La Croix dévoile le« document de travail » de la Haute Autorité de santé (HAS) qui préfigure ce que pourrait être la mise en œuvre concrète de l’euthanasie. Comme pour l’avortement, l’opération de mise à mort n’est pas anodine et peut connaître quelques ratés… L’article 16 du texte de loi confie à la HAS la mission de faire des recommandations. Ce groupe a élaboré un « document de travail » de 94 pages actuellement soumis à la relecture. « Une réalité bien éloignée de la mort douce, apaisée, maîtrisée promise aux patients », appuie Emmanuel Hirsch, cofondateur du Collectif démocratie, éthique et solidarités.
Dans le cas d’un suicide assisté, le patient pourra ainsi choisir entre deux modes d’administration du produit létal : la voie orale ou la voie veineuse. S’il opte pour la première solution, il devra boire un cocktail lytique contenant une dose de 15 g de pentobarbital ou de sécobarbital. Ces puissants barbituriques le plongeront dans un coma profond et provoqueront un double choc respiratoire et vasculaire, conduisant à la mort dans un délai relativement long de vingt-cinq minutes. Sauf que le goût amer de la potion, des troubles digestifs ou une mauvaise posture peuvent provoquer des vomissements. Aussi les experts préconisent d’administrer un antivomitif avant l’absorption et de boire en position semi-assise la substance létale – au besoin aromatisée.
Pour la voie veineuse, c’est au patient de déclencher le dispositif d’injection. Dans ce cas, « la phase agonique est rapide », précise le document, préconisant une perfusion d’une solution contenant 3 g de thiopental ou 2 g de propofol. À un tel dosage, ces médicaments habituellement utilisés en anesthésie et en réanimation sont censés provoquer la mort en quelques minutes.
S’il apparaît qu’au moment d’acter une aide à mourir par voie orale « l’ingestion n’est pas possible, incomplète ou rejetée lors du vomissement », ou « si le délai de survenue de la mort se prolonge », il est recommandé de mettre en œuvre « le protocole d’injection directe par voie veineuse ».
De même, s’agissant d’une administration par voie veineuse, le document précise que, « si l’arrêt cardiaque ne survient pas, il est recommandé d’injecter un curare », produit qui provoque une paralysie des muscles conduisant à l’arrêt respiratoire.
Emmanuel Hirsch souligne :
« Dans ces circonstances, le soignant devra donc décider d’un acte complémentaire sans pouvoir solliciter directement le consentement de la personne, inconsciente. On entre là dans une forme d’obstination euthanasique qui interroge ».
Marie-Jo Thiel, membre de l’Académie pontificale pour la vie, ajoute :
« Sans compter que le document ne définit pas clairement les “signes d’inconfort” et le délai qui pourraient justifier cette injection complémentaire : on passe donc du suicide assisté à l’euthanasie sans le dire, mais en le faisant ».
