Autour d’un long article
Monsieur l’Abbé Gleize est une figure éminente de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. C’est une plume de référence, un théologien respecté – au moins par les fidèles qui se sentent liés à la FSSPX – dans l’espace francophone, et un écrivain prolifique, dont les écrits occupent une place éminente dans de nombreux médias liés à la Fraternité ou proche d’elle.
Sa position d’ancien professeur au séminaire d’Écône, comme l’admiration que lui vouent les fidèles, ont pu avoir une influence néfaste sur notre cher abbé. On avait pu observer dans un passé pas si lointain, sa capacité à affirmer l’adhésion des prêtres et des fidèles dits « ralliés » aux erreurs de l’après-Concile, à l’aide de pseudo-démonstrations et de raisonnements grossiers qui faisaient insulte à l’intelligence de ses lecteurs (il gagnerait à lire l’excellent communiqué de la Fraternité Saint-vincent-Ferrier Sacres épiscopaux : communiqué de la FSVF, malheureusement bien seule à tenir la ligne de crête). La première de ces insultes était de considérer ceux qu’il appelle les « fidèles ralliés » comme un troupeau uni, stupidement et irrémédiablement liés à l’une ou l’autre des sociétés de vie apostolique ECCLESIA DEI, montrant par-là en quelle estime il tenait lui-même le troupeau des fidèles attachés à sa propre fraternité.
J’ai commencé à lire le long papier qu’il a commis pour le Courrier de Rome de juin 2026 (N°698) en réponse aux entreprises de quelques prêtres et fidèles catholiques intégraux, sous le titre méprisant « Autour d’un petit livre ». Je dis que j’ai commencé, parce que je ne suis pas allé au bout de la démonstration. Dès la deuxième page, et les premières lignes du deuxième paragraphe, notre cher abbé retombe dans le travers du mépris, et se moque de son lecteur. Que nous disent en effet l’abbé Vernier, et avec lui les auteurs du « petit livre » au titre illisible ? Cette chose simple, éminemment simple : qu’aucune circonstance, aucun contexte, aucun événement, aucune menace, aucun danger ne peuvent jamais permettre de violer le droit divin. Si donc sacrer un évêque, non pas sans l’accord du Souverain Pontife, mais bien contre sa volonté, est une violation du droit divin, alors, aucun « état de nécessité », supposé ou réel, ne saurait en annihiler la malice et le caractère peccamineux. Or, que fait notre abbé dès les premières lignes de ce deuxième paragraphe, en son 5ème alinéa ? Il nous ressert « la circonstance pourtant prévalente de l’état de nécessité ».
Que les choses soient bien claires : je ne reproche pas à l’abbé Gleize un manque de profondeur dans ses analyses, ni un manque d’intelligence, même s’il insulte la mienne. Mais je souhaiterais qu’enfin – et c’est malheureusement bien tard – il ne se dérobe pas devant la question centrale : sacrer un évêque contre la volonté du pape relève-t-il du droit divin ou bien du droit ecclésiastique ? Dans le premier cas, il faudrait tirer le fil de la pelote jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’aux sacres de 1988, et ce serait le grand mérite des travaux de l’abbé Vernier et des anonymes qui ont travaillé avec lui, de donner l’éclairage final de la raison et du droit à cet événement douloureux. Dans le second, on pourrait recommencer à discuter de l’état de nécessité et de sa réalité – s’il est possible, en cessant une bonne fois de prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.
À propos de canards sauvages, il faudra bien qu’on explique aux plus irrévérencieux de ces volatiles pourquoi l’on dépose un recours (cf. Communiqué de la Maison générale : La Fraternité dépose un recours contre le décret du 2 juillet 2026 | FSSPX Actualités ) contre une décision que l’on estime invalide (cf. Lettre au Saint-Père concernant le décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi | FSSPX Actualités ).
François Savy
