Sans être fidèle de la fraternité Saint Pie X, le fait est que j’ai d’abord considéré avec plus d’intérêt que de crainte ou de réprobation leur projet de sacres. Et si, me disais-je, c’était là, pour toute l’Eglise, l’opportunité d’examiner avec courage et lucidité ce que la Fraternité entend par « état de nécessité » ? Et si cette réitération du coup de tonnerre de 1988 pouvait pousser le pape, et toute la curie avec lui, à enfin considérer sérieusement cette affreuse crise, peut-être non pas causée mais pour le moins catalysée et aggravée par les ambiguïtés de Vatican II ? Après tout, « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » a pu dire Paul Claudel, en écho poétique à l’« Etiam Peccata » de Saint Augustin.
Oui mais voilà…Si effectivement de tout mal Dieu peut tirer un bien, je n’avais en l’occurrence pas du tout pris la mesure du mal en question. C’est en me procurant cet ouvrage, dont j’ai entendu parler par le Salon Beige, que j’ai compris que ce que je prenais pour un acte paradoxalement à la fois frondeur et de fidélité (à la Foi et à la Tradition), mettant à mal le droit ecclésiastique mais potentiellement bénéfique, était in fine un grand péché. Pourquoi un grand péché ? Parce que contraire au droit divin positif ; comme l’exprime, non pas une formulation dogmatique, certes, mais tout de même le magistère pontifical constant : « On ne peut donc invoquer le salut des âmes contre l’ordre ecclésial voulu par le Christ lui-même. »
Un corps mystique sans tête ?
A grands traits, je me disais : « Après tout, rien de terrible puisque, comme l’explique la FSSPX, le schisme serait de donner aux nouveau évêques un pouvoir de juridiction, ce dont il n’est ici pas question ». Il me fallait, et cet ouvrage me l’a permis, mieux comprendre la nature de l’épiscopat et sa relation singulière au corps mystique du Christ pour vraiment saisir la gravité d’une telle blessure infligée à l’Eglise apostolique fondée sur Pierre. Il me fallait également mieux saisir ce qu’était l’indéfectibilité de l’Eglise pour réaliser qu’aucune œuvre particulière ou portion de cette Église ne peut s’arroger le rôle de garante de cette indéfectibilité.
La fin et les moyens
Enfin et surtout, il me fallait revenir à une évidence : on ne justifie jamais un mal objectif par un bien espéré ; en l’occurrence, de mon côté, le bien de la mise en lumière de la crise de l’Eglise et de ses causes profondes. Ce retour à la raison a été favorisé par la lecture à tête reposée de cet ouvrage riche mais à la lecture aisée. Il est bon, en effet, de savoir s’extraire un temps des joutes fébriles des réseaux sociaux, truffés de punch-lin, d’invectives et de jokers théologiques brandis abruptement de part et d’autre.
En somme, la lecture du texte de ce collectif m’a donné de réaliser les conséquences graves et funestes de la décision de sacrer des évêques en dépit de l’opposition du pape mais aussi le caractère parfaitement égoïste et léger de ma tendance initiale à considérer d’un œil indifférent, voire favorable, ces sacres à venir. En effet, ne comptant pas au nombre des fidèles de la FSSPX, je n’aurai pas à assumer les conséquences d’une éventuelle excommunication ; mais les hommes de bonne volonté de la Frat, si. Le souci de ces frères catholiques me fait aujourd’hui désirer qu’ils prennent le temps et la peine de considérer les arguments déployés par les auteurs de ce salutaire “ouvrage de circonstances”
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