avec les autres religions et les a invitées à signer le Livre de la Paix.

Les fioretti du pape Léon
Au cours de son voyage apostolique en France, du 25 au 28 septembre 2026, le pape a prononcé 17 discours et homélies.
Sur la fin de vie, le handicap, la souffrance, la vulnérabilité et la mort, voilà ce qu’il a dit :
• « Vous n’êtes pas un fardeau. Vous êtes le cœur battant de notre humanité et un précieux trésor pour l’Église. »
• « Aucun d’entre nous n’a choisi de naître […] Nous naissons tous nus et dans le besoin. »
• « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »
Au Stade de France, à la jeunesse, il a dit ceci :
• « Le piège de notre époque est de chercher à tout avoir, mais de n’être personne. »
• « Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. »
Sur la paix :
• « On ne tue jamais au nom de Dieu. Les croyants doivent désarmer les cœurs et les mots », à Metz lors de la rencontre interreligieuse.
• « La paix n’est pas un équilibre des forces ; elle se construit jour après jour par le dialogue et la justice. »
• « Le pardon n’est pas un signe de faiblesse, mais de force », a-t-il tonné, lors de sa dernière homélie à la cathédrale Saint–Etienne de Metz.
Deux jours après son départ et son retour au Vatican, à Metz la fronde des lycées commençait. Une jeunesse française avait dans la bonne humeur, le calme et la joie, fêté cette visite papale historique, comme si les ailes d’un ange avaient recouvert le vieux pays de Clovis. Elle a fait place, malgré elle, à une autre, plus politique, plus syndicale, plus révolutionnaire, plus violente. Une jeunesse française fracturée, qui oscille entre lumière et ombre.
A l’heure où nous bouclons cet article, le pape Léon XIV entre à la polyclinique Gemelli de Rome pour y être opéré d’un nodule au poumon. Emmanuel Macron a visité le salon de l’automobile. Et le cardinal Jean-Marc Aveline, le président de la Conférence des Evêques de France, la CEF, est au Vatican, dans la continuité de son invitation lancée aux Eglises de la Méditerranée autour de la paix et du dialogue interreligieux, au lendemain de la visitation du Pape en France.
Reportage réalisé par Antoine BORDIER
Copyright des photos Benoit Tessier / REUTERS, Capture vidéo LCI toutmetz.com et Vatican Media
Retrouvez notre premier article ici : Le 1er jour et la 1ère nuit du Pape Léon XIV en France
Le second article : De Paris à Lourdes, Léon XIV : le pape-pèlerin de la Paix
