Tribune en réponse aux 3 articles de Dollie.
Tu aimeras Dieu plus que tout et ton prochain comme toi-même.
La pensée grecque est infusée de ce « comme toi-même » et l’Aquinate n’y a pas perçu contrairement à vous « une vénération de soi ou une introspection abusive qui évincerait Dieu. »
Cela nous rappelle que rien en l’homme, fusse-t-il une femme, n’est purement une fonction biologique ou purement une fonction spirituelle. Tout ce que mon âme vit, mon corps le vit et tout ce que mon corps traverse, mon âme aussi. L’être humain n’est pas en tranches, chez lui tout est lié, raison pour laquelle par exemple le grand sportif a un préparateur mental. Ainsi, l’Eglise affirme depuis longtemps cette unité à la suite d’Aristote et rappelle que « qui veut faire l’ange fait la bête ». Toutes les grandes hérésies contre lesquelles l’Eglise a dû lutter s’attaquent à cette unité fondamentale.
Gabrielle Vialla n’a pas besoin d’affirmer que « la femme doit s’intéresser à son cycle menstruel » telle une nouveauté doctrinale que vous semblez avoir perçue en pourchassant l’hérésie. En effet, toutes les femmes le savent, chacune vit avec et à travers son cycle, respire avec, dort avec, pense avec…et même prie avec. Et même celles qui en souffrent et rêveraient d’obtenir un répit connaissent cette évidence : il est impossible de s’en départir, pas même le temps d’un Notre Père.
Faire croire le contraire relève d’une anthropologie qui ne s’inscrit guère dans la Tradition de l’Eglise que vous revendiquez pourtant. Votre vision réductrice de l’être humain se double très logiquement d’une vision erronée de la complémentarité des sexes, drapée de thomiste pour lui donner bonne prestance. Pour l’Eglise, heureusement c’est plus clair : l’image de Dieu en l’homme n’est évidemment pas corporelle. Mais la complémentarité des sexes, qui est autre chose que la différence sexuée, a conduit l’Eglise à ne jamais confondre la vocation de la femme et la finalité de toutes les formes de maternité (au sein du couple ou dans le célibat consacré) avec celle de l’homme et toutes les déclinaisons de la paternité (qu’elle soit conjugale ou sacerdotale). Tous deux sont appelés à la sainteté, à la suite du Christ, chacun avec ses spécificités. Ne faites pas dire à Saint Paul ce qu’il n’a pas dit. Il défend la même dignité pour l’homme comme pour la femme, mais jamais ne confond leur vocation respective.
Sur 3 articles, vous surfez sur l’argument d’autorité en mode Protagoras, mêlant confusion et sophisme. Vous confondez par exemple l’humilité et le mépris de soi, difficile à concilier avec le « comme toi-même » commandé pour l’amour du prochain, mais peu importe si c’est sous le sceau de Saint Augustin. Il semble vous manquer les notions les plus élémentaires d’anthropologie et de physiologie et là, même la doctrine la plus pure ne vous sera d’aucun secours.
Il pourrait alors sembler paradoxal que votre discours rejoigne celui des déconstructeurs d’aujourd’hui. Pourtant comme eux vous niez la nature, vous au nom de grâce, eux au nom de la culture. Mais l’humain depuis toujours se conçoit entre animalité et divinité, entre immanence et transcendance, le spirituel s’incarnant dans le charnel. « La grâce ne supprime pas la nature, elle l’achève ».
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clem
Ce serait sympa d’arrêter se généraliser et de parler parler au nom de toutes les femmes, ça devient gênant… “chacune vit avec et à travers son cycle, respire avec, dort avec, pense avec…et même prie avec […] impossible de s’en départir, pas même le temps d’un Notre Père.”
Je suis sincèrement désolée que votre cycle prenne de la place à ce point. A vous lire, c’est une appli sur votre téléphone avec des notifs toutes les cinq minutes.
Prier, faire oraison, prendre du temps pour Dieu, suppose tout d’abord de faire le vide autour de soi et au dedans de soi, faire abstraction quelques instants de ce qui nous entoure, et ce qui nous envahit, des pensées saugrenues, du petit bobo au genou, du bouton de moustique qui gratte, des 30°C dans la pièce, etc. Même un enfant sait cela, pendant 5 mn, on lui apprend à arrêter de gigoter, à se tenir bien, à gouverner son corps pour le mettre au service de l’esprit.
Ne serait-ce que 10 jours pour tester, essayez de commencer vos prières du matin et du soir avec la bonne vieille formule “Mettons nous en la présence de Dieu. Et adorons le”… ça aide énormément à reléguer au second plan les pauvres petites misères humaines.
Enfin si votre souffrance est telle que vous ne pouvez pas prier, cessez de vouloir vous singulariser à tout prix, faites comme tous ceux qui souffrent en silence, offrez !
sophie.ascarino
Chère Madame,
Je ne me place ni au niveau de mon expérience personnelle (très paisible pour ma part), ni au niveau d’un quelconque ressenti. J’évoque la nature humaine dans son intégralité. Plus une jeune fille comprend de quel bois elle est faite, plus elle sera à l’aise pour s’assumer dans tous les domaines de sa vie, du plus naturel au plus spirituel. J’ose croire que c’est plus formateur que “souffre en silence et offre”. Cela permet au contraire de prendre de la hauteur, éclairé par la raison et ouvert à la grâce, disait Saint Thomas d’Aquin, et d’être alors capable de revenir au silence pour le laisser dilater notre âme, disait Thérèse. Bien à vous.
LEMOINEBOURRU
Je sais que je ne suis pas obligé de lire, mais je trouve que cette controverse picrocholine a suffisamment occupé les pages du Salon Beige ;-)…