Extraits de l’homélie de Saint Jean Paul II, lors de la Messe célébrée à l’hôpital Saint Camille, à Rome, le 3 juillet 1983 :
N’y a-t-il pas lieu de se demander si Saint Camille de Lellis n’a pas quelque chose à nous dire en cette Année de grâce que nous célébrons ? Il a en effet un message à nous transmettre, et un message important. Il nous rappelle qu’il existe un lien très étroit entre la souffrance, tant spirituelle que corporelle, et la finalité première de l’Année Sainte, qui réside dans les engagements fondamentaux de la conversion et du renouveau.
Chez celui qui souffre, la conversion est un besoin qui puise aux racines mêmes de l’existence, qui redécouvre les valeurs humaines essentielles, qui sanctifie le lieu de la souffrance et qui devient évangélisation. Le renouveau devient alors, chez le malade, le cœur même de l’espérance, non seulement en ce qui concerne sa santé, mais souvent aussi quant à l’orientation générale de sa vie et aux perspectives vers lesquelles orienter son chemin. C’est précisément pour cette raison qu’il n’y a peut-être aucun autre « lieu » humain où, mieux qu’à l’hôpital, les notions de conversion et de renouveau prennent un sens plus vrai et plus complet, englobant toutes les valeurs humaines authentiques dans la synthèse supérieure de la vision chrétienne.
De cette communauté et de cette Famille de soins émerge certainement une exigence de vie qui ne se manifeste nulle part ailleurs : la vie physique et psychique, la vie individuelle et la vie sociale, la vie en tant que survie et en tant que créativité pleine et entière, la vie en tant que capacité à se donner. Les lieux d’hospitalisation et de soins sont des lieux de vie, et ceux qui y travaillent ne peuvent pas, ne doivent pas oublier qu’ils sont au service de la vie, de toute la vie et de la vie de chacun.
La personne malade, et toute personne ayant besoin d’assistance et de soins, sait parfaitement à quel point il est impensable de se convertir aux valeurs de l’existence si la vie, racine et condition de toute valeur, n’est pas d’abord défendue et affirmée. Mais ce n’est pas tout : c’est précisément là où aboutissent les victimes de la fragilité de la condition humaine, des catastrophes, des accidents et de toute forme de violence qui s’abat sur l’homme et la société, que le commandement premier – dont les responsables et les professionnels de santé sont les destinataires – est celui de défendre et de célébrer la vie depuis le premier instant de sa conception, et non à permettre qu’elle soit anéantie ou détruite. Dans cette lumière se manifeste la haute signification du choix de ceux qui, s’étant consacrés au service de la vie, refusent, par cohérence avec leur conscience, de se prêter à la supprrimer. À tous ceux-là, je tiens à témoigner de mon estime et de mes encouragements dans cet engagement humain et chrétien.
Aucun homme, croyant ou non, ne peut refuser de croire en la vie et de ressentir le devoir de la défendre, de la sauver, surtout lorsqu’elle n’a même pas encore la voix pour proclamer ses droits. Si cette prise de conscience et le message qui en découle viennent de vous, malades, médecins, infirmiers, aumôniers, religieuses, bénévoles, proches des malades, ils deviennent nécessairement crédibles, car ils ne se fondent pas sur des énoncés abstraits, mais sur votre expérience personnelle et quotidienne. C’est la traduction en termes de vie, de votre foi en Dieu et en l’homme et, en définitive, de votre foi en Jésus-Christ, qui est à la fois Dieu et homme.
Nous savons toutefois – et vous l’expérimentez avec un réalisme particulier – que les forces humaines ne suffisent pas à elles seules pour faire face à des tâches aussi nobles et exigeantes. La prière est nécessaire, véritable remède pour le corps et l’esprit, canal et pont de notre expérience. Face à Jésus qui guérissait, un homme implorant la guérison a demandé au Seigneur d’accroître sa foi (Mc 9, 24). Sa demande était une prière et c’est peut-être nulle part ailleurs sur terre, autant que dans les lieux destinés à accueillir des personnes éprouvées par la souffrance, que la demande de foi est vraie et spontanée, essentielle et, en même temps, efficace.
